‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 192 sur 357 · Voir le Temps, l.J mars · texte numérisé non relu

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3. Voir ci-dessus. paff.'OI2. Sir Arthur Nicolson continuait à dire àM. Révoil : « Nous vous soutiendrons, «[joi que vous fas.'^ioz. »

suivants, la même rumeur court, portée par les journaux allemands, toute l'Europe. Et soit dans les agences officieuses, soit dans les grands quotidiens, comme la Gazelle de Cologne et le Lokal-Anzeige7\ on retrouve l'affirmation que « les alliés mêmes de la France » blâment sa résistance et la pressent d'adhérer au projet autrichien. Même, comme il est difficile de nous accuser d'intransigeance alors que nous avons, à notre projet, ajouté l'inspection et que, du projet autrichien, l'Allemagne n'a rien retiré, on a recours à l'équivoque. Et l'on télégraphie d'Algésiras que M. Regnault, au comité de rédaction du 14 mars, a déposé un nouveau projet, qui ne tient compte ni des demandes allemandes ni des propositions autrichiennes*. Cette fois, c'est l'agence WolflF qu'on a mobilisée : elle est aussi sincère que dans sa dépêche historique du 9 février. Le « nouveau projet » qu'elle dénonce n'est en efl'et que celui-là môme que M. Révoil a déposé le 8 mars en comité, projet où, comme on sait, il n'était pas question de l'inspecteur et où il ne pouvait en être question, puisque nous subordonnions à l'acceptation intégrale de la police franco-espagnole, encore discutée, notre adhésion à l'inspection. M. Regnault n'avait pas modifié ce texte et n*avait pas à le modifier, puisqu'en réclamant une police suisse pour Casablanca, l'Allemagne excluait la solution franco-espagnole, le 14 aussi bien que le 8 mars. L'assertion de l'agence Wolff est donc manifestement fausse ; qu'importe si, en la publiant, on déroute l'opinion européenne, si l'on énerve l'opinion française, si l'on se dispense par l'intimidation de faire honneur aux promesses dictées par la raison ?

\. Voici le texte de cette dépêche :

« Les nouvelles propositions pour la police'que M. Regnault a communiquées hier après la séance du comité ont lait naître une surprise générale chez les délégués, car elles étaient inattendues dans l'état des négociations et à peine explicables. Elles sont en contradiction avec l'attitude de M. Révoil et les informations du Temps relatives aux instructions qui lui ont été envoyées do Paris. (Pour ces instruciions voir ci-dessous page 328.) Elles tendent adonner à la police des huit ports un caractère aussi français que possible et elles ne tiennent pas compte de l'inspecteur général interaational que désirent les puissances et que la France a déjà accepté. Elles apportent, autant qu'on en peut juger par la dépêche Wolflf et celle de notre correspondant, des exigences qui ont déjà été repoussées par l'Allemagne. Comme jusqu'ici la publication du Temps a été considérée comme incontestablement ofûcicuse et que dans les instructions à M. Révoil publiées par ce journal l'inspecteur général international est accepté, il y a lieu de supposer que le projet Regnault a été établi avant que les nouvelles instructions fussent arrivées de Paris à M. Ré* voil. »

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Cependant, comme on craint que les journaux ne suffisent pas à emporter le succès, la diplomatie impériale entre au jeu. Le 13 mars S les ambassadeurs d'Allemagne reçoivent un télégramme circulaire, qui résume une dépêche de M. de Radowitz. Cette dépêche assure que la majorité des délégués à Algésiras est absolument favorable à TAllemagne et que presque tous conseillent à la France d'adhérer au projet autrichien; d*admeltre, par conséquent, que Casablanca soit soustrait à la police franco>espagnole. Les ambassadeurs sont invités à communiquer ces renseignements aux gouvernements auprès de qui ils sont accrédités. Il va de soi que la communication sera faite avec les nuances voulues. A Londres, on insistera surtout sur l'attitude de la Russie; à Saint-Pétersbourg sur celle de l'Angleterre, et ainsi de suite. Maïs partout, on fera naître la même impression : à savoir, que tout le monde donne tort à la France ; que la France est abandonnée de tous ; qu*elle seule empêche l'accord et encourt, par là, le blâme de l'Europe. Le mardi 13 mars, le comte Wolff-Metternich, ambassadeur à Londres, va s'acquitter auprès de sir Edward Grey de la mission qui lui a été confiée. Le secrétaire d'État lui réplique froidement :

— Ce que vous me dites là n'est pas possible.

Un instant déconcerté, l'ambassadeur se ressaisit bientôt et poursuit dans les milieux diplomatiques la campagne qu'il a ainsi engagée, si bien que, deux jours après, so.n collègue d'Autriche questionne, à ce sujet, M. Geoffray, ministre de France. A Vienne, le général de Wedel fait, le lendemain mercredi 14, une communication identique au comte GoluchowskL Le comte de Monts, plus rudement, somme, au nom de la consdence euro-

1 . Li: fait fut reconnu par la Gazette de l'Allemagne du Nord, dans les termes suivants : o D'après des dép«'ches privées de Paris, le Temps prétend que les ambassadeurs allemands à Londres el à Washington ont, sur les instmetions de Berlin, propagé la léjjcndo do l'isolement de la France. La yéritë se réduit à ce fait que, le 1 2 mars, les représentants de TAUemagne reçurent commuDÎcaUon d'un rapport de M. de Radowitz disant que le projet Wclsershelmb avait reçu un accueil cxtrc>mcment favorable et ({uo la majorité des délégués avaient conseillé l'entente à leurs collègues français. Les diplomates allemands reçurent aussi les instructions de communiquer cela aux cabinets auprès desquels ils étaient accrédités, et d'exposer que le projet Wclsersheimb offrait une base propre & mener la conférence à bonne fin et à inaugurer une période de tranquillité, de sécurité et de prospérité économique, u (Voir le Temps, S8 mars 1906). et ci-dessous, page 333. )

péenne, M. Sonnino de nous mettre en demeure de céder. A Washington, le baron Speck de Sternburg vient prier M. Root de ne pas nous encourager dans une obstination que tous réprouvent à Algésiras : et il invoque, comme ses collègues, la caution de M. de Radowilz. Enfin, à Saint-Pétersbourg, M. de Schœn est plus afiirmatif. Tout le monde, d'après lui, a « lâché » la France. La Russie se singulariserait en la soutenant plus longtemps.

Alors sonne l'heure de porter le dernier coup, et voici qu'inter- Tiennent le prince de BUlow et l'Empereur lui-môme. Le 12 mars, le chancelier de l'Empire télégraphie au comte Witte, sans passer par le comte Lamsdorf par le canal d'un Gnancier allemand qui se trouvait à Saint-Pétersbourg. Et il lui dit en substance ceci :

— L'Allemagne n'a cessé de céder. La France semblait tardivement en convenir, quand, à nos <k avances », elle a répondu par des exigences nouvelles. Elle est l'objet d'un blâme général, même de la part des Anglais. A vous de lui faire entendre raison par une énergique intervention et d'obtenir Tenvoi d'instructions nouvelles à M. Révoil, si l'on ne veut aboutir à une rupture» définitive.

On a vu ce qui s'était passé à Algésiras; comment seuls depuis le 8 mars nous avions fait une concession en acceptant l'inspection; comment à cette concession l'Allemagne avait répondu par l'immobilité; comment enfin le plénipotentiaire anglais en avait été le premier surpris. Tout contredisait donc les assertions du chancelier : aussi bien, pour les juger, il suffit de relire les procès-verbaux des séances *. Cependant, dès le lendemain, le 13 mars, Guillaume II se les approprie et, en répondant télégra* phiquement à la dépêche que lui avait adressée le 7 mars, M. Roose-. velt, il déclare que le projet Roosevelt (police franco-espagnole, rapports delà légation d'Italie) n'est pas acceptable ; que le projet autrichien est d'ailleurs excellent ; qu'on l'approuve sans réserve à Algésiras ; que l'Angleterre, la Russie, l'Espagne même le jugent bon ; que les États-Unis doivent à leur tour nous presser de l'accepter. Comme cette première instance risquerait de n'être point décisive, le 15 mars, nouveau télégramme ; Guillaume II, cette fois, dénonce nos convoitises, l'avidité de nos banques, les

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