‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 24 sur 357 · PREMIÈRE PARTIE L'OUVERTURE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE L'OUVERTURE

CnAPITRE PREMIER LES INTÉRÊTS ET LES DROITS

C. Les intén^ts français. — La solidarité algcro-marocainc et ses conséfiuenccs.

— Sécurité africaine et sécurité continentale. — Réformes et privilège d'exécution. — Los intérêts économiques de la France au Maroc. — Notre progrès. — Notre colonie. — Notre situation morale.

H. Les droits de la France. — Droits militaires, — Droits fmanciers. — Capacité spéciale. — Les appels dumaghzcn. — Notre intérôt spécial reconnu par rAIlemagnc. — L'unité de notre programme.

IIL La thèse allemande. — L'absence de notiGcation du traité franco-anglais. — La convention de Madrid de 1880. — L'article 17. — La « tunisilication ». ' — Le « mandat de l'Europe ». — Les prétendues promesses de M. Rouvier.

— La thèse de rintcrnalionalisation.

IV. Les mobiles allemands. — Les arguments économiques. — Les convoitises territoriales. — La politique générale. ~ France, Italie et Angleterre. — L'n occasion «marocaine et les défaites russes. — Los représailles allemandes.

V. Les intérêts des tiers. — Les aspirations espagnoles. — Les accords de 1904 et 1905. — L'opposition antifrançaise à Madrid. — La fidélité de l'Angle terre. — Les engagements de l'Italie. — L'alliance franco-russe. — Les États- Unis. — Sympathie et discrétion. — Les états secondaires. — L'Autrichellongrie et le Maroc. •

La France, en arrivant à la conférence, avait à défendre un ensemble d'intérêts et de droits, dont les événements des mois précédents n'avaient ni modifié le caractère ni diminué l'importance. Sans doute, en admettant le 8 juillet 1905 Tintervention de l'Europe, notre politique marocaine avait subi un changement de forme et ce changement était un échec. Au lieu de négocier, comme nous Tavions fait avec l'Italie en 1900, avec l'Angleterre et avec l'Espagne en 1904, des protocoles de désintéressement qui nous laissaient les mains libres, nous avions accepté que toutes les puissances participassent à l'introduction des réformes. Mais, à cela près, nous avions maintenu, tel quel, le fond de nos

Tardieu. li

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revendications. Et, après comme avant les accords franco-allemands, la nature des choses nous obligeait à assurer la sauvegarde de nos intérêts fondés sur l'histoire et sur la géographie, de nos droits inscrits dans des contrats inattaquables.

Il ne dépend pas de la France de n'avoir pas une politique marocaine. Et le jour où elle a été maîtresse de TAlgérie, elle a connu l'obligation de déûnir cette politique. Après quatorze ans d'attente, elle s'est trouvée aux prises à l'Isly et à Mogador avec les troupes chérifiennes. Et le traité de Lalla-Marnia (mars 1845), en constatant l'impossibilité de marquer la frontière au sud du Teniet-esSassi et en autorisant nos troupes à exercer le droit de suite sur le territoire marocain, a créé entre les deux pays voisins une solidarité de police *. Les traités Révoil-Guebbas de 1901 et 1902 ont précisé cette situation qui s'imposera toujours aux préoccupations du gouvernement français-. L'Algérie en effet est une partie de la France. Mais ce n'est pas une partie comme les autres. Dans la métropole, l'homogénéité de la population est absolue. Aucune intrigue ne peut se nouer contre Tunité nationale. En Algérie, au contraire, pays soumis depuis peu et incomplètement francisé, la présence de 4 millions d'indigènes et de 217 000 étrangers contre 3G0O00 Français nous oblige à des précautions particulières. Sans doute la fusion a fait de grands progrès et un jour viendra où elle sera définitive. Mais jusque-là, nous aurons à remplir des devoirs spéciaux et à prévenir énergiquemonl deux ordres de dangers éventuels.

Le premier de ces dangers vient de la nature même des populations indigènes. L'Islam, partagé entre des gouvernements différents, constitue une nationalité unique. Un musulman est citoyen de tout pays musulman où il se trouve et bénéficie d'une solidarité dont l'équivalent n'existe pas parmi les nations chrétiennes. Nulle part, cette solidarité n'est plus visible et plus étroite

1. Le traité do Lalla Marnia portait à. cet égard : « Dans lo Sabam il n'y a pas de liiiiitc torriloriale à établir entre les deux pays puisque la terre ne se laboure pas et qu'elle sert seulement de pacage aux Arabes des doux empires qui viennent y camper pour y trouver les pâturages et les eaux qui leur sont nécessaires. » (Art. 4.). Et plus loin : a Quant au pays qui est au sud des Ksours des deux gouvernements, comme il n'y a pas d'eau, qu'il est inhabitable et que c'est le désert proprement dit, la délimitation en serait superflao. » (Art. G.)

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