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42i LA CONFÉRENCE D ALGÉSIRAS
En parvenant à s*arrèler, après de si longs et si difSciles débats, sur les termes d'une transaction honorable pour tous, fondée sur la raison et Téquité, toutes les puissances présentes ont manifesté leur volonté de subordonner leurs vues particulières aux nécessités de la bonne entente générale et d'assurer pour l'avenir au monde ce calme et cette confiance que donne Tétat normal des relations internationales.
C'est dans ce même esprit que le gouvernement a suivi les travaux de la conférence et que la démocratie républicaine en interprétera certainement les résultats.
La France y a pu mettre à l'épreuve la solidité de ses alliances et de ses amitiés, auxquelles sont venues s'adjoindre des sympathies précieuses ; elle puise dans cette situation des forces d'autant plus grandes qu'elle entend seulement les mettre au service de la civilisation^ de la justice et de la paix ^
Le 24 avril, au Sénat italien, le comte Guicciardini répondit à une interpellation de M. de Martino en rappelant les jugements favorables portés déjà sur l'œuvre de la conférence par le prince de Bulow, sir Edward Grey'^ et M. Léon Bourgeois. Il ajouta :
Ces jugements aussi autorisés et concordants résument la pensée générale de toutes les puissances et démontrent que la conférence d'AIgésiras a répondu au but suprême pour lequel elle avait été convoquée : l'accord et la paix.
Au nom du gouvernement italien, et je sais que j'interprète les sentiments unanimes de notre pays, je me félicite de l'heureuse issue de la conférence d'AIgésiras, utile et honorable pour tout le monde.
C'est une nouvelle preuve de l'esprit pacifique qui anime l'œuvre internationale de la diplomatie. L'Italie considère cet esprit comme profitable au bien-être des peuples, et de son côté elle s'attache, comme elle l'a fait à Algésiras, à y contribuer largement et sincèrement.
La position de l'Italie à la conférence était particulièrement délicate, car elle devait régler un différend entre une puissance alliée et une puissance avec laquelle nous avons de bons rapports d'amitié et avec laquelle déjà depuis quelques années nous avons un accord spécial' concernant les questions africaines intéressant la Méditerranée.
i . A la suite de cotte déclaration, le crédit pour la conférence fut voté ù, l'unaniniité do 524 votants.
2. Le 10 avril, à la Chambre des Communes, sir Edward Grcy questionné par M. Scinvann, avait dit : « La déclaration anglo-française de 1004, à laquelle so rapporte certainement la question posée, ne dit pas que l'égalité économique de toutes les puissances au Maroc doive cesser au bout de trente années. Les engagements que l'Angleterre et la Franco ont pris Tune envers l'autre ne sont nullement modifiés et encore moins supprimés par les stipulations de la convention d'AIgésiras. »
Notre action à Algésiras ne pouvait donc être que conciliatrice et médiatrice.
Avant que la conférence ait comm '•ncé ses travaux, le gouvernement italien a fait connaître ses intentions aux puissances intéressées.
Notre action fut en effet une œuvre de conciliation et de médiation, et son but a été complètement atteint, puisque aucune nation n'est sortie de la conférence diminuée dans ses intérêts matériels, ni dans son prestige moral, et qu'une nouvelle et heureuse page de paix a été écrite pour le bien de l'Europe et de la civilisation.
L'Italie doit surtout témoigner sa gratitude envers le marquis Visconti-Venosla, qui, comme conseiller et interprète de la pensée du gouvernement, ayant la pleine conscience des difficultés et la claire vision de la route à suivre pour atteindre le but désiré, a rendu un double service au pays dont il était le représentant, et à la cause de l'entente internationale à laquelle aspiraient tous les gouvernements et tous les peuples.
Le point final se trouvait ainsi mis aux appréciations dont devait faire l'objet l'œuvre dos plénipotentiaires. Il restait à assurer rexécution de leurs décisions. C'est à quoi allait s'employer, au milieu d'obstacles divers, l'activité des gouvernements.
La première chose à faire était d'obtenir du Sultan la ratification de l'Acte d'Algésiras. Le 24 mai, en vertu de la mission à lui conliée par la conférence, M.Malmusi, ministre d'Italie à Tanger et doyen du corps diplomatique, quittait Tanger. Le 2 juin, il arrivait à Fez. Reçu le 5 par le sultan, il exposait à Abd-el-Aziz l'objet de sa mission. Dans une seconde audience, le 6, il insistait pour avoir une prompte réponse. Le 17, il revenait à la charge. Et le 18, il recevait l'assurance que le Sultan adhérait, sans aucune restriction, à l'Acte d'Algésiras. Neuf jours après cependant, le grand-vizir lui remettait, sous la forme d'une note verbale non signée, des « observations et desiderata» d'ailleurs assez imprécis ' .