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LA nKPARTITION DF.S PORTS 379
le texle môme des accords qui avaient scellé celte amitié. Nous avions déjà consenti, en i90o, à modifier le traité de 1904. Si nous acceptions de nouveaux amendements, jusqu'où irions-nous? Par contre, à considérer les choses en équité, le fait seul d'avoir réglé de concert avec l'Espagne l'avenir de notre politique marocaine nous imposait, à son égard, certaines obligations. L'appui parfaitement loyal que, — sauf un instant de faiblesse expliqué par la pression allemande, — elle nous avait prêté depuis le commencement de la conférence, n'avait fait qu'augmenter ces obligations. El si, à la fin des débats, nous devions nous trouver chargés de la police de plus de ports que nous ne l'avions prévu en nous présentant à la conférence, il était juste qu'elle fût associée à ce bénéfice. L'appui que nous recevions d'elle devant les plénipotentiaires ne pouvait, en effet, se mesurer aux ressources matérielles dont elle disposait. Accusés par l'Allemagne d'avoir sur le Maroc des vues de monopole, nous trouvions, dans l'approbation de la puissance la plus directement intéressée à l'intégrité de l'empire chéri fien, une force morale inappréciable et dont, maintes fois depuis le 15 janvier, nous avions tiré parti. De même que le sacrifice consenti par nous, le jour où nous avions accepté la réunion de la conférence, avait mis à notre charge un certain nombre de concessions à l'échéance d'Algésiras, de même les liens créés entre l'Espagne et nous par M. Delcassé et resserrés par M. Kouvier, restreignaient inévitablement notre liberté d'action. Il eût été impolitique de ne nous point résigner à cette situation. Et nous y aurions perdu plus que ce que nous devait coûter cette résignation.
Quoi qu'il en fût, nous devions tenir à garder jusqu'au bout l'indépendance de nos mouvements. Si nous modifiions d'accord avec l'Espagne les termes des protocoles de 1904 et 1905, il fallait que ce fût dans l'exercice de notre volonté libre et sans que la conférence s'en mêlât, car une intervention de sa part eût été, en fait, une atteinte à nos traités, en droit, une atteinte à la souveraineté du Sultan. Quand donc arriva, le 8 mars, l'heure de déposer notre projet sur la police, d'accord avec le duc d'Almodovar, M. Kévoil se contenta de faire à la répartition une allusion indirecte, en disant :
L'effectif total des troupes de police ne devra pas dépasser 2 îJOO hommes, ni être inférieur à 2 000. Il sera réparti suivant Tim-
portance des ports, par groupes variant de 450 à 500 hommes. Le nombre des officiers instructeurs sera de 16 au maximum; celui des sous-officiers de 82.
Dans sa déclaration du même jour, M. de Radowitz ne soufTIa mot de la répartition. Il se borna à demander <c pour rorganisalion de la police marocaine une coopération étrangère assurant, à toutes les nations intéressées, Tégalité du traitement économique et la politique de la porte ouverte^ ». Au contraire, le comte de Welsersheimb aborda de front la question. Et c^est par la répartition des instructeurs qu'il commença son projet ; on y lisait en effet :
Le Sultan chargera des officiers français de l'organisation de la troupe de police à Tanger, Safi, Rabat et Tetouan.
Le Sultan chargera des officiers espagnols de Torganisation de la troupe de police à Mogador, Larache et Mazagan.
Le Sultan nommera en outre un officier supérieur en rang qui sera chargé de l'organisation de la troupe de police à Casablanca et qui, en même temps, fera fonction d'inspecteur général de toutes les troupes de police.
Soit que ce fût Teffet du hslsard, soit que l'Allemagne, inspirant l'Autriche, eût profité de la connaissance qu'elle avait des accords franco-espagnols pour les bouleverser méthodiquement, il ne restait, après ce projet, rien des dispositions prévues par cesaccords. Tanger nous était donné sans condition, alors que l'Espagne tenait essentiellement, en attendant le jour où elle y serait seule maîtresse, à participer à la police de cette ville. Tetouan qui avait, à ses yeux, une capitale importance, nous était confié. Des villes sur lesquelles elle comptait, elle ne gardait donc que Larache, recevant en plus Mogador et Mazagan, qui l'intéressaient beaucoup moins. De notre côté, nous perdions Casablanca, remis à l'inspecteur suisse. Indépendamment donc des objections que nous élevions contre le régime spécial institué dans ce dernier port, uous étions fondés à nous plaindre que, sans égards pour la géographie et les intérêts respectifs de l'Espagne et de la France, on eût procédé à une distribution de hasard, où les ports semblaient tirés au sort dans l'ordre le plus illogique : France, France, Espagne, France, Suisse, Espagne, France, Espagne. Il était, il est