Voir ci-dessus, page 308. i
CASABLANCA 327
Cet esprit continuera à être le nôtre et c^est pourquoi nous poursuivrons avec confiance une politique, qui sert également à nos yeux la cause de notre patrie et celle de la paix du monde.
On ne pouvait concevoir réponse plus péremptoire à ceux des journaux d'outre-Rbin qui avaient fait au nouveau ministère rinjure de compter sur lui pour l'abandon de la politique nationale ^ Le juste hommage, rendu à M. Rouvier, apportait une réplique excellente aux tentatives obliques de la Gazette de Voss^ notamment, pour opposer l'un à l'autre le gouvernement de la veille et celui du lendemain. La déclaration rappelait, d'autre part, fort à propos, que la politique inaugurée par M. Rouvier, continuée par M. Bourgeois, n'était pas seulement la leur ; qu'elle élait celle aussi de la Chambre entière qui, le 16 décembre 1905, l'avait faite sienne à la presque unanimité. Elle précisait avec force la nature des droits et l'importance des intérêts engagés, du côté français, dans le débat marocain. Et tout en exprimant la conviction que nous pouvions sauvegarder les uns et les autres sans léser aucune puissance, elle affirmait a la pleine conscience » qu'avait le gouvernement^ du devoir défensif qui s'imposait à lui. Tout cela devait être dit. Et il était impossible de le mieux dire.
Dès le 14 mars et le lendemain 15, les ambassadeurs rendaient visite au ministre des Affaires étrangères. Et celui-ci, tout aussitôt, dégageait de ce premier contact une impression : c'est que partout le bruit, propagé par la circulaire allemande du 12, de notre lassitude et de celle de nos amis^ avait été accueilli, sinon comme vrai, au moins comme vraisemblable. Si brefs que fussent ces entretiens initiaux, ils suffirent à M. Léon Bourgeois pour démentir,
i. Voici, d'après lo Temps, quelques extraits de journaux allemands, o La Gazelle de Voss attend beaucoup de concessions du ministère Sarrien-Bourgéois. Elle est d'avis que les instructions testamentaires de M. Rouvier à M. Révuil ne doivent pas lier M. Bourgeois. Finalement, elle reproduit tous les arguments connus sur l'isolement de la France et elle garde confiance dans le succès de la conférence. » Le correspondant du Temps à Berlin télégraphiait le 13 mars : « On admet généralement que M. Léon Bourgeois ne sera pas plus Intransigeant que M. Rouvier, et on se flatte même que le nouveau ministre aura plus de liberté d'action et pratiquera sans hésitation une politique de bons rapports. » Trois jours après, le Bœrsen Courrier déclarait qu'on pouvait conipter sur des concessions françaises. (Voir le Temps, 14 et 17 mars 1906.)