PROTOCOLE ADDITIONNEL
Au moment de procéder à la signature de l'acte général de la conférence d'Algésiras, les délégués de France, d'Allemagne, d'Autriche- Hongrie, de Belgique, d'Espagne, des États-Unis d'Amérique, de la Grande-Bretagne, d'Italie, des Pays-Bas, de Portugal, de Russie et de Suède,
Tenant compte de ce que les délégués du Maroc ont déclaré ne paa être en mesure pour le moment, d'y apposer leur signature, réloi;'
gnement ne leur permeltant pas d'obtenir à bref délai la réponse de Sa Majesté Chérifienne concernant les points au sujet desquels ils ont cru devoir lui en référer.
S'engagent réciproquement, en vertu de leurs mêmes pleins pouvoirs, à unir leurs efforts, en vue de la ratification intégrale par Sa Majesté Chérifienne dudit acte général et en vue de la mise en vigueur simultanée des réformes qui y sont prévues et qui sont solidaires les unes des autres.
Ils conviennent, en conséquence, de charger Son Excellence M. Malmusi, ministre d'Italie au Maroc et doyen du corps diplomatique à Tanger, de faire les démarches nécessaires à cet effet, en appelant l'attention de Sa Majesté le Sultan sur les grands avantages qui résulteront pour son empire des stipulations adoptées à la conférence par l'unanimité des puissances signataires.
L'adhésion donnée par Sa Majesté Chérifienne à l'acte général de la conférence d'Algésiras devra être communiquée, par l'intermédiaire du gouvernement de Sa Majesté Catholique, aux gouvernements des autres puissances signataires. Cette adhésion aura la môme force que si les délégués du Maroc eussent apposé leur signature sur l'acte général et tiendra lieu de ratification par Sa Majesté Chérifienne.
Discours du prince de BUlow du 5 avril 1906.
Je désire profiter de la première occasion qui s'offre à moi après la ciôlure matérielle de la conférence d'Algésiras pour me prononcer devant vous sur notre politique marocaine. Vous comprendrez toutefois que je pèse très soigneusement mes paroles non seulement parce que la clôture formelle de la conférence n'a pas encore eu lieu, et que les résultats de la conférence et la question du Maroc n'ont encore été discutés dans aucun autre parlement, mais aussi parce que je ne voudrais ni diminuer ni troubler l'entente qui a été obtenue, et qui l'a été avec peine.
11 y a des semaines où l'idée de complications militaires s'est emparée des esprits. Pourquoi cela ? Les intérêts vitaux de la nation allemande étaient-ils tellement menacés que les hommes qui diriuenl notre politique extérieure pussent songer à soulever la question de force? Devions-nous, voulions-nous faire la guerre à cause du Maroc ? Non, Messieurs, pas à cause du Maroc.
Nous n'avons pas d'intérêts politiques directs au Maroc. Nous n'y avons pas non plus d'aspirations politiques ; nous n'avons pas, comme l'Espagne, un passé mauritanien de plusieurs siècles, et nous n'avons
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pas, comme la France, une fronlière commune de plusieurs centaînea de kilomètres avec le Maroc ; nous n*avions pas de droits hbloriqucs acquis par toutes sortes de sacrîfîces comme en uni ces deuil nations civiUsatrîces européennes ; mais nous avions des intérêts économiques dans ce pays plein d'avenir^ qui est indépendant et Jusqu'à présent peu ouvert; nous étions cosignataires d^une convention iriternalion^le qui contenait le principe de régalité des droits ; nous possédions par on traité de commerce les droits de la nation la plus favorUée. Nous ne pouvions pas permettre que Ton disposât de ces droits sans noire assentiment. C'était là une question louchant au prestige du., gouvernement allemand et à la dignité de rEmjjira^ttBmand et sur laquelle nous ne pouvions pas céder. {Patjji^^enifiii !)
Nous ne voulions pas prendre pied nu l^ïaroc, car en agissant ainsi, nous aurions plutôt affaibli que renforcé notre situation.
Nous ne voulions pas non plus foire mie opposition chicanière ni une opposition quelconque aux prétentions poliliquos anciennes ou aux prétentions historiques fondées de TEspagnc ou de la France, tant que les droits et intérêts allemands étaient ménagés et re^peelés.
Nous ne voulions pas non plus prendre TAngleterre a partie parce qu'elle s'était rapprochée de la France dans te irailé d'avril it)Di, car] dans ce traité, l'Angleterre ne disposait, en ce qui concerne le Maroc^ que de ses propres intértts, et que, relativement à TEgyple, elle nous a amenés après coup à donner notre assenUment but les points qui^ nous concernaient.
Ce que nous voulions, le voici ; nous voulions montrer que TEmpiro allemand ne se laisse pas traiter comme une quantité négligeable. (Très bien! à droite, au centre et sur (es hancs des nationaux lîùéraux), que les bases d'un traité international ne doivent pas èlre déplacées sans rassenliment des puissances signataires (Parfaiiement\)y et que, sur un territoire si important au point de vue économique, qui est indépendant et esl situé sur deux grandes routes du commerce du monde, la porle doit rester ouverte pour assurer la liberté de la concurrence étrangère.
Le meilleur moyen d'atteindre notre but par la voie pacifique consistait dans la convocation d'une nouvelle conférence* J*ai lu çâ et là dans les journaux que nous aurions obtenu davantage par une entente séparée avec la France. Je ne sais si cetlo entente eùl été possiLle^ el si une tentative de cette naliire n'aurait pas eu plutôt pour résultat d'accentuer l'antagonisme.
Dans tous les cas, nous aurions par Ih alïaibli de prime abord notre solide position, basée sur un traité international. Notre contiance dans la force que donne un solide terrain juridique était si grande que nous insistâmes pour que la conférence eut lieu^ bien que chacun sut que trois grandes puissances sont liées à la France par des conventiona séparées et qu'une quatrième est son alïiée ; par conséquent, neus
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avions à faire prévaloir nos revendications à la conférence contre une majorité de grandes puissances. La conférence dont je viens de parler ne nous a pas déçus.
La conférence a, il est vrai, duré plus longtemps que bien des personnes ne le supposaient; l'affaire n'était pas, en effet, simple, et il y a, dans la diplomatie comme dans la vie ordinaire, beaucoup d'affiiires bien moins importantes au sujet desquelles on discute et se dispute encore plus longtemps. (Marques d' approbation et hilarité.)
Je dois remercier nos délégués à la conférence d'avoir soutenu les revendications de l'Allemagne avec autant de fermeté et de ténaciié que de prudence. {Vifs applaudissements.)
Le détail des décisions de la conférence a été publié par les journaux et est connu de vous tous. Je n'en parlerai pas en ce moment d'une façon plus approfondie et je me bornerai aussi, concernant le jugement à porter sur le résultat général, à faire ressortir les points suivants.
C'eut été un manque de coup d'œil de notre part que de faire écbouer la conférence à cause de questions secondaires comme celles qui concernaient le nombre des censeurs de la banque ou un instructeur suisse ou hollandais de la police. Ces questions n'étaient pas pour nous un but, mais seulement le moyen d'arriver à notre but. Nous enfoncer jusqu'au cou pour des questions aussi peu importantes n'aurait pas été une politique pratique.
On ne peut pas se refuser facilement à reconnaître qu'aucun pays n'était plus capable, en raison de son expérience, de fournir des instructeurs de police que l'Espagne et la France, pays voisins du Maroc. Si nous nous étions obstinés à nier ce fait, le reproche d'intransigeance exprimé si haut contre la politique de TAllemagne par la presse française pendant les négociations de la conférence aurait été réellement justifié. Il s'agissait surtout de garantir le caractère international de l'organisation de la police. La France s'est prêtée, avec un esprit de conciliation égal au nôtre, à une solution loyale de cette très difficile question.
Nous ne sommes pas mesquins ; nous avons fait des concessions sur plusieurs points de détail ; mais nous avons maintenu d'une façon inébranlable le grand principe de la porte ouverte, qui, avec celui de la défense du prestige de l'Allemagne, nous a guidés et devait nous guider pendant toute l'action relative au Maroc. Nous étions, Messieurs, au pied d'une montagne assez difficile à gravir; en plusieurs endroits le passage n'était pas sans danger. Nous avons traversé une période de fatigue, d'inquiétude, et je crois que nous pouvons maintenant regarder devant nous avec plus de calme. La conférence d'Algésiras a eu^ suivant mon opinion, un résultat également satisfaisant pour l'Allemagne et pour la France, et utile à tous les pays civilisés.
53i LA CONFÉRENCE D ALGÉSIIUS
Déclaration lue devant la Chambre des députés le 11 avril 1906 par M. Léon Bourgeois., ministre des Affaires étrangères.