Voirie Tempsy 31 mars
±. Voir Journal des Débals, 8 avril 1906.
3. Un des adversaires les plus ardoiiU do l'Acte d'Algésiras fut M. René Millet, ancien résident général de France à Tunis.
désirait. Les autres estimaient, au contraire, que le bénéfice était étrangement inférieur à l'effort dépensé. Le 3 avril, la Gazelle de V Allemagne du Nord soutenait, avec son autorité officielle, la première de ces deux thèses. Elle écrivait :
Tout jugement sur le résultat de la conférence pour l'Allemagne doit avoir pour base la comparaison entre le point de départ et la conclusion actuelle. Cette comparaison, pour qui n'impute pas de propos délibéré à notre politique des intentions qui ont été désavouées sans cesse depuis le commencement, ne présente aucune disproportion entre le but et le résultat. Fidèle au but qu'elle s'était proposé dès le dél^ut, la diplomatie allemande n'a demandé aucune faveur particulière pour elle-même, mais, elle a toujours eu pour unique souci, dans toutes ses demandes, de faire respecter le principe de garanties internationales suffisantes pour assurer la liberté d'action de toutes les puissances qui ont des intérêts au Maroc. Persuadée que ces efforts mériteraient la reconnaissance des puissances, l'Allemagne se rendit à la conférence, bien qu'il fût notoire que la France y venait ayant déjà conclu des actîords avec trois puissances...
Ni l'Allemagne ni la France n'a été victorieuse à Algésiras, maisbien le principe international qui, en ce qui concerne le Maroc, a reçu une confirmation nouvelle et solennelle.
La politique allemande avait écrit sur son drapeau la défense de ce principe, non pas par un esprit systématique de chicane, mais parce que le maintien d'un régime international au Maroc se montrait favorable au développement des propres intérêts de l'Allemagne dans le domaine commercial et économique.
La conférence est tombée d'accord sur les garanties fermes et précises permettant à l'esprit d'initiative allemand de s'affirmerlibrement dans l'empire chérifien, alors que ces garanties n'auraient pu être obtenues par une entente particuHère avec la France.
Le Maroc reste un champ libre pour la lutte économique entre toutes les nations; nous reconnaissons volontiers que la France a apporté son concours loyal et elle a ainsi permis à l'Allemagne et à toutes les autres puissances neutres signataires de pouvoir tenir compte désintérêts particuliers de la France et de l'Espagne au maintien de l'ordre à l'intérieur de l'empire chérifien.
Nous espérons sincèrement que l'inquiétude qui avait pris naissance sans la faute de l'Allemagne et qui a troublé pendant longtemps la silualion internationale cédera maintenant la place à une confiance générale dans un fécond et pacifique labeur.
M. Schiemann constatait dans la Gazelle de la Cro/a:*quela
\. Voir le Temps, 2 avril 1006,4 avril 1900.
Tardiku. 27
418 LA COlVFÊlieMCE DVlGÉsmAS
conférence s'était approprié les princtpes éfioneés par Gn laume H, lors de son voyage â Tanger. Plus objective, la Gti^ê de Francfort disait :
Si les Français sont satisfaits d'avoir fait reconnaiirs letits drata spéciaux à la frontière et de >'êlre a»saré rorgtnîiation 4e I« poltce dans les principaux ports ainsi que d'à utrei avantages, les AUeinand», d'autre part, se félicitent d avoir fait saumettre la police frfinco-e%b.i' gnole à la surveillance d'un inspecteur généraL U reste h t^ir «£ t'tnîipecteur général pourra jouer, en réalité, un f6ie quelque peu important. On admet généralement qu un des résultait de b eonfér^Jice a été âff resserrer et de rendre plus atiiicates les relations entre les l>tiissmncea^.
La Gazette de Cologne écrivait :
La paix européenne est sortie indemne des essill dt résistaoce viennent de se faire à Algésiras. Le mérite en reviaiilio bon vaulaîr tons et en particulier aux efTorts infatigables et déiilltéressés de TAi triche-Hongrie.
Ni vainqueur ni vaincu l C'était ta le mot d'ûrdrs tTèc lequel le prince de Bulow est allé à la conférence. ?ioiis eroyoEs qu'il a été tenu ; du moins, nous autres Allemands, ooui ne rappertons cl*Al^ésiras aucune rancune contre la France» Noua ne ferons rien pour empêcher la France de jouer, ii elle veut le faire, Je rôle que Itd «Uribuait M. Hanolaux, lorsqu il écrivait, il y a quelques jours : m ÏHUvréis des complications parliculières dans lesquelles une fausse manteuvro l'avail entraînée, la France peut et môme doii, confarnu^menl à &a aitualion, à ses tendances manifcsles^à son lêrapûnimenl sociable et modéra leur, devenir le principal intermédiaire de la réconcîtiatioi] et de ^aJ)ai^emc^l- ».
Le correspondant parisien du Berliner Tageblati ju^tmii^ aiosi qu'il suit, les résultats acquis :
L'Allemagne a obtenu à Algésiras tout ce qu'elle pouvait obtenir ou du moins, tout ce qu'elle pouvait obtenir à force de marchandage patient. On eût pu, dès le début de la conférence, faire le geste de celui qui donne généreusement et s'assurer en même temps, par des entretiens particuliers, des avantages dans d'autres parties du monde' mais en ne voulant pas user de ces procédé:^, nous n^avons pu arracher çà et là à notre avantage que quelques bribes des projets français. Répétons-le encore une fois, on ne pouvait mieux faire et tout le géniti
1. Voir (iazelle de Francforts 3 iivnL -. Voir (iazetle de Cologne, t avril.
l'acte général 419
de Bismarck ou la subtilité d'un Talleyrand n'auraient pas obtenu davantage. Mais il faut dire tout d'abord que Bismarck ne serait jamais allé à Algésiras et aurait évité les erreurs qui ont créé logiquement la situation de ces dernières semaines. Il est plus que probable que ce grand réaliste n'aurait pas, au mois de juin 1908, sacrifié la politique des résultats à des succès diplomatiques, qu'il aurait reconnu dès 1901 la signification de l'affaire marocaine et qu'il aurait été prêt immédiatement à profiter des événements.
Plus sévères étaient les IVouvelles de Hambourg :
Au fond, disaient-elles, la France a tout obtenu à la conférence. Les concessions qu'elle a faites sont purement formelles: sur le fond même, nous n'avons fait que céder. Le protocole final a mis la police aux mains de la France, plus complètement encore qu'on ne pouvait s'y attendre d'après les négociations antérieures. En face de ce résultat, il faut franchement reconnaître que l'intervention de la politique allemande au Maroc a été une faute. Les intérêts commerciaux de l'Allemagne ne justifiaient en aucune façon l'engagement d'une action diplomatique dont tout homme d'État perspicace devait se dire qu'elle pourrait donner lieu aux complications les plus graves. Le seul fait d'avoir omis de nous communiquer l'accord anglo-français ne pouvait suffire à balancer le désavantage qui résultait pour nous, vis-à-vis de la France, de notre faiblesse dans la question marocaine.
La Tàgliche Rtmdschau constatait avec regret l'isolement de rAUemagne.Pour la Tageszeitung, la politique marocaine, « commencée par la fanfare, finissait parla chamade )>. Pour le Vorwxrts, enfin, celle politique «chicanière » avait eu pour résultat d'aigrir l'opinion française : juste remarque, dont le reste de la presse allemande ne semblait pas comprendre la portée ^
i. Voir le Temps, 2, 3, 4, 5, 6, 7 avril.
Lo correspondant du Temps à Berlin, M. Roels, appréciait, en ces termes, à la date du 31 mars, l'opinion du public allemand :
« La grande majorité de» Allemands éprouvent une satisfaction évidente du fait seul que la conférence est virtuellement terminée, et l'unique reproche <iue l'on songerait peut-élre à adresser au gouvernement serait de ne pas avoir clos plus tôt l'ère des inquiétudes. Cette satisfaction est nuMéo de quelque dôcoption. On entend fréquemment dire que, depuis le mois de juin dernier, la posi. lion de l'Allemagne est loin de s'ôlre améliorée et que la diplomatie i(npérialc no sut pas profiler do l'état d'esprit des Français, après la chute de M. Delcassé. On dit volontiers qu'on perdit l'occasion d'une précieuse entente, en voulant se poser comme défenseur des droits des autres puissances, qui cependant ne paraissaient pas se croire lésées et qui ne savent aucun gré de cette intervention.
i) Parmi les intéressésquiparlent de porter des capitaux auMaroc, on reproche
420 LA CONFÉRENCE D ALGÉSIBAS
Parmi les tiers, la presse anglaise était la plus ardente à affirmer le succès de la France. Le Times, notamment, s'en félicitait :
Aujourd'hui, disait-il, la France a TEurope de son côté ; elle est forte de l'approbation des puissances^ plus forte qu'elle ne Tétait Télé dernier. Nous ne désirons pas passer sous silence l'attitude conciliante de l'Allemagne, mais nous n'oublions pas que l'Allemagne n'a adopté cette attitude qu'à la dernière heure, et nous pouvons dire qu'elle s'est décidée à modifier son attitude seulement lorsqu'elle s'est aperçue que tout espoir d'affaiblir l'entente anglo-française était vain. Or, loin d'affaiblir celte entente, l'incident marocain l'a affermie d'une façon éclatante. De plus, l'alliance de la Russie avec la France sort glorieuse de l'épreuve; la France et la Russie sont des alliées aussi fermes que jamais et un grand nombre d'Anglais ont conçu l'espoir que la conférence d'Algésiras donnera une nouvelle impulsion à la politique inaugurée par lord Lansdowneet sir Charles Hardinge, politique consistant à compléter l'alliance franco-russe et l'entente anglofrançaise par Talliance cordiale de la Grande-Bretagne et de la Russie*.
Les autres journaux, à quelques nuances près, tenaient le môme langage. En Russie, la presse libérale exprimait l'opinion que « l'Allemagne, ayant cherché à isoler la France, était tombée dans son propre piège-». Le Novoie Vremia, plus pessimiste, écrivait : « Ce n'est pas la paix, c'est un armistice de cinq ans. » Les journaux espagnols étaient généralement satisfaits. Ceux d'Italie étaient partagés entre la colère, que leur inspiraient les attaques de la presse allemande contre le marquis Visconti-Venosta, et le désir, inspiré par le gouvernement, d'apaiser un impérieux allié. Le Giornale d'Italia disait « que l'Italie n'avait été guidée que parle
aussi à la diplomatie impérialu d'avoir perdu beaucoup de temps à Algésiras dans des débats théoriques et de brûler maintenant les étapes au détriment des questions pratiques. Ils comptaient que les délégués allemands soumettraient un projet sur l'organisation de la justice, qui paraît abandonnée, pour permettre d'en finir aujourd'hui. Us voudraient avoir une codification du droit de propriété marocain, à l'instar des codifications entreprises par la Franco pour l'Algérie et la Tunisie. Us demandent des juges consulaires chargés do l'appliquer avec le concours des représentants du Sultan. Ces juges consulaires choisis d'après la nationalité des parties en cause formeraient des sortes de tribunaux mixtes simplifiés, destinés à soustraire les propriétaires étrangers à la vénalité et à l'arbitraire des Marocains.
» Ces réclamations viennent s'ajouter aux critiques qui n'attendent que la fin complète de la conférence pour se produire ouvertement. »