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vrai, difficile de protester là contre, sans provoquer des accusations déplaisantes et sans devenir suspects de chercher dans le mandat de police la détermination de deux sphères d'influence. Fort heureusement, la discussion, le 8 et le 10 mars, ne nous obligea pas à traiter ce sujet, — d'autant plus délicat que nous sentions que TEspagne n'était pas satisfaite de la part à elle accordée et qu'aucun échange de vues ne nous, avait encore permis de dissiper ce déplaisir.
Lorsqu'après la crise ministérielle et l'arrivée aux affaires de M. Léon Bourgeois, la négociation reprit son activité, le gouvernement espagnol se décida enfin à préciser ses désirs et à nous exposer ses vœux. C'est le duc d'Almodovar qui fit, à ce sujet, le 18 mars, la première ouverture à M. Révoil. On ignorait encore, à ce moment, si l'Allemagne maintiendrait sa prétention de confier à l'inspecteur le commandement d'un port. Mais, déjà, divers indices permettaient d'espérer qu'elle ne serait pas irréductible. Ce point résolu, on arriverait donc immédiatement à la répartition. Il était naturel qu'avant la discussion publique, les délégués espagnols voulussent nous communiquer leurs vues et nous questionner sur les nôtres.
La communication du duc d'Almodovar fut telle qu'on pouvait l'attendre. Il était, disait-il, inquiet de l'accueil que le peuple espagnol ferait à l'arrangement, s'il aboutissait à donner à la France einq ports, Rabat, Casablanca, Mazagan, Safi, Mogador, et deux seulement, Larache et Tetouan à l'Espagne, Tanger ayant pour quatorze ans une police mixte avec un commandant français. Pour rétablir l'équilibre, un seul moyen : élargir la part de l'Espagne, et ce, dans la région où cet élargissement aurait pour elle le plus de prix, c'est à savoir à proximité de ses possessions. Le ministre d'État concluait en demandant que, par un nouvel amendement au traité de 1904, les instructeurs fussent à Tanger tous espagnols. 11 restait entendu que cet arrangement, pas plus que les précédents, ne serait soumis à la conférence ; qu'on s'efforcerait d'obtenir pour TEspagne et la France le droit de régler entre elles la
répartition et que c'est au moment seulement de la mise en œuvre qu'on donnerait suite à l'entente proposée pour Tanger.
Le lendemain, lundi 19 mars, M. Moret tenait à M. Jules Cambon un langage identique. Deux ports sur huit, en vérité, c'était bien maigre I Avions-nous à nous plaindre de l'Espagne? Non, n'est-ce pas? Alors pourquoi mettre son gouvernement dans l'embarras en l'exposant au reproche, non sans fondement, d'avoir tiré peu départi de la conférence et d'être mal payé de sa fidélité? Le môme jour enfin, M. de Léon y Castillo se rendait au quai d'Orsay. Et très-discrètement, avec force ménagements oratoires, il abordait à son tour le cœur du débat. Il montrait les arrangements franco espagnols inadéquats à la situation actuelle, puisqu'au lieu des cinq ports, visés par ces arrangements, huit ports étaient en cause devant la conférence. Qu'allait-on faire de ces trois ports nouveaux? Trois jours après, le jeudi 22, l'ambassadeur revenait à la charge. Et, cette fois, il ne se bornait plus à poser des questions, il formulait des desiderata. D'ordre de son gouvernement,^ il demandait à M. Bourgeois ce que le duc d'Almodovar avait demandé à M. Révoil : une revision de nos accords créant immédiatement à Tanger l'état de choses prévu pour 1919, et instituant dans celte ville une police purement espagnole ou, au moins, sous commandement espagnol. Nous étions donc en présence d'une demande positive, d'une demande officielle, sur laquelle il fallait prendre parti et que, vu la situation à Algésiras, nous ne pouvions écarter sans inconvénients.
Si M. Révoil et M. Jules Cambon considéraient un sacrifice nouveau comme à peu près inévitable, les bureaux du ministère continuaient à le tenir pour inutile et fâcheux. Connaissant cet état d'esprit, notre délégué avait gardé, dans sa réponse au duc d'Almodovar, une réserve extrême et s'était retranché derrière ses instructions. Il avait reçu, avait-il dit. Tordre de prendre pour base unique de ses relations avec la délégation espagnole les accords de 1904 et de 1905. Il ne pouvait, par conséquent, envisager l'hypothèse de les modifier. C'était une affaire qui devait être traitée, non entre les plénipotentiaires à la conférence, mais entre les gouvernements. De son côté, M. Jules Cambon avait répondu à M. Moret qu'il rendrait compte au ministre de leur conversation. Mais l'entretien se trouvant transporté à Paris par
la démarche de M. de Léon y Castillo, force nous était de découvrir notre pensée. Lors de la première visite de l'ambassadeur, purement interrogative et officieuse, il avait encore été possible de se dérober. Lorsqu'il revint tréis jours après avec une mission de son gouvernement, il fut indispensable de définir nos positions.
Il ne s'agissait plus seulement de savoir si nous consentirions en principe à une modification nouvelle des accords antérieurs. Il fallait résoudre un problème positif : celui de Tanger. Et, de ce fait, la difficulté se trouvait accrue. En efl*et, Tanger, à tort ou à raison, a, pour le public européen, une importance symbolique. C'est le siège du corps diplomatique, le centre de la politique, le centre du commerce aussi. Qui tient Tanger paraît tenir les clés du Maroc. Or, dans cette ville même, nous avions une situation acquise. Et, depuis dix-huit mois, le capitaine Fournier y remplissait les fonctions d'instructeur de la police ^ Sans doute, nous avions consenti à perdre en 1910 le bénéfice de cette organisation. Mais de là à y renoncer tout de suite, il y avait un pas. Et cet abandon immédiat aurait annulé, aux yeux du public français, l'avantage obtenu à Casablanca. Bien que le soin d'assurer Tordre à Tanger n'allât pas sans de grosses responsabilités; bien qu'il y fût plus malaisé qu'ailleurs de surveiller les éléments turbulents qui s'y trouvent en grand nombre ; bien que le contact direct avec le corps diplomatique y dût multiplier les incidents et les réclamations, la concession qu'on nous demandait était considérable. Comment seraitelle acceptée? M. Moret nous parlait de l'opinion espagnole. Nous avions à compter aussi avec l'opinion française irritable et ner-. veuso. Si l'Espagne eût souhaité autre chose que Tanger, nous eussions probablement adhéré très-vite à ses vues, d'abord dans un sentiment d'amicale équité à son endroit, ensuite pour conjurer les intrigues possibles de l'Allemagne auprès d'elle. Mais il était évident que c'était Tanger qu'elle voulait et que là porterait tout son eff'ort. Nous étions pris par conséquent entre le désir de lui être agréable et l'impossibilité de nous eff'acer devant elle.
M. Bourgeois résolut de sortir d'embarras par une réponse transactionnelle. Pour Tanger, déclara-t-il à M. de Léon y Cas-