Voir Protocoles, pa'^o
Devait on renouveler une telle expérience, alors qu'il s'agissait de la vie même des étrangers? Le délégué russe ne le pensait pas. Il fallait, selon lui, agir <c avec promptitude et à coup sûr ». Car te si la conférence ne réussissait pas à remédier à Tétatde choses existant, cet état de choses empirerait » en proportion môme d'une impunité que semblerait consacrer Tapparente insouciance de l'Europe. Force était donc de trouver une combinaison autre que celle d'abandonner au maghzen, avec ou sans instructeurs internationaux, le soin des mesures à prendre et pour cela de constituer, là du moins où résident les colonies étrangères, « une autorité réelle d. Mais celte autorité, deux puissances seulement étaient en état de Texercer « la France et TEspagne seules en mesure, par leur position géographique de puissances limitrophes, et de par les moyens dont elles disposent, d*assumer sans aucun délai, pour une courte durée, tout en sauvegardant la souveraineté du Sultan par le maintien de son autorité effective, la tâche de concourir à Torganisation, dans certaines villes du littoral, de corps de troupes de police marocains. »
La conclusion de M. Bacheracht était la suivante :
Pour présider et veiller à lorganisation de cette troupe, la France dispose, comme l'Espagne aussi, d'un excellent instrument, au moyen de cadres de sous-officiers algériens ou rifains, musulmans de foi et de race. Des officiers français et espagnols seraient désignés pour inaugurer ce service d'instruction. Un officier français, accompagné de plusieurs sous-officiers algériens, a même déjà sur Tordre exprès du Sultan, commencé à l'organiser à Tanger.
Pour arriver à un bon résultat, il ne suffirait pas, d'ailleurs, de circonscrire ces officiers dans le rôle strict d'instructeurs, mais il serait essentiel de les investir d'une certaine autorité pratique, et avant tout d'un contrôle sur le paiement régulier de la solde, dont une grande partie, jusqu'ici, est détournée de son emploi légitime, ce qui réduit souvent les soldats à la nécessité, pour ne pas mourir de faim, soit de vendre leurs objets d'équipement et leurs armes, soit de déserter, ce à quoi nous assistons chaque jour.
On pourrait de la sorte, tout en laissant le commandement aux officiers marocains, investir les instructeurs d'une autorité effective et d'un , moyen de contrôle permanent. Les corps de troupes ainsi constitués serviraient dans l'avenir de modèles au gouvernement chérifien pour en constituer de semblables avec ses propres sujets, sans éléments étrangers, et assurer graduellement, dans l'ensemble du pays, l'ordre et la sécurité, sans lesquels toutes les réformes
et tous les droits acquis par les Européens sont et resteront illusoires*.
Cette démonstration vigoureuse de Tinefficacité des solutions proposées par rÂllemagne appelait, de la part de celle-ci, une réplique énergique et une réfutation précise. M. de Radowitz ne parut pas s'en rendre compte. Et il se borna à donner lecture d'une courte note, en ajoutant que celte note « posait des bases générales » et que, dans son cadre, d'autres combinaisons pourraient être acceptées. Elle était conçue comme il suit :
L'une des bases pour les travaux de cette conférence est le principe de la liberté économique dans le Maroc, sans aucune inégalité. Or, ' cette liberté économique et le développement des intérêts commerciaux au Maroc, dépendent en premier lieu, du maintien de l'ordre et de la sécurité dans l'empire chérifien.
Le Sultan du Maroc, dans Texercice de sa souveraineté, aura à prendre les mesures nécessaires pour la garantie de la sécurité des personnes et des biens des étrangers. La nécessité s'impose, aux puissances signataires, de lui venir en aide par l'organisation d'une troupe de police suffisante, à établir dans des places déterminées.
Les puissances signataires^ étant également intéressées à celte organisation, devront être appelées à y prendre parl^.
Sauf l'affirmation d'un principe, — nécessité d'une troupe de police, — cette déclaration était vide d'indications pratiques. Elle énonçait, d'ailleurs, dans sa dernière phrase, une prétention insoutenable : à savoir que les puissances étaient « également intéressées » à celte organisation. En fait, il était clair que la Suède, la Belgique ou les Pays-Bas n'avaient pas, au maintieD de l'ordre au Maroc, un intérêt « égal » à celui de la France ou deVKspagne. En droit, il n'était pas moins évident que M. de Radowitz, en affirmant celle égalité, violait les engagements pris par 6on gouvernement, lorsque, le 8 juillet 1905, il avait reconnu l'intérêt « spécial» de la France. De cetie prétendue égalité, M. de Radowitz déduisait la nécessité d'une « participation égale » de toutes les puissances à l'organisation de la police. Mais sa conclusion s'effondrait avec ses prémisses. L'égalité, aux termes des accords franco-allemands,