Voir ci-dessus, page
4. L'opinion américaine était d'aiUcurs d'accord avec le président. On télé- {,'raphiait de New-York, le 23 mars, & la Gazette de Cologne :
a J'apprends de très bonne source que la question de Casablanca a do nouveau provoqué des manifestations de déûance envers l'Allemagne. Plusieurs grandes puissances ont communique au gouvernement do Washington les <:rainte3 que leur inspirent les prétentions exagérées de l'Allemagne, qui semblent comporter le danger de complications pouvant aboutir à une guerre. («o Sénat a môme demandé au président Roosevelt, si TAllemagne ne cliorcho pas & acquérir & Casablanca un port do guerre comme base, devant lui servir, à l'avenir, ù. mettre à exécution ses vues sur le Brésil. »
336 LA CONFÉRENCE b'aLGÉSIUAS
thèse autrichienne et demandait à Tambassadeur d'Allemagne d'appuyer à Berlin les vues du gouvernemeai de l'Un ion.
En moins d'une semaine, nous avions donc non seuleroeat rétabli la foi dans notre fermeté*, mais encore provoqué la manifestation publique des sympathies qui nous étaient acquises. La légende de notre découragement et celle de notre isolement^ répandue par TAUemâgne à la faveur de la crise ministérielle, s'eflfondrait. Et l'édifice de nos alliances el de ùûs amitiés apparaissait plus solide que jamais. Le danger de la ireilk ajoutait môme quelque chose à la sécurité présente. Et le bénéfice du contraste nous fortînait encore. Le jour fâcheux jeté sur îes menées allemandes obligeait rAïlemagne à garder plus de réservé et, pour se disculper, à modérer ses demandes, La négociation pouvait être reprise au point ou la chute du cabinet Rouvier Tavait interrompue. Le terrain perdu du T au il mars élail regagné. Et nous bous retrouvions à pied d*ceuvre. Quelque*? heures d'énergie, de décision et de publicité avaient fait plus que des mois de patience et de discrétion, lî restait à trancher la ques' tion de Casablanca. Et, pour Taborder^ nous étions doublement armés, puisque nous étions décidés à ne point reculer et que TEurope entière savait, grilice aux déclarations oflicielles et publiques des puissances intéressées^ que cette décision rencontrait Tunanime approbation de nos alliés et de nos amis.
Pendant que notre diplomatie d'une part, notre presse d'autre part, procédaient à cette riposte nécessaire^ M. Léon Bourgeois, étudiant rénorme dossier de la conférence, déterminait la ligne de conduite à laquelle il allait s*arrôter, tant dans ses rapports avec le^ ambassadeurs que daos ses iiistruclions à M. RévoiL Et, d'accord avec son prédécesseur, — la déclaration ministérielle en témoignait, — sur les principes de notre politique, il examinait les modalités, entre lesquelles son choix devrait s'exercer pratiquement.
1. Le 19 mars, la Chambra vuta, sans dul^aU le budget (l*?s Atlaïres ùifAîi* gères. A la demande dû M. BDurgeois, iouU's kîî interpelliinona Jurent ajournées.
Comme il l'avait dit, dès le 15, à Tambassadeur d'Autriche, la question de la police ne se prétait plus de notre part à aucune concession nouvelle. Nous avions commencé par demander le mandat d'organiser seuls cette police. Pour donner satisfaction à l'Allemagne, nous avions admis un double amendement, modifiant ce mandat dans son caractère et dans son extension- Nous avions accepté que ce fût le Sultan qui créât la police, des instructeurs étant simplement placés à sa disposition et nous avions admis que ces inspecteurs fussent, non pas exclusivement français, mais espagnols et française Le 17 février, nous avions fait un pas de plus et nous avions dit à l'Allemagne : « Si vous consentez à la combinaison franco-espagnole, nous ne refuserons pas de l'entourer de certaines garanties. » Ces garanties, nous les concevions à ce moment sous la forme d'un simple compte-rendu, d'un rapport qu'établirait la police franco-espagnole et que l'Italie transmettrait aux puissances ^ Bientôt, nous étions allés plus loin encore. Et sans réclamer rien de plus, nous avions adhéré au principe de l'inspection, à condition toutefois qu'on n'apportât point de restriction au privilège de la France et de l'Espagne et que Casablanca fût, comme les autres ports, confié aux instructeurs français et espagnols '. A partir de ce moment, nous touchions un point de résistance impossible à déplacer. Si nous cédions sur Casablanca, nous étions dépossédés, par un détour, de l'avantage en vue duquel nous avions souscrit à l'inspection. Si le huitième port avait une police suisse, danoise ou hollandaise, la police marocaine cessait d'être franco-espagnole. Et si elle cessait de l'être, elle reprenait le caractère international que nous estimions inacceptable. Inacceptable aussi était la confusion du commandement et de l'inspection en la personne d'un inspecteur chargé directement de la police d'un port. Inacceptable enfin l'atteinte portée à la souveraineté du Sultan par la subordination de cet inspecteur, non pas au maghzen, mais au corps diplomatique. M. Bourgeois n'avait qu'à récapituler l'histoire de la négociation pour en dégager ces conclusions. Il le fit en quelques heures et,