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54 IJi CONFÉRENCE D ALGÉSIRAS
le Maroc. Mais Guillaume II, moins prudent, ne 9e gène point pour proclamer son humeur el sa déception ; et, peu à peu, des manifestations oratoires, on se prépare sans transition à passer aux acles qu'annoncent, en février 1905, les propos de M. de Kiihlmann *. Quest-ce qui a déterminé, qu'est-ce qui a hâté cette évolution si inaUendue dans son principe et, dans sa forme, si anormale?
Ici encore les dates sont éloquentes. G*est en septeml^re 1904 que les armées russes succombent & Liao-Tang. C'est en mars 1905 qu'elles sont écrasées à Moukden. La Russie, pour longtemps, est donc sans action sur les alVaires d'Kurope. En môme temps la France, sous le ministère de M. Combes, parait la proie des socialistes. La suprématie de M. Jaurès n'est pas douteuse. El on la croit à Berlin plus totale et plus durable quelle n'est en réalité ^ L'armée, mal dirigée, est moralement divisée par la délation. Matériellement, ses approvisionnements sont insufI]sants^ Tout cela se dit à Paris. Et, dans plus d'un milieu, on ajoute à la vérité l'apport d'imaginations hostiles. L'ambassade allemande à Paris recueille ces bruits décourageants. Elle en fait des rapports qfu'elle sait devoir être agréables à l'Empereur. Un de ses membres surtout donne le ton et se plaît, usant de sa situation de famille qui lui ouvre à Berlin toutes les portes, à peindre notre « décadence ». On se décide donc à tout risquer, car on a la confiance que nous reculerons. Nous reculons en efTet. M. Delcassé tombe, victime à la fois de ses propres fautes et de la haine allemande. Puis c'est M. Bouvier qu'on essaye de muter, fût-ce par des menaces directes \ Et la conférence obtenue, on tente, avant sa réunion, de nous arraclier une abdication totale*. Est-ce bien du Maroc qu'il s'agit? Oui, dans une certaine mesure. Car aux coloniaux allemands, et peut-être au gouvernement, Tappélit est venu en mangeant. Mais le grand dessein, le but essentiel n'est pas de mettre la main sur tout ou partie de Tempire chérifien ; c'est de prendre