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tionale, c'est-à-dire étrangère, n'y devint pas pour nous une menace éventuelle. En acceptant la conférence, nous n'avions pas méconnu cette double nécessité. Et devant ses membres, comme auparavant, noire premier devoir était d'obtenir qu'il en fût tenu compte par l'Europe.

Dana Tordre économique, nous pouvions invoquer des titres, qui, pour être d'une nature différente, n'en étaient pas moins sérieux. Il convient d'abord de noter que Tanarchie croissante des dernières années a sensiblement diminué le trafic terrestre francomarocain. De 16 millions et demi en 1901, ce commerce est tombé à 11 millions et demi en 1902, à 1^ millions en 1903. L'impossibilité de procéder, à travers les razzias des tribus en lutte, à des échanges normaux, a abouti, en 1904, aune diminution nouvelle de plus de 3 millions et demi, soit en moins de quatre ans, une réduction de près des deux tiers. L'œuvre réformatrice engagée par la France se justifiait donc par le souci de notre commerce. Et elle devait par contre-coup profiter à toutes les puissances, puisqu'on 1904 la diminution des échanges n'avait pas atteint seulement le trafic terrestre, mais celui aussi des ports ouverts, notamment de Larache et de Casablanca S et que le commerce général du Maroc, qui était de 16^ millions en 1902, n'était plus en 1905 que de 78 millions.

Que si maintenant l'on considère le commerce maritime de Tempire chérifien, on constate l'importance de la situation que la France avait à défendre ^ Sans doute, les chiffres des statistiques françaises, anglaises et allemandes présentent souvent des dilTércnces assez considérables. Mais ils sont généralement concordants, si l'on envisage seulement la position relative des difl'érentes puissances^. Pour Tanger, le commerce français est, en 1903, plus de deux fois supérieur au commerce allemand, plus de quatre fois en 1904. Et d'après les statistiques anglaises, la progression de nos achats et plus encore de nos ventes est depuis

1. Voir Lurot, Rapport sur les douanes marocaines. n« 498, 1900.

2. W faut considérer, pour avoir un total exact du commerce franco-marocain, d'abord le commerce des ports, ensuite celui de la fronliôrc algéromarocalDe, celui eniin des présides espagnols où noua tenons, notamment à Mcliila, une place très importante.

3. Voir à l'appendico page 499 les tableaux statistiques où les chiiïres du ccnnniei'ce et du tonnage se trouvent groupés par pays et par année.

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1898 beaucoup plus rapide que celle des achats et des venles de rAlleniagnc. Pour la navigation, nous sommes également en progrès. Et les Allemands eux-mômes constatent ce progrès qui s'est affirmé encore en 1905. A Larache, le commerce allemand, en 1903, représente, d'après les statistiques anglaises, le dixième, et, d'après les nôtres, le douzième du commerce français. En 1904, notre supériorité se maintient dans une proportion de neuf à un d'après les évaluations françaises, de deux à un d'après les évaluations anglaises. A Tétouan, en lîî03 et 190i, nous dépassons certainement TAllemagne; mais les statistiques sont trop incomplètes pour qu'on en puisse faire état. A Rabat, d'après un rapport allemand do mars lOOi, le trafic français est plus de trois foissupérieur au trafic allemand. A Casablanca, les statistiques anglaises qui vont jusqu'à 190o, constatent notre avantage tant au point de vue des achats et ventes qu'à celui du tonnage. Les statistiques anglaises nous reconnaissent, par rapport à TAllemagne, une supériorité d'un tiers; les nôtres, une supériorité des deux tiers. A Mazagan, l'Allemagne achète trois fois plus que nous, mais nous vendons cinq ou six fois plus qu'elle. Au total, en 1904, nous la dépassons dans une proportion qui, suivant les statistiques allemandes, est do 1;5'\ suivant les nôtres 2/o\ A Safi, le commerce total de rAllemagno est légèrement inférieur au nôde d'après les slatistiq'ues anglaises, et, d'après les nôtres, légèrement supérieur; mais l'importation alhmiando est bien moindre que la nôtre. A Mogador, nous sommes distancés de 3 ou 400.000 francs sur 3 millions. A Fez enlin, qui on raison de sa situation n'a point de slalisliques comme les ports, notre chiffre d'alTaires est sensiblement supérieur à celui de rAllemagno.

Dans l'ensemble, et en mettant de côté le commerce terrestre par la frontière algérienne, nous laissons rAllemagno loin derrière nous dans tous les ports, sauf un. Si l'on y joint le commerce terrostre, pour lequel les évaluations sont certainement inférieures à la réalité, nous trouvons que nous dépassons l'Allemagne de 2:î:iS2-48S francs en 190i, de :2i:290 8:r2 francs en 1903, de KSol'i 957 francs en 100 i, do iîG 135 8o5 en 1005. Cette dernière année, qui, pour tant de raisons politiques, aurait dû nous être défavorable, accuse un magnifique progros. Non seulement nous avons une plus-value de près de 7 millions sur les chiffres de 1904,

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alors que l'Allemagne, en pleine faveur à Fez, subit une moinsvalue de plus de 3 millions et demi, mais nous distançons l'Angleterre elle-même et nous occupons le premier rang parmi les puissances commerçant au Maroc*. Nous détenons, de ce commerce, en 1902 31,1 p. 100, en 1903 31,7 p. 100, en 1904 30 p. 100, en 1905 4B,3 p. 100. L'Allemagne, pour ces mêmes années, n'a que 9,01 p. 100 en 1902, 9,6 p. 100 en 1903, 11,1 p. 100 en 1904, 9,9 p. 100 en 190o. Pour le tonnage, nous venons au second rang avec 22,4 p. 100 en 1903, 22,9 p. 100 en 1904, 30,7 p. 100 en 190o, alors que l'Allemagne n'a que 18,7 p. ICO en 1903, 17,4 p. 100 en 1904 et 13,5 p.iOOen 1905. Nous sommes donc en progrès et elle en décroissance. Il faut noter d'ailleurs que, tandis que le com-

4. Le consal anglais & Tangor, M. Whifc, dans son rapport sur 190b écrit :

« Le caractère frappant dos slatisli^iuos. c'est le f?rand pro^nrs de la France. En 1905 pour la première l'ois, la France tient la tèlo de la lisle avec un commerce total do 1 740 000 livres, la valeur des exportations on France et des importations de France étant plus élevée «[ue celles d'aucun autre pays, w

FA plus loin :

« Le grand accroissement du commerce franç^ais et du tonnage français est la conséiiuencenatuixjlle de l'afiluonce des Français au Maroc depuis l'accord francoanglais. Le nombre des Français — Algériens mis à part — est probablement maintenant le triple de ce j|u*il était il va trois ans. Des banques françaises importantes ont été établies ù. Tanger et des maisons françaises ont fondé des succui-salos dans les villes de l'intérieur aussi bien que dans les ports. Le gouvernement français a aussi accordé des subsides & des Compagnies de navigation pour envoyer dos stuamers à, Tanger à des dates régulières. accroissant ainsi le tonnage français et donnant de plus giandes facilités pour le commerce entre la France et l'Algérie. »

I£n ce qui concerne le commerce alg«;ro-maro<Min, M. Wliile écrit :

a Comme je l'ai fait observer dans mes rapports de 1903-1904, le commerce du Maroc parla frontière algérienno est destiné à devenir très imporlant. De nouveaux contres commerciaux étant ouverts près do la frontière et le chenùn de fer étant poussé plus avant, le commerce est certain d*augment<u* dans de larges proportions, d'autant plus qu'il est probable que des facilités seront accordées et les diflicullés actuelles supprimées.

» Ce chemin de fer est le canal naturel du commerce du district du Tafilalet, et bien que le commerce ait été provisoirement coupé, il se développera par ce chemin naturel au détriment do la route plus longue et plus coûteuse do Fez. Comme exemple flu dévrloppoment rapide des centres de négoce sur cette ligne de chemins do for, je cib-rai Beni-Ounif près de Figuig. Cet endroit. qui n'était qu'une expression géographique il y a trois ans, est mainlonant un centre commercial important avec plus de 200 maisons, dont 30 destinées au commerce.

» L'état troublé des provinces marocaines de la frontière a eu un elTot déprimant sur le négoce avec l'Algérie, mais il est probable que lorsque l'ordre sera rétabli lo commerce prendra une grande impulsion et dans quehiues années le commerce de toute la partie orientale et méridionale du Maroc prendra le chemin de l'Algérie au lieu de celui des ports, le premier étant meilleur marché, plus sûr et plus rapide, u

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merce allemand est surtout un commerce d'exportation du Maroc en Allemagne, le commerce français est surtout un commerce d'importation au Maroc : ce qui nous rend plus nécessaire qu'à quiconque le maintien de la sécurité. Si enfin on totalise le trafic des trois puissances qui arrivaient d'accord à Algésiras — Angleterre, France, Espagne, — on trouve que ce total représente T'J p. 100 du trafic marocain (63 millions environ sur 78 raillions en 1005). Si donc on devait à la conférence invoquer rinlérèt commercial, ces puissances avaient, plus que personne, le droit d'être entendues *.

Il serait d'ailleurs injuste de mesurer seulement aux statistiques douanières la valeur de notre situation matérielle et morale au Maroc-. Il faut noter aussi que le nombre des maisons françaises qui y sont installée» n'est pas loin d'atteindre 250, dont plus de 180 à Tanger, et qu'on en trouve dans toutes les villes où résident les Européens. Les capitaux engagés par notre pays dans les affaires commerciales atteignent (sans compter les Compagnies de navigation) 25 millions au bas mot. Les banques françaises ont souscrit 67 millions sur les 73 qui constituent la dette étrangère (lu Maroc. Cinq Compagnies françaises, la Compagnie de navigation marocaine et arménienne Paquet (Marseille), la Co7npagniedenavigaiionmixte(MsiVseï\\e), la Compagi\ichavraisepèni7isulairede navigation à vapeur (Le Havre), la Société générale de transports ynaritimes e/à vapewr (Marseille), la Compagnie Castanié (Oran, desservent les ports marocains^. Nos services postaux et

1. Los relations commerciales franco-marocaines sont régies par lo traité de conmicrcc du 24 octobre 1892 conclu par le comte d'Aubigny. En échange de l'application du tarif minimum français aux produits marocains à leur entrée en Franco, notre ministre à Tanger a obtenu : 1« la réduction de iO p. 100 à 5 p. 100 ad valot^em dos droits d'entrée pour certains produits français (tissus de soie, pierres précieuses, bijoux d'or et d'argent, vins cl liqueurs. pâU's aliinontaircs) ; 2» la réduction des droits do sortie pour certains produits marocains, la France demeurant soumise au traitement de la nation la plus favorisée pour les produits non m<;ntionnés au traité; 3* la suppression des prohibitions empêchant l'exportation de certains produits marocains . différents bois, minerais de fer, de cuivre, etc., sauilo plomb ; 4» la protection des marques de fabriques françaises. (Voh* Fidel, Les intérêts économiques de la France au Maroc.)

2. Voir roxcellenle étude de M. Camille Fidel, Les Jnférct» français et allemands au Maiy)c. Paris, 1905.

3. Il convient de faire une place spéciale à la Compagnie Paquet, qui est à la fois entreprise de transports maritimes et agence commerciale et qui, par lit souplesse admirable de son organisation, son intelligence des besoins

télégraphiques comprennent une recette principale à Tanger, deux receltes et cinq agences postales, qui ont encaissé, en 1904, 1^300 francs, leurs opérations de trésorerie s'élevant d'autre part à 2 420 000 francs. Nous avons deux cibles télégraphiques Tanger-Gran et Tanger-Cadix. Nos écoles, celles notamment de l'alliance française et de Talliance Israélite universelle, recevaient en t903, 24S0i*lèveset leur budget dépassait iOO 000 francs. Notre presse est représentée par trois organes quotidiens, le Maroc, le Jouryial dv; M^aroc et \b. Dépêche marocaine auxquels il faut ajouter le journal arabe Éssaada d'inspiration française. L'Institut marocain avec son excellente publication des Archives est la seule organisation scientifique d'études marocaines. Nos hôpitaux et nos dispensaires fonctionnent à Tanger, depuis 1864, à Casablanca, Mogador et Tétouan. Notre langue est à Tanger celle de toute la société cultivée.

L'activité commerciale et morale de notre pays est donc, par ses résultats, considérable. Si l'on envisage sa forme, on constate qu'elle est essentiellement individualiste et démocratique. Les 37 millions du commerce franco-marocain* sont en effet surtout répartis entre des maisons d'importance secondaire, auxquelles il faut ajouter les innombrables petits marchands égrenés tout le long de la frontière d'Algérie. Parcourez les villes de la cote; éludiez dans chacune la colonie française : vous y trouverez des maraîchers, des boulangers, des restaurateurs, des épiciers, des quincaillers, des maçons, des mécaniciens, de petits agents marilimes, des pharmaciens. Si vous montez vers l'intérieur, vous rencontrerez des jeunes gens venus d'Auvergne avec un maigre capital pour s'essayer à l'élevage. Vous verrez aussi des instituteurs retraités qui s'efforcent de faire pénétrer la langue française dans ce milieu cosmopolite; des médecins qui, pour accomplir leur tâche secourable, vivent dans les pires conditions de confort. Et tous vous diront que l'œuvre de réformes, dont la France a pris l'initiative, est indispensable à leurs affaires, à leur bien-olre, à leur sécurité. Toute cette colonie vivace et courageuse ne saurait

locaux, l'habile établisscmeut de ses tarifs, obtient chariuc jour des résultats plus considérables.

1. Voir Bulletin du Comité du Maroc (avril 1906). Les Intérêts démoci\Uiques de la France au Maroc, par MM. René Lecler et Saurin.

^H^^^^HSS^f^

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ôire confondue avec les « spéculateurs » que M. Jaurès, dans des difTamalions imprécises, n*a cessé de dénoncer comme les auteurs responsables de la crise marocaine. Elle est une partie intégrante de la France laborieuse et ouvrière. Et, en défendant les fruits de son effort, nous remplissions un devoir élémentaire de solidarité patriotique.

Lorsqu'il traçait devant le parlement les grandes lignes de notre politique marocaine, M. Rouvier avait donc raison de dire qu'en demandant au Maroc des réformes capables d'assurer à la vie et aux biens des étrangers une siicurité réelle et en réclamant pour la France le mandat de présider à l'exécution de ces réformes, nons luttions pour un intérêt national où se confondaient à la fois la paix de TAlgérie, le calme de nos sujets musulmans, notre sécurité continentale, l'avenir enfin, au .Maroc mémo, d'une influence matérielle et morale, dont nul ne pouvait produire l'équivalent.

Mais ce n'est pas seulement la prépondérance de nos intérêts que nous devions .sauvegarder devant les plénipolenliaires assemblés, c'était aussi la lettre de nos droits consacrés par le maghzen en des engagements positifs. El ces droits comme ces intérêts s'étendaient à l'ensemble de l'empire chérifien, dont la tranquillité générale, et non point seulement partielle, imporlait à la sécurité de l'Algérie.

Parmi ces droits, la conférence n'avait pas à considérer ceux qui visaient la poli<'0 de la région frontière. On sait en ell'et que nous avions exigé et obtenu que cet ordre de questions ne lui fût point soumis'. L'accord du 28 septembre =^ portait à son paragraphe I r « organisation, par voie d'accord international, de la police hors de la région frontière ». En conséquence, ni la situation que nous tenions tant du traité de 1815 que des accords Kévoil-Guebbasde lîHll (»t lî)il*2, ni l'organisation spéciale créée à Oudjda, Figuig et Adjtîroudpar une lettre de Ben Sliman, en date du 30 juillet 1902^ ne

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