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campagne de rapprochement. L*Italie, dans la Triple-Alliance, avait, du temps de Crispi, joué contre la France le rôle d'une pointe offensive. Profitant à la fois de ses intérêts et de ses aspirations, nous négocions avec elle une entente qui, d abord commerciale, devient bientôt politique et qui, le 3 juillet i90''2, permet à M. Delcassc de déclarer à la Chambre que ritalie ne peut, en aucun cas et sous aucune forme, devenir ni Tinstrument, ni Tauxiliaire d*une agression contre notre pays ; que la Méditerranée (Maroc et Tripoli), jadis cause de désaccord entre nos voisins et nous, est désormais un principe d'union. A quelques mois de distance, une explication de même ordre nous amène à liquider avec l'Angleterre tout un passé de rivalités coloniales et de ressentiments ataviques. Et cette liquidation, plus notoire encore que celle du malentendu franco-italien, s'enregistre, le 8 avril 1904, dans un traité public.
Le résultat de ce traité, auquel l'Espagne adhère six mois plus tard et qui confirme l'un des termes de notre accord avec ritalie, doit être de nous donner les mains libres au Maroc. Mais plus encore, au regard de l'Allemagne, il est de nous assurer, dans l'Europe occidentale, une liberté d'action et une influence morale qui tranchent avec notre position antérieure et font de nous un centre attractif. C'est l'heure, précisément, où la Triple-Alliance, longtemps tenue pour intangible, laisse entendre des craquements. Le paradoxe de l'union austro-italienne éclate en manifestations de défiance réciproque et en armements symétriques. L'Allemagne môme n'a plus à Rome son prestige d'autrefois. On se rend toujours des visites et, dans ces visites, on prononce toujours des discours. Mais les discours italiens sont plus froids que les discours allemands. Et l'accueil réservé à Guillaume II, lors de son voyage de 190'*, est sensiblement moins chaleureux que celui fait à M. Loubel. L'Angleterre, d'autre part, dans l'instant où elle s'accorde avec la France, est, de plus en plus, la rivale de l'Allemagne. Le temps est loin, où Guillaume II se félicitait à Portsmouth de la puissance de la flotte anglaise. L'Allemagne, elle aussi, est devenue une puissance navale. Engagée sous son impulsion et par la politique commerciale du comte de Caprivi dans les voies de la politique mondiale, elle y trouve sur sa route le gouverne menl cl le peuple anglais. Va-t-elle, désormais, y rencontrer.
unies^ TADgleterre et la France? A celle question, Guillaume II d'abord ne répond pas directement. Mais il est facile de voir le fond de ses sentiments. L*arrangement anglo-français est du 8 avril 1904. Dès le 28 du môme mois, il parle à Garlsruhe et que dit-il?
Pensons à la grande époque où fut créée l'unité allemande, aux combats de Wœrth, de Weissembourg et de Sedan. Les événements actuels nous invitent à oublier nos discordes intérieures. Soyons unis pour le cas oîT, dans la politique du monde, nous serions contraints d'intervenir.
Le 1^' mai, à Mayence, pour l'inauguration d'un pont, nouveau discours, plus net encore :
Cette œuvre destinée à développer les relations pacifiques pourrait servir à des fins plus graves.
Enfin, le 14 mai, àSaarbrtick, la môme note retentit. Et après s'être félicité que la ville, où il parle, ait, grâce aux victoires de 1871, cessé d'être une ville frontière, il se loue, sans nécessité, d'avoir au cours de son voyage, visité Metz « boulevard de l'Allemagne » qui (' ne cherche d'affaire à personne » mais qui est prête à se défendre contre tous.
Nous voilà, avec ces discours, loin des déclarations flatteuses où l'on rendait hommage à la France, « au glorieux adversaire de 1871, toujours si utile à la cause de la civilisation » ; plus loin encore des commentaires sceptiques par lesquels le comte de BqIow avait accueilli le rapprochement franco-italien. Le chancelier avait vu sans colère l'Italie faire à notre bras un « tour de valse ». Il avait même dit : « Les accords franco-italiens sur certaines questions méditerranéennes (Maroc et Tripolitaine) ne vont pas contre la Triplice. Ils ne s'appliquent pas, en somme {ueher^ haupt), au terrain propre de la Triplice ». En présence de la situation nouvelle, M. de Biilow*, accusé par l'opposition d'avoir laissé isoler l'Allemagne, est forcé de faire contre mauvaise fortune bon cœur, d'affirmer que l'Allemagne ne prend aucun ombrage des accords anglo-français, notamment en ce qui touche