Voir Journal officiel et IlumanUé du 17 décembre
4. Le prince de Radolin employa cette expression en parlant de la démarche
enfin désabusé, disait, le 9 novembre 1906 : « Une hirondelle ne fait pas l'été. »
En Allemagne, il importe, lorsqu'on parle de l'opinion, de distinguer celle du pays et celle des journaux officieux. L'Allemagne industrielle et commerçante sait qu'elle a besoin de la paix. Et il lui paraît inconcevable que ceux qui la gouvernent puissent songef à là guerre. Toutefois la discipline est telle qu*unc guerre impopulaire, une /ois déclarée, deviendrait une guerre nationale. Le Maroc, soit qu'il s'agît de le prendre soit qu'il s'agît de le maintenir ouvert, ne semblait pas valoir les os d'un grenadier poméranien'. On eût été plus sensible à laccusation portée contre la France d'avoir manqué d'égards à l'Allemagne, — et davantage
personnelle qu'il avait faite chez M. Jaurès pour le prier de renoncer à son projet d'aller faire une conférence t Berlin en juillet 1905.
1. Voir le Siècle du 15 janvier 1906. M. Camille Pitollet raconte une conversation avec deux négociants allemands de Span<lau.
« Ils m'affirmèrent, croyant que je no connaissais que fugitivement l'état d*esprit du peuple allemand, que personne parmi les travailleurs et les c milieux roturiers » {bargerliche kreise), c'estrà-dire le petit commerce, ne se souciait des intrigues do Bûlow et consorts. Ils me certifièrent que des ministres qui sont nommés en dehors de la volonté du peuple, qui no sont jamais choisis parmi les députés, qui ne sont môme pas responsables, n'étaient à. lears yeux qu'une façon de valets supérieurs, bien payés, méprisables et servilcs. Ils me répétèrent à plusieurs reprises que, pour le bisschen Marokko, le c peUt bout de Maroc », ils ne sacrifieraient pas une minute de leur temps. pas un pfennig de leur bourse. »
Le correspondant du Temps à Berlin, M. Edgar Roels, écrivait le 7 janvier :
« N'étaient les journaux, on ne se douterait guère à Berlin qu'une semaine à peine nous sépare de la conférence d'Algésiras et que le Livre fi/awc paraîtra dans deux ou trois fois vingt-quatre heures. L'opinion publique allomando, dontl'éducation en matière de politique extérieure est encore à faire, témoign»^ pour la question marocaine la lassitude qu'on éprouve à la fin d'une histoire trop longue et dont l'intérêt est épuisé, et elle s'occupe d'autre chose. Les parlementaires eux-mêmes ont besoin du Livre Blanc, publié à leur intention, pour se laisser distraire des problèmes généraux et électoraux que soulèvent la réforme financière et les nouveaux Impôts ; et à côté des diplomates et des journalistes, les financiers sont peut-être les seuls qui suivent la question do la conférence, à cause des perturbations qui en résultent dans les rapports économiques internationaux. La bourse de Berlin s'en rend compte par les ventes répétées de rente allemande pour compte de porteurs étrangers, et qui ont provoqué sur le 3 p. 100, en deux jours, une baisse de 3.4 de point. Le monde des affaires a hdte de voir cette question liquidée, mais il n'en est pas moins très éloigné de partager les sentiments d'incertitude ([ui paraissent dominer à l'étranger. Le public allemand tout entier semble du reste plutôt étonné qu'on puisse croire à Paris et ailleurs que la paix est menacée. Personne ici ne voulant la guerre, personne n'y croyant, on ne comprend pas que le langage et l'attitude des gouvernants aient pu paraître inquiétants au dehors. »
Tardiez. 7
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encore à celle d'avoir voulu l'isoler. Mais on estimait généralement que nous avions donné les salisfactions nécessaires en sacriliant M. Delcassé. La conférence, qui allait se réunir, n intéressait guère le gros public. 11 considérait que l'Allemagne avait voulu celte conférence; qu'elle l'avait; queparsuite tout devait bien finir. Et les idées de représailles européennes, que nous avons notées dans le monde gouvernemental, le secret dessein de rompre Tamitié francoanglaise en démontrant à la France l'inutilité de l'entente cordiale, n'avaient pas de prise sur la masse. Dans les milieux coloniaux, il y avait évidemment des exaltés, qui répétaient après le comte Joachim de Pfeil : « Le Maroc vaut bien une guerre *. » Mais ces exaltés étaient Texceplion. Et rindifférence d'alors se mesure au mécontentement qu'ont provoqué par contre-coup les événements de lOOG-,
Toutefois, c'est par hi presse qu'on juge au jour le jour du sentiment d'un pays. El la presse allemande, sauf une ou deux exceptions, dénature systématiquement Tesprit qu'elle prétend réûéter. Quand la politique extérieure est en cause, les journaux d'oulre- Uhin sont, même dans l'opposition, des organes de gouvernement C'est à la chancellerie qu'ils puisent leurs inspirations. C'est à ses mots d'ordre qu'ils obéissent. Ce sont ses idées qu'ils exposent Il y a d'abord les officieux du premier degré. Gazelle de V Allemagne du Nord, Agence Wolff, Correspondance d^ Empire de V Allemagne du Sud. Ces diverses institutions sont des institutions d'Etat, dont la principale raison d'être est d'imprimer, telles quelles, les notes rédigées à la Wilhelmstrasse. Nous allons les voir, tout au long des débats, faire leur double métier d'appareils enregistreurs et d'appareils propagateurs, prêts à recueillir les fausses nouvelles, quitte à les démentir ensuite. Quand on ouvre les feuilles de ce genre, on sait ce qu'on y trouvera et on ne les ouvre qu'à cause de cela. Mais, à côté de ces conOdents de tragédie, il y a des journaux qui vivent par eux-mêmes, sont prospères et célèbres, et qui pourtant, par un lien étroit bien que discret, tiennent au gouvernement. C'est le tokal-Anzeiger^ c'est la Gazette de Cologne, c'est le Berliner Tageblall, c'est même la Ga-
J. Voir'ci-dessus, page 49.