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LES INTÉnÉTS ET lrE« DROFTS 19

qu'entre l'Algérie et le Maroc. Entre eux, religion, langue, mœurs, organisation familiale, tout est commun. Les confréries religieuses, organe essentiel de la vie spirituelle^ sont les mêmes dans les deux pays et, dans les deux, ont les mêmes chefs. Celles du Maroc sont, chaque année, autorisées par nous k venir quêter en Algérie. La confrérie religieuse la plus considérable de Tempire chérifien, celle des Moulay Taïeb, est dirigée par les cheurfa d'Ouazzan qui sont, depuis 1883, nos protégés*. De môme, plusieurs confréries, dont le centre est en Algérie, ont au Maroc des ramifications nombreuses. N'oublions pas d*ailleurs que, tous les ans, des Marocains, dont le nombre.peul être évalué à 30.000, viennent dans le département d'Oran pour la moisson et pour la vendange^. C'est à cause de cette solidarité que tous les grands agitateurs algériens, Abd-el-Kader, les Oulad-Sidi-Cheikh, Bou- Amama, ont pu, contre nous, se servir du Maroc comme d'une base d'opération. C'est pour cela aussi que tout trouble au Maroc a son contre-coup en Algérie. Et de là vient notre intérêt spécial à veiller à la tranquillité de l'empire chérifien. Cet intérêt se mesure au préjudice que nous nous infligerions en renonçant à le sauvegarder.

L'autre danger est plus sérieux encore. Car ce n'est ,pas d'Afrique seulement, c'est d'Europe qu'il .pourrait surgir. La tranquillité parfaite, ou peu s'en faut, dont jouit l'Algérie depuis 1871, risque de faire illusion sur les conditions dans lesquelles elle a été établie et maintenue. La paix algérienne est l'œuvre d'une volonté extérieure à l'Algérie. Cette volonté, c'est celle de la métropole qui, pour assurer l'ordre entre des éléments disparates, entretient sur le sol algérien un corps d'occupation de SOOOO hommes. Croit-on qu'une puissance avide de conquêtes coloniales n'apercevrait pas le parti qu'on peut tirer de celte situation? Croitron que, pour atteindre une si belle.proie, défendue par moins de 400.000 Français, — les 4 millions d'indigènes et les ^00000 éirangers étant ou pouvant devenir soit indifférents

\,yo\v'(30\itA\ii, La politique française au Maroc, Paris. 1906.

.-S. « Combien en aî-jo vus de Marocains revenant de l'Âlgério envier le sort àeieurs voiftinB... Los. routes aûrcii, les chemins de ier, le commerce facile, le eespect de la propriété, voilà ce qu'ils ont vu par delà, la frontière. » Vicomte de Foocauld, Befumnaissance au Maroc, (1883-1884). Paris, 1888.

soit hostiles — une politique audacieuse se ferait Taule de troubler l'Algérie par des agents recrutés au Maroc et de préparer aÎDsi les voies à une agression plus directe ? Force nous est donc de veiller à ce que, sous quelque forme que ce soit, des influences étrangères susceptibles de pénétrer en Algérie ne puissent s'introduire au Maroc. Quand on défend une place> on ne commence pas par s'y enfermer et l'on en protège les approches. Le Maroc est le boulevard de l'Algérie. Non seulement nous avons besoin que Tordre y règne. Mais nous avons besoin qu'aucune puissance, en y devenant prépondérante, n'en fasse contre la France d'Afrique le centre d'une politique iioslile'.

1. Cfltu vt'dlô (l'rvidcnoc peut se justilior a posteriori par l'ctudo des cvénLMiionls survenus en I90ii et i9U6 sur la fi-onlière algéro-marocaine. (Voir le Temps l;i mars IDOG. Propos diplomalit^ues.)

a Depuis que la politique alleniando. cessant de « se désinléiTSScr des questions niudilyrranécnncs », a inauf^uré au Maroc une acliou antifrunçaiso, nous avons pu constater chez les li ibus niaroeaines cl algériennes des dispositions nouvelles qui, si elles se développent, deviendront pour nous un danger. Dès le lendemain de la vigile de (iuiilaumc II à Tanger, lo représentant du iiiajiîhzen à Oudjda recevait l'ordre de cesser ses relations amicales avec 1» s auiorilés fran«;aises. Et, trois semaines après, l'amel do Figuig. au rrt;u d'une Irllre du pacha de Tanger, prescrivait aux gens de Zcnaga, qui, la veilhî encon*, nous témoignaient une ahsolue fidélité, do no pas se compromettre avec nous, a l'heure approchant où les Allemands viendraient remplacer les Français ». Ce n'était là (ju'un commencement. Depuis lors, ces phénomènes se sont multipliés et précisés. IMus récemment, lo pacha de Tanger a écrit de nouveau à l'amel de Figuig que le sultan, appuyé par TAIlernagne, allait « exiger » de la France léva-ualion des oasis sahariens occupés en l'JUO. Kn même temps, la nouvelle a été adressée aux tribus frontières, nouvelle (jui émanait d»'s p'présentanls du maghzen cl qui s'est répandue avec la rapidité qui caractérise au pays musulman la transmission de toute information politique, que les Allemands débarquaient à Agadir des armes destinées aux populations du Talilalet. Le gouverneur de cette province, Moulai Kachi(l,a été avisé d»; se U'uiv prêt à la « guerre de délivrance ». On a ajouté que Dou-Amama allait lui aussi se mettre en mouvement contre nous. Le 48 février, quand lo poste Iraneais de Deni-Ounif a tiré des salves pour saluer l'élection de M. Fallières, l'amel de Figuig a lait sorlir sa petite garnison. Il a dit : « D'ici peu, grâce aux Allemands, nous aurons, nous aussi, l'occasion de nous réjouir. » Et il a fait tirer des salves en l'honneur de celle espérance. A Kenadsa, le marabout qui avait sollicité et accepté joyeusement la construction d'une infirmerie indigène (prévue dans lo programme de pénétration pacifique naguère approuvé par M. Jaurès), a, depuis l'intervention allemande à Tanger et Fez, refusé de nous laisser donner suite à ce projet, qui portail atteinte, a-t-il dit, à « la terre d'Abd-el-Aziz ». Les Doui- Menia. que nous avions toujours administrés de leur libre consentement, f nt commencé à se plaindre do nous. Ils ont fait courir le bruit qu'on nous forcerait bientôt d'abandonner Tabzaza et Berguent. Comme, pour des raisons d'ordre administratif, la mise en exploitation du chemin de fer de Ben-Zircg s'est trouvée retai'dée, l'amel de Figuig a affirmé que c'était par suite d'une « interdiction » à nous adressée par le Sultan, il'accord avec l'Allemagne. »

La France africaine n'est pas d'ailleurs seule en cause. Qui ne voit, en effet, — si Ton admet, ce qui estla vérité, que tout trouble en Algérie qui nous obligeraitàyenvoyer 100 OOOou loO 000 homme?, désorganiserait la défense métropolitaine ; si Ton accorde, ce qui est l'évidence, qu'un pareil prélèvement sur nos effectifs de paix nous mettrait, par l'inaptitude à l'encadrement des réserves qui en résulterait, à la merci d'une attaque continentale, — qui ne voit que ce qui allait se débattre à Algésiras, ce n'était pas seulement l'avenir de l'Afrique du Nord, mais l'avenir de la Franco elle-môme ? Relisez d'ailleurs les documents olficiels français depuis 1904. Vous y trouverez toujours, plus ou moins nettement exprimée, cette vérité. C'est M. Delcassé qui, le 12 avril 1004, écrit à nos ambassadeurs :

Le Maroc placé sous notre influence, c'est notre Empire du nord de l'Afrique fortifié; soumis à une influence étrangère, c'est, pour le même Empire, la menace permanente et la paralysie* :

C'est lui encore qui, au Sénat, le 7 décembre suivant, déclare :

Pour saisir l'intérêt, non point seulement considérable, mais capital, que nous avons à posséder auprès du Sultan Tinfluence prépondérante, figurez-vous pour une minute une puissance étrangère installée dans les conseils du maghzen. Quel est Tavenir réservé à l'Algérie ? Au lieu {\e sa prospérité, n'est-ce pas de sa sécurité qu'il va falloir désormais avoir souci ? Et le temps, et les soins, et l'argent que réclame l'exploitation méthodique des ressources de l'Algérie, n'est-ce pas à assurer son existence, à la mettre à l'abri d'une agression qu'il les faudra avant tout et surtout dépenser^^ ?

Le 31 mars 1905, au Sénat encore, le ministre rappelle de nouveau cette situation :

L'affaiblissement extrême du maghzen, l'anarchie croissante et l'insécurité qui en résultaient, étaient préjudiciables à tout le monde, et tout d'abord à nous qui ne souffrions pas seulement comme les autres dans nos intérêts commerciaux, mais qui ressentions durement, en Algérie, les contre coups des troubles qui ne cessent de désoler la région marocaine voisine de la frontière. Au dommage économique s'ajoutait pour nous un dommage politique, et nous avions ainsi un

1. Voir Livre Jaune 190i. Acconls conclus le 8 avriH904, pages 7 et suivantes.

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