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tillo, la France ne pouvait aller plus loin que la police mixte. Et elle regrettait d'être obligée de s'en tenir aux termes mômes des accords. Elle voulait cependant répondre par un procédé obligeant à la sympathie précieuse de l'Espagne. Et elle lui proposait, puisque Casablanca était désormais débarrassé de l'inspecteur et de ses Suisses, de créer dans ce port une police franco-espagnole au lieu d'une police française. L'Espagne aurait ainsi deux ports pour elle seule, Tetouan et Larache. Elle partagerait avec nous Tanger et Casablanca. Nous garderions Rabat, Mazagan, Safi et Mogador. L'équilibre se trouverait ainsi non absolument rétabli, mais la part de l'Espagne serait suffisante pour que son gouvernementpût sans péril affronter le jugement de l'opinion publique. C'était là une ingénieuse combinaison. Mais trois obstacles risquaient de s'opposer à son adoption. Le premier pouvait venir de l'Espagne, pour qui, de toute évidence, le partage de la police de Casablanca avec la France n'équivaudrait pas à la direction exclusive de la police de Tanger. Le second pouvait venir de l'Allemagne, qui, devinant l'état-d'esprit des hommes d'État espagnols, serait tentée de l'exploiter contre nous et de proposer à la lassitude de la conférence des solutions plus contraires encore à nos intérêts. Le troisième enfin pouvait venir de tierces puissances qui, bien intentionnées, suggéreraient par inadvertance des solutions impratiques, qu'il nous serait difficile d'écarter, puisque le désir commun à la France et à l'Espagne d'avoir certains ports plutôt que d'autres serait interprété, à tort d'ailleurs, comme Taveu de projets ultérieurs de partage. Ces trois obstacles allaient, les uns après les autres, surgir devant nous. Et un nouvel effort serait nécessaire pour en triompher. Ce fut la dernière phase de la négociation.
Quand M. Léon Bourgeois avait répondu à M. de Léon y Castillo en lui offrant la moitié de la police de Casablanca, l'ambassadeur d'Espagne n'avait formulé aucune observation. Mais dès le surlendemain, c'est-à-dire le dimanche 25 mars, il retournait au quai d'Orsay et déclarait que notre proposition n'était pas acceptable ; que son gouvernement n'attachait aucune importance à Casa-
blanca; qu'il en attachait une très grande à Tanger; qu'il insistait, pour que la France acceptât sa suggestion sur ce point. De ce r(Mé donc, loin d'avoir partie gagnée, nous étions avec Madrid en désaccord caractérisé. Et les points de vue, au lieu de se concilier, s'opposaient.
C'était d'autant plus fâcheux qu'à la conférence môme les diflicultés augmentaient. Le 20 mars, le bruit avait couru, on s'en souvient \ que rAutriche, à la demande de l'Allemagne, allait déposer un nouveau projet. Ce projet consistait à réduire à quatre le nombre des ports où l'on placerait des instructeurs européens. Ces ports, Tanger, Larache, Rabat et Casablanca, auraient été attribués, le premier et le troisième à la France, le second et le quatrième à l'Espagne. Les quatre autres, Tetouan, Mazagan, Safi et Mogador seraient restés sans organisation spéciale. Là encore, les accords franco-espagnols étaient savamment ruinés. On ajoutait d'ailleurs, dans les entretiens confidentiels aussitôt répétés qui remplissaient les entractes, que l'Allemagne n'accepterait jamais que la police de Casablanca fût confiée à un Français-. Rtait-ce le signe précurseur d'une intervention de M. de Radowitz dans cette question de la répartition, dont j usqu'alors il ne s'était pas occupé ? On pouvait le croire, puisque le comte de Tattenbach y faisait allusioi, le môme jour, au comité des rapporteurs. Il suffisait, en tout cas, que cette hypothèse fût possible pour qu'elle devînt inquiétante. Aussi fut-ce avec une vive satisfaction que l'on apprit, le 21, que ce projet était abandonné avant que d'être déposé. Mais à cette fausse alerte un danger plus réel allait immédiatement se substituer.
Cl' danger, c'est de Washington qu'il venait. Et c'est dans la dt'pùc'he môme par laquelle, le 17 mars*^, M. Roosevelt nous avait rendu le service éminent d'écarter la proposition Welsersheinib, qu'il s'était fâcheusement glissé. Dans celte note, télégraphiée simultanément à Berlin et à Algésiras, M. Roosevelt commençait par établir fortement les objections que provoquait le projet autrichien du 8 mars: il montrait que l'attribution de quatre ports