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460 LA CONFÉRENCE D ALliÉSIRAS
Si Ton veut définir le changement, oo peut dire que Tentente cordiale était, à Algésiras, passée de l'état statique à Tétat dynamique et que sa puissance s'était accrue de toute la vitesse acquise.
Ce qui était vrai de l'Espagne et de Tltalie, Tétait aussi de la Russie. Pour prendre contre nous, au Maroc, une attitude hostile, l'Allemagne avait attendu les défaites de Kouropatkine. Du simple examen des dates, il résulte que sa politique a suivi une courbe parallèle à celles des armes russes. Notre actioii marocaine n'était ni plus ni moins troublante en 1905 qu'en 1904. Le traité anglofrançais disait tout. Et quiconque le trouvait mauvais pouvait le déclarer immédiatement. Si l'on attendit douze mois; si la « politique de réserve », — le mot est du chancelier de Bulov^* — précéda la politique d'intervention, c'est que la diplomatie allemande agit, non suivant des principes, mais suivant les circonstances, et que ces circonstances, du fait des désastres de Mandchourie, devenaient, en 1905, singulièrement favorables. Tout le monde, en France, fit C3tte constatation. M. Rouvier la porta à la tribune le 19 avril 1905 ^ Et quand la conférence commença, la France entière mesura ce qu'elle avait perdu à voir s'effondrer, au bout de l'Asie, le prestige militaire de ses alliés. On s'aperçut, dans un brusque réveil, que, deMoukden à Fez, le chemin était moins long qu'on n'avait cru, — et que ce chemin passait par Paris. L'alliance franco-russe s'en trouva consolidée ^. Elle le fut davantage encore de l'utile appui rencontré par nous à Saint-Pétersbourg, soit avant soit pendant la conférence. Cet appui, net et public, fut pour l'Allemagne une surprise plus grande que la solidité même de l'entente cordiale.' Guillaume II croyait tenir Nicolas II. Le prince de Bulow se flattait d'être maître du comte Witte et du comte Lamsdorf. Rien de tout cela ne prévalut contre les obligations de l'alliance, conforme, disait Bismarck, à la nature des choses, conforme aussi aux intérêts financiers de la Russie comme aux intérêts politiques de la France. L'étonnement ressenti à Berlin n'eut d'égal que la colère qui s'y marqua : colère de presse, qui après la publication des instructions du comte Cassini, éclata dans