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française et espagnole furent rappelées; niais, avec Taveu des puissances, M. Pichon prit des dispositions pour que la police fût instituée sans retard. A celte fin, le gouvernement suisse fut officiellement prié de désigner l'inspecteur. Il fit choix, en celle qualité, du colonel Arnim Muller \ de l'artillerie.
Une autre série de mesures était requise pour la mise en œuvre dos décisions d'Algésiras. Il fallait que le corps diplomatique étudiât les règlements qu'il avait reçu mission d'élaborer et dont l'objet principal était de discipliner la concurrence internationale *. Sur une très heureuse initiative de M. Regnault, nommé, le 9 juin 1906, ministre de France au Maroc, les ministres, à la fin d'août, prirent l'engagement unanime de conformer leur conduite, sans attendre la ratificalion, aux principes posés par la conférence; notamment, en matière de travaux publics et de concessions, il ne serait fait aucune dérogation à la règle de l'adjudication destinée à maintenir l'égalité de tous sur le terrain économique. Cette décision était un frein pour ceux des diplomates qui auraient pu être tentés de pécher en eau trouble. Pour le reste, on profita de la présence à Tanger de Mokri et de Bennis pour décider l'ordre de travail à suivre. On estima que les matières qui devaient être d'abord réglementées étaient l'introduction des explosifs, les taxes sur les constructions urbaines et les droits de magasinage, l'adjudication et l'expropriation. Ce travail devait être mené aussi rapidement que possible et soumis, au fur et k mesure, à l'approbation du maghzen.
Tel fut le lendemain de la conférence. Rien, dans les faits que
1. Voici la liste des olficicrs instructeurs français et espagnols :
Fi'duce. — Directeur de l'ensemble du servicc'dc police : le commandant iMiingin, brevelc, du io6« d'inranterio à Toul.
Ilé()arlis entre les divers postes :
Les capitaines Brémond, breveté, 2» régiment de tirailleurs ; Toulat, chef du bureau arabe de Mécheria; Poulet, 2" tirailleurs; Bolelli, ;65» d'infanterie Massoutier, chef de l'annexe de Barika.
Les lieutenants Michaud, 6« régiment d'artillerie; Gousse, affaires indigènes do Tunisie ; Sicard, 3« tirailleurs; Mellicr, 4« tirailleurs; Gasenel, 18« dragons.
Espagne. — Casablanca, le commandant d'infanterie Fausto Sanla-Cualla, le capitaine Enri(|U0 Avila et trois sergents ; Tanger, le capitaine d'infanterie Francisco Paixot, le lieutenant Robert Aguilar, trois sergents et un maréchal des logis de cavalerie ; Tetouan, le capitaine d'infanterie Pablo Gogolludo. les lieutenants Enrique Garcia et Guevas, trois sergents et un maréchal des logis d'artillerie ; Larache, le capitaine d'artillerie Juan Lopera, lo lieutenant d'in- Inntcrie Manuel do Las Heras et trois sergents.
tî. Voir ci-dessus, page 408.
nous venons de résumer, n'était de nature à surprendre les puissances, car elles nignoraient pas les difficultés de leur tâche. Les troubles de Tanger et Tinlervenlion franco-espagnole on td*ailleurs permis de constater que tous les signataires restent d'accord sur les principes : à savoir, introduction par l'Europe des mesures à prendre, exécution de ces mesures par la France et TËspagne. L'Acte d'Algésiras garde donc sa pleine valeur. Quelle est exactement cette valeur ? Comment se doivent apprécier les résultats marocains, les résultats européens de la conférence ? Dans quelle situation laisse-t-elle notre pays ? Répondre à ces questions, c'est donner à cette étude sa conclusion naturelle et établir, en fin de crise, le bilan de ces semaines agitées.
I. Coup d'œ'drétroFpeclif. — L'uniW de la politique française. — L'équivoque do la politique allemande. — L'Allemagne et la « réprobation de riOurope ». — L'Angleterre et la Russie. — Le rôle dos Ktats-Unis, de l'Autriche et (les petites puissances.
lï. Les résultais marocains. — Les réformes et l'empire chérifien. — Les réformes et la Franco. — Le programme français adopté par Iji conférence.
— Lcs intérêts français au Maroc et l'Acte général. — L'Allemagne au Maroc après la conférence.
III. Les résultais européens. — L'anntié franco-anglaise consolidée. — Son action à Rome et à Madrid. — L'allianco russe forLi(i«''e. — Les sympa- Uiics franco-américaines. — L'évolution do la Triple-Alliance. — Les exigences de l'Italie. — Les nisorvos de l'Autriche. — Le mécontentement de l'opinion allemande. — L'Allemagne et l'Europe. — Larésignalion du princo (h; lUilow.
IV. Les enseignements de la crise. — Les erreurs marocaines do la France.
— Les fautes européennes. — Les principes à sauvegarder. — La politique de M. Delcassé, sa force et sa faiblesse. — Diplomatie et armée. — La leçon militaire de la crise marocaine.
La conférence avait duré trois mois, moins une semaine. Du lo janvier au 20 février, elle s'était partagée entre les travaux économiques (contrebande des armes, douanes, amélioration du système fiscal) et les pourparlers à huis-clos entre la France et l'Allemagne. Du 20 février au 7 mars, on avait discuté en séance la banque et la police, landis que, dePétersbourgetde Washington, s'exerçait énergiquement une action conciliatrice qui semblait, au début de mars, à la veille d'aboutir. Du 7 au 14 mars, notre crise ministérielle nous avait fait perdretoutleterrain gagné. Du 14au26, M. Bourgeois, énergiquement appuyé par les puissances alliées et amies, avait ressaisi l'avantage. Du 26 mars au 7 avril, l'accord définitif s'était établi.
Pendantcette longue période de négociations et de luttes, la poli-
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tique française n'avait pas varié. Et notre diplomatie, non sans risques, avait joué cartes sur table, indiquant, dès le début, quelles concessions elle accepterait, quels sacrifices au contraire, elle se refuserait à consentir. Le 15 janvier, M. Révoil avait répondu k l'accusation de « tunisification » en affirmant le triple principe de la souveraineté du Sultan, de Tintégrité de son empire, et de la A porte ouverte * ». Le 3 février, il avait accepté le partage du •mandat de police avec l'Espagne-. Le 17, il avait admis que Texercice de ce mandatpartagé pût être entouré de garanties qui n'avaient pas été, du reste, explicitement précisées'. Vers la même date, M. Regnault avait laissé entendre au comte de Tattenbach que nous ne serions pas irréductibles quant au nombre de parts à attribuer au consortium dans la constitution du capital de la banque *. A. partir de ce moment, c'est-à-dire un mois juste après la réunion de la conférence, nous avions donc abandonné tout ce que nous pouvions abandonner et épuisé, dans les pourparlers à huis-clos, notre disponibilité de concessions.
Ces pourparlers avaient eu l'avantage de dissiper les présomptions créées contre nous par l'Allemagne •. Ils ne suffirent pas à décider celle-ci à une transaction directe. Par trois fois, le 26 janvier^, le 10 février" et le 19 «, un refus intransigeant nous fut notifié, soit par M. de Radowitz, soit par les agences officieuses, cependant qu'une action tenace, exercée à Algésiras et dans les différentes capitales, tendait, en déformant les faits, à détacher de nous nos alliés, à présenter comme obstination ce qui n'était que fermeté, à annuler la valeur de ce que nous cédions, à nous isoler en nous discréditant •. Le recours à la conférence s'imposait.