‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 253 sur 357 · Voir le Temps du o avril · texte numérisé non relu

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l'acte général 421

souci de faciliter raccord et de maintenir la paix ». En Autriche, l'officieux Fremdenblall se félicitait du rôle conciliant joué par le comte de Welsersheimb et la Nouvelle Presse libre faisait chorus en ajoutant :

A Paris, on peut dire que tout ce qui était possible pour la situation privilégiée de la France a été obtenu. Dans peu de jours, deux années se seront écoulées depuis la convention franco-anglaise. Le résultat favorable de la conférence justifie l'espoir que le nuage, qui depuis ces deux années planait menaçant sur la paix de l'Europe, est, pour des années, écarté de Thorizon.

Dans V Indépendance Belge M. Roland de Mares terminait un remarquable article par cette conclusion :

On est en droit, à Paris, de se réjouir franchement du résultat obtenu et de considérer que le prestige extérieur de la République sori considérablement grandi de cette épreuve. Non seulement l'Allemagne n'est pas parvenue à rompre l'entente anglo-française, ce qui était son but essentiel en provoquant la crise marocaine, mais la France a vu s'affirmer en sa faveur des sympathies politiques si précieuses qu'on peut estimer que sa situation internationale est aujourd'hui la plus fortement établie du monde et qu'elle est à l'abri de toutes les surprises mauvaises...

La leçon est amère pour l'Allemagne, mais elle peut être profitable et heureuse pour tout le monde civilisé, car elle tend à prouver qu'il n'y a en Europe aucune hostilité systématique contre le peuple allemand, aucune haine, aucune jalousie contre celte grande nation arrivée si rapidement à un haut degré de prospérité, mais que, d'autre part, les nations européennes ne s'en laissent plus imposer par les procédés d'intimidation familiers aux dirigeants allemands et qu'il importe que ceux-ci renoncent à leur politique égoïste et mesquine, s'ils veulent que l'Allemagne soit respectée et aimée, qu'elle soit à même de jouer dans le domaine mondial le grand rôle que lui réserve la destinée'.

Quant aux Marocains, ils ne pouvaient cacher à leurs intimes, la désillusion qu'ils ressentaient de voir sanctionné par l'Europe ce programme français de réformes dont l'Allemagne leur avait promis de les préserver. Us avaient cru que les rivalités des puissances leur permettraient d'échapper à tout changement, à tout

\. \oiv Indépendance Belge, !•' avril 1906.

contrôle. Changement et contrôle faisaient désormais l'objet d'un accord international.

Bientôt d'ailleurs, à côté de l'opinion privée, l'opinion officielle allait se manifester. Le 5 avril, au Reichstag, le prince de Bïilow, dans un discours assez bref, exprimait son sentiment ^ Il était tout à Toptimisme, pour le présent, — et pour le passé. On avait cru à la guerre: pure folie; car la question marocaine n'avait pas pour l'Allemagne une importance vitale. Et le chancelier précisait :

Nous n'avons pas d'intérêts politiques directs au Maroc. Nous n'y avons pas non plus d'aspirations politiques ; nous n'y avons pas, comme TEspagne, un passé mauritanien de plusieurs siècles, et nous n'avons pas, comme la France, une frontière commune de plusieurs centaines de kilomètres avec le Maroc; nous n'avons pas de droits iiistoriques acquis par toutes sortes de sacrifices comme en ont ces deux nations civilisatrices européennes.

Pour obtenir des garanties économiques et ne pas se laisser traiter comme une quantité négligeable, l'Allemagne avait voulu la conférence. « La conférence ne l'avait pas déçue. » Ce discours, d'un ton si cavalièrement rassuré, étail fait pour inspirer à la France un mélange de satisfaction, de surprise et de regret ; de satisfaction, parce que les idées développées par le prince étaient, dans leur ensemble, exactement conformes à celles que, depuis longtemps, notre pays avait acceptées; de surprise, parce que ces idées, si elles répondaient aux solutions adoptées la semaine précédente par la conférence d'Algésiras, avaient été contredites, dix mois durant, par l'attitude de la diplomatie impériale; de regret, parce que, si U chancelier eût tenu plus tôt ce Langage excellent et si, plus tôt, la politique allemande s'en fût inspirée à notre égard, d'inutiles controverses, fécondes en froissements, eussent été épargnées à la France et à rAllemagno. Écoutez en effet le prince de Bulow : « On ne peut pas se refuser à reconnaître qu'aucun pays n'était plus capable, en raison de son expérience, de fournir des instructeurs de police que l'Espagne et la France, pays voisins du Maroc». Combien il étaitfâcheux queM. de Radowitz n'eûtpas été autorisé à parler ainsi, au temps où il bataillait si fort contre la police franco-espagnole I Et comme le prince Radolin et le D"" Rosen

i . Voir appendice, page 531 .

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eussent vu leur tâche facilitée, si leurs instructions leur avaient permis, en juillet et en septembre 1905, de reconnaître aussi équitablement « l'intérêt spécial » de la France* î

Six jours plus tard, à la Chambre des députés, M. Léon Bourgeois prenait à son tour la parole. Dans un excellent discours qu'il lisait à la tribune^, le ministre des Affaires étrangères s'attachait d'abord à montrerTunité de la politique française à Tégard du Maroc.

La Chambre, disait-il, avait accueilli par une approbation unanime la déclaration du 16 décembre dernier, où mon prédécesseur avait exposé devant elle les principes de la politique française au Maroc et fixé les conditions dans lesquelles il avait accepté de prendre part à la conférence d'Algésiras.

Lorsque le cabinet actuel a été appelé aux affaires, il a manifesté, devant le Sénat et devant la Chambre sa résolution de maintenir les instructions déjà données à nos représentants à la conférence et de suivre une politique qui, selon l'expression de M. Rouvier, «constituait la garantie indispensable des intérêts de la France au Maroc et de sa situation spéciale vis-à-vis de l'empire chérifien ».

Nous définissions nous-mêmes en ces termes l'esprit de cette politique : « Pleinement conscients des droits et des intérêts vitaux que notre diplomatie a le devoir de sauvegarder, nous sommes convaincus que l'exercice de ces droits et le développement normal de ces intérêts vitaux peuvent être assurés sans porter atteinte à ceux d'aucune autre puissance. Comme nos prédécesseurs, nous avons l'espoir que la droiture et la dignité de cette attitude permettront le règlement prochain et définitif des difficultés pendantes. »

En accueillant,.comme elles l'ont fait, ces déclarations, les deux Chambres nous ont donné la certitude que, dans l'action très ferme, très loyale et très pacifique que nous comptions poursuivre^ nous avions avec nous le sentiment réfléchi de la nation.

La force morale que vous nous aviez ainsi donnée a grandement contribué, messieurs, à Theureuso issue des délibérations d'Algésiras.

M . Bourgeois analysait alors l'Acte d'Algésiras et 1 es négociations qui l'avaient précédé. Il concluait :

Je voudrais en terminant, dégager en quelques mots ce que j'appellerai la haute moralité de l'œuvre d'Algésiras.

1 . C'est après avoir prononcé ce discours quti lo prince de Biilow fut frappe do i'allaquc qui le retint six mois loin des aiïaires.

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