Voir ci-dessus. i)ag03 153 ot
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le sens des protocoles de désintéressement mutuel, dont il avait signé le premier, sans prévoir que Tapplication lui en deviendrait un jour aussi amëre. La délégation française ne désespérait pas cependant, soit en exerçant sur lui une énergique action persuasive, soit en évitant de poser la question sous une forme trop aiguë d'obtenir, à la fin, qu'il volât pour nous. Cela faisait alors sept voix pour la France, trois abstentions, et seulement trois voix contre. Celle répartition nous donnait satisfaction. Car dût-elle ne s'établir que sur un point secondaire, et non sur le fond du débat, l'impression produite à Berlin pour la suite de la négociation n'en serait pas moins salutaire et profonde. Au lieu d'une attaque de front, nous pouvions dessiner un mouvement de flanc. Peu importait, pourvu que l'adversaire en sentit la pointe arriver jusqu'à lui.
Un incident secondaire, que grossit, semble-t-il, une nervosité d'ailleurs explicable, poussa nos représentants à hâter le moment où tout se passerait au grand jour. Pendant Tune des séances où 1c comité de rédaction discutait les projets de banque, et notamment la caisse spéciale constituée, pour Texécution des travaux publics dans les ports, par les centimes additionnels aux droits de douane S Mokri Ht la déclaration suivante :
— Les travaux des ports de Safi et de Casablanca ont été, avant la conférence, concédés à une Compagnie française, la Compagnie Marocaine, en même temps que les travaux du port de Tanger étaient concédés à la Compagnie allemande Gorgeaud et Reuteman. Les travaux de ces ports ne devront donc pas être exécutés au moyen des ressources que fourniront les centimes additionnels sur les douanes-.
\ . Voir ci-dessus, page 128.
3. Mokri donna à ce sujet les explications suivantes k M. Joseph Galticr, correspondant du Temps :
«^emaghzon chargea une Compagnie allemande de laconslruction d'un môle iï Tanger; do raùme il s'entendit avec la Compagnie Marocaine pour les travaux de Casablanca et de Safi. Cette Compagnie avait d'ailleurs antérieurement soumis ses plans pour des môles & Tanger, Casablanca et Safi. Le maghzcn ccarta Tanger, parce que les propositions de la Compagnie allemande pour
Pour être inattendue, la communication de Mokri D*en était pas moins exactement conforme à la vérité. Depuis 1902, Abd-el-Azis songe à réaliser, dans les villes commerçantes de son empire, d*importants travaux publics. A la fin de 1903, la Compagnie Marocaine, filiale de la Compagnie du Creusot, fut chargée de procéder à quelques-uns d'entre eux : elle construisit notamment à Tanger de vastes magasins pour les douanes chériûennes^. Les pourparlers continuèrent entre elle et le Maghzen, et, le 15 mars 1903, des lettres officielles enjoignirent aux autorités de Tanger, do Casablanca et de Safî de se concerter avec les représentants de la Compagnie pour les études des travaux à accomplir dans ces trois ports, — à savoir construction de quais, de terre pleins et de magasins ^ Le yatch Senta spécialement afTrété, ayant à son bord M. Renaud, ingénieur en chef de la marine, fut chargé de poursuivre ces études, qui durèrent du commencement de mars à lu fin de juin. Partout les autorités marocaines firent bon accueil à la mission et, sur les instructions du maghzen, Taidèrent dans la mesure de leurs moyens. La Compagnie Marocaine se préparait, après celte enquête préparatoire, à passer aux actes, lorsque, pendant la mission à Fez du comte de Tattenbach, PAUemagne produisit une lettre chérifienne, en date du 26 mars 190S, chargeant la maison Borgeaud et Reuteman de dresser deux plans des améliorations réalisables dans le port de Tanger et promettant de lui confier Texéculion d'un de ces deux plans'. Le contrat devint définitif. Et le protocole du 28 septembre 1905 enregistra la recon-
cetlc dernière ville lui parurent plus avantageuses, mais il s'entendit avec la Compagnie française pour Casablanca et Safi. PourSafl, nous nous contenterons d'une jeléc en fer et en bois comme celle do Tanger; à Casablanca, il s'agit d'un nuMe proprement dit. La K^galion de France n'est jamais intervenue et n'a pas eu à intervenir daiis celte affaire, lille l'ignorait complètement, et cela s'explique par ce fait que la Compagnie du Creusot est depuis longtemps en rapports directs d'affaires avec lo maghzen. Nous avions bien Tordre de notre gouvernement de mettre la conférence au courant de cette situation. Si je no l'ai pas fait plus tôt, c'est que l'occasion ne s'était pas encore présentée. »
(Voir le Temps, 2 mars.) \. Voir Bulletin du comité de l'xXfriquo française, décembre 1905.
2. Une lettre spéciale pour Tanger avait été envoyée dès le 7 mars par Mohammed Ettazi. Voir Livre Jaune^ page 311. *
3. On estima généralement que c'est le comte de Tattenbach qui obtint celte promesse et que la lettre chérifienne du 26 mars fut rédigée après conp et antidatée à la suite de ses démarches.
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naissance par la France des droits de la maison allemande ^ La Compagnie Marocaine, qui se trouvait dépossédée, se plaignit au maghzen. Et celui-ci, pour atténuer sans doute les responsabilités qu'il savait avoir encourues vis-à-vis d'elle-, lui répondit en lui i^onfîrmant officiellement ses engagements pour les ports de Safi ei de Casablanca. Plusieurs semaines après, Ben Sliman renouvelait spontanément cette promesse dans une lettre où il écrivait au représentant de la Société :
Fais savoir à ta compagnie que le Sultan vient d*ordonner à Mokri d'avoir à déclarer à la conférence, que le maghzen a concédé à la Compagnie Marocaine les travaux de Sali et de Casablanca. En conséquence, ces deux affaires ne doivent en aucun cas être comprises dans les débats de la conférence.
C'est de cette communication que Mokri venait de s'acquitter. Il expliqua son attitude en rappelant les faits qui précèdent. On dut reconnaître que son récit était scrupuleusement exact.
Rien, dans ces événements, ne pouvait compromettre le gouvernement français. A aucun moment, ni pendant son séjour à Fez, ni depuis, M. Saint-René-Taillandier n'avait sollicité ou laissé solliciter aucune concession d'aucune sorte. Il ne dépendait ni ne lui ni du gouvernement d'empêcher que, longtemps avant la conférence et avant même qu'il ne fût question de la réunir, des iodus- Iriels français eussent, par leurs propres moyens, obtenu du maghzen un contrat. Mais certains procédés, que nous ne connaissions que trop, nous permettaient de redouter que notre évidente bonne foi ne fût pas appréciée en Allemagne avec la netteté désirable. Nous gardions le souvenir d'une incorrection assez étrange, qui pouvait n'être pas sans rapport avec l'incident actuel. Dans le Livre Blanc, publié en décembre à Berlin, figurait une dépêche^ où M. de Tattenbach assurait que M. Saint-René-Taillandier avait présenté à Abd-el-Aziz un programme d'ensemble pour les travaux publics et l'exploitation des ports. Cette dépêche était dénuée de
i. Voir appendice, page 487.
2. Le gouvernement français avait en efTet, lors de Taccord du 28 septembre, €.\p ressèment réservé les droits do la Compagnie vis-à-vis du maghzen.
3. Voir Livre Blanc, pages 8, 9, 10 et surtout page 15 la dépêche du i'6 août 1905.
Tardibu. 18
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fondement. Et si elle nous avait été communiquée, nous eussions signalé Terreur avant sa publication. Mais, par une exception singulière à la règle toujours suivie en pareille matière, la communication de ce document ne nous avait pas été faite, bien qu'il mft en cause un de nos agents diplomatiques. Nous avions demandé à Berlin une rectification : jamais cette rectification ne s'était produite. N'allait-on pas grâce à la déclaration de Mokri, déclaration exacte quant au fond, mais tendancieuse peut-être quant à iTntention, nous accuser d'intrigues contraires à nos promesses, contraires à notre déclaration du 16 janvier sur Tégalité économique^? Sans action sur la Compagnie Marocaine, nous ne pouvions pas peser surelle pour lui imposer l'abandon de ses droits. Et cependant il était à craindre qu'on n'usât des paroles par lesquelles Mokri avait reconnu ces droits pour jeter sur notre politique une suspicion qui^ vu les circonstances, pouvait nous être préjudiciable.
L'événement ne justifia cette crainte que dans une mesure restreinte. Le gouvernement allemand ne fit aucune allusion à Tincident. Le comte de Tatlenbach demanda des renseignements à Mokri, mais ne formula aucune protestation. Sans doute, des journaux allemands eurent le mauvais goût de renouveler, à cette occasion, leurs attaques contre la France. La Gazette de Cologne affirma que la concession de Casablanca et de Safl violait la convention du 8 juillet 1905, sans prendre garde que le 18 mars 1905» date de la concession, on ne pouvait^ et pour cause, violer cette convention de quatre mois postérieure. Et elle ajouta avec un illogisme persistant que le gouvernement français avait sans doute été au courant, puisque Mokri avait cru devoir faire publiquement, à ce sujet, une déclaration devant M. RegnauU*<.Le Lokal- Anzeiger et la Gazette de Voss faisaient chorus. Mais le reste de la presse était très calme. Un seul journal, avec autant de violence que d'obstination, incriminait la France : et ce journal était un journal français, Vllmnanité. A des reprises successives', M. Jaurès, qui ne parlait qu'avec courtoisie des « démarches.»
\. Voir ci-dessus, page 106.