Voii' Protocoles, page
Ce long débat était, de tous ceux que nous avait ménagés la conférence, le plus onéreux pour nous, puisqu'il nous amenait à accorder à TAllemagne des garanties que n*avaient pas prévues les instructions primitives de M. Révoil. Il faut avouer toutefois qu'eo acceptant la conférence, c'est-à-dire en soumettant notre politique marocaine au jugement de l'Europe, nous nous étions par avance exposés à admettre l'inspection ou quelque chose d'analogue. Sans doute, dans la dernière semaine, cette inspecUon même avait vu ses attributions renforcées, — évidemment contre nous. Mais nous avions obtenu qu'elle ne devint pas, pour le corps diplomatique, l'instrument d'une action directe sur la police francoespagnole. Et en préservant l'autonomie des instructeurs, nous avions sauvegardé la nôtre. L'inspecteur, comme les instructeurs, serait sous les ordres du Sultan. C'est au nom du Sultan que les instructeurs instruiraient les troupes marocaines. C'est au nom du Sultan que l'inspecteur les inspecterait. Et c'est au Sultan qu'il adresserait ses rapports sur les résultats de son inspection. Le corps diplomatique, représentant normal et gardien naturel des intérêts européens, serait, il est vrai, lui aussi, informé de ces résultats et bénéficierait de la présence à Tanger d'un organe intermédiaire entre la police et le Sultan. C'est pour lui ménager cette information que les rapports de l'inspecteur lui seraient transmis en copie, et qu'il serait autorisé à lui demander des enquêtes. Mais il n*étaitplus question, — et c'était là l'essentiel, — de substituer le corps diplomatique au maghzen et de l'élever à la dignité de grand maître de la police. Il n'était plus question de faire, des ministres accrédités à Tanger, par la plus illégale des investitures, les usurpateurs de la souveraineté chérifienne. Il n'était plus question d'annihiler à la fois la responsabilité et l'autorité du Sultan au profit d'un organisme international, inapte à tous égards au rôle qu'on voulait lui faire jouer. Nous avions, en un mot, réduit au minimum un mal inévitable. Était-ce payer trop cher la fermeture du Maroc à la police allemande, l'échec définitif de Tinternationalisation, la reconnaissance pratique de nos intérêts spéciaux?
I. L'importance de la question. — Les accords franco-espagnols de 100* et 19<K». — Les aspirations espagnoles. — La situation de la France. — Le projet français du 8 mars et la réparlilion. — Le projet autrichien et les accords franco-espagnols.
II. Les initiatives espagnoles. — Le duc d'Almodovar, M. Moret et M. de Léon y Giislillo. — La police de Tanger. — La réponse de M. Léon Bourgeois. — La police mixte de Casablanca (18-22 mars).
in. La répartition et la conférence. — Rumeurs et inquiétudes. — La proposition Hoosevolt sur la police mixte et ses conséquences. — Nos objections. — Un péril évité. — La question pendante entre riîspagne et la France.
IV. Les séances du 26 et du 31 mars. — Le comte de Welsersheimb, M. Révoil et M. Baitheracht. — La dernière négociation avec l'Espagne. — Banque et parts. — Les intrigues allemandes. — L'accord franco-espagnol. — La ratification de la conférence.
La question de la répartition des ports entre les instructeurs français et espagnols ne se posa que dans les toutes dernières séances de la conférence. Mais, dès le début, elle avait, on s'en souvient, préoccupé M. Révoil*. Tant que nous n'avions pas été fixés sur la nationalité des instructeurs, il avait été impossible d'envisager utilement les termes de ce problème pratique. Et cependant il présentait une importance qui ne nous permettait pas de nous en désintéresser.
Si l'on se reporte au point initial de notre action, c'est-à-dire aux instructions premières de janvier 1906, on constate qu'elles prévoyaient, pour la police, la mise en œuvre pure et simple des accords franco-espagnols du 3 octobre 1904 et du 1" septembre 1905. Ces deux accords ne visaient, on s'en souvient, que cinq ports sur huit, Tetouan et Larache devaient recevoir, dès l'appli-