‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 70 sur 357 · Voir ci-dessous, page · texte numérisé non relu

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zelle de Francfort, Nous retrouverons, dans les deux premiers, tous les arguments que la diplomatie impériale développera au même instant à Algésiras et dans les capitales. Tandis que le correspondant parisien du Tageblatl, M.Théodor WoliïS s'efforcera d'exposer les choses objectivement, la rédaction berlinoise ne fera qu'obéir à la consigne de la Wilhelmstrasse. Et, à la Gazette de Francfort, les critiques sévères dirigées par les « leaders » contre la politique impériale n'empêcheront pas M. Stein, le correspondant du journal à Berlin, de publier les apologies agressives que lui dictera le prince de Biilow, dont il est l'ami personnel. Si l'on joint h ce chœur docile les comparses comme la Post, la Gazette de Voss, \a Gazette delà Croix, on est en présence d'une armée mobilisée pour la guerre et qui met son honneur dans sa discipline. Certains, comme M. Schiemann, que nous citions tout à l'heure, sont les intimes de l'Empereur. Et leurs articles portent témoignage des desseins que nous nous sommes efforcés de démêlera Habitués à obéir, ils ne supportent pas la contradiction. La menace est leur arme favorite. Et c'est par elle qu'ils vont agir, — sans succès d'ailleurs, — sur la France et sur l'Europe. Les socialistes du Vonoaerts eux-mêmes évitent de discuter à fond la politique marocaine et leurs blâmes ne dépassent pas ce que leur impose le protocole du parti. Quant aux indépendants, tel que le rédacteur en chef de la Gazette de Francfort, s'ils vont jusqu'à une sévérité rétrospective pour les méthodes de la chancellerie, ils évitent de la contredire dans l'instant qu'elle est à l'œuvre. Unanimité commode, mais dangereuse, qui épargne aux hommes au pouvoir des gênes irritantes, mais les prive d'un frein nécessaire et prépare, par l'illusion du jour, la déception du lendemain. I A l'étranger, l'Allemagne ne rencontre plus les instruments t dociles que Bismarck mobilisait naguère et que M. de llolstein, I fidèle à la vieille méthode, essaie de galvaniser'. La France est j soutenue surtout par la presse anglaise, sans distinction de nuance, [chaque jour, le Times et les grands journaux reproduiront ou

1. M. WollT est, depuis novembre 1906, directeur du Tageblatl.

2. Voir Maurice Muret, M. Théodore Schiemann. Questions diplomatiques et coloniales du 16 février 1900.

3. 11 n'y a guère que la Neiie Frète Presse qui continue à être l'instrument Ae la chancellerie allemande.

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résumeront rargumentalion du Temps et s'en approprieront les conclusions. Le ton sera volontiers agressif à l'cgard de TAllemagne, invariablement amical à Tégard de la France. En Italie, à mesure que la presse allemande deviendra plus violente dans ses atla<{ues contre le marquis Visconti-Venosta, la susceptibilité nationale s'irritera davantage. Et, vers la fin de la conférence, on arrivera à une véritable exaspération. A Madrid, plusieurs journaux serviront d'écho aux espoirs des hommes politiques amis de l'Allemagne et soucieux d'obtenir de nous plus que les accords de 1004. La Kpoca seule nous est fermement lîdèle. Sur tous les autres, M. de Uadowitz exerce, au contraire, une action prépondérante. En Russie, la presse ollicieuse est indifférente, sauf dans les occasions où le comte Witle la met en mouvement, et toujours en notre faveur. En revanche, la presse libérale nous appuie avec éni^rgic. En Autriche, les journaux sont ou neutres ou germanophiles. Par contre, toute la presse hongroise prend nettement parti pour la France. .Vux Etats-Unis, les organes, assez nombreux, qui tiennent à la colonie allemande, nous attaquent avec véhémence. Les autres, surtout au terme de la crise, protestent contre cette pres.sion. M. Slanhope, du \ew-York Herald, est l'un des plus ardents. Même dans les pays où Tinfluence allemande est puissante, de grands journaux, comme V Indépendance Belge ou le Journal de Genève, sont avec nous. Partout, on fait place large aux dépêches des agences ou des envoyés spéciaux. Cest une mêlée générale, dont on ne retrouve Téquivalent qu*en remontant au congrès de Berlin.

Parmi les plénipotentiaires, les uns, ambassadeurs ou ministres à Madrid, s'y trouvaient depuis le début de janvier, les autres y arrivèrent à partir du 11. Quelques-uns, dont M. White et les Marocains, se rendirent directement à Algésiras. Il y eut, le 12, le 13 et le 14, diverses conversations entre les principaux délégués. Mais ce ne furent, que des rencontres de courtoisie. Il convient de noter cependant les entrevues de M. Révoil avec M. Morel, sir Arthur Nicolson, le comte Gassini et le marquis

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Viscontî-Venosla, qui avait vu l'avant-veille M. Ilouvier. Le plénipotentiaire français les employa, en effet, à faire connaître à ses collègues le sens général des instructions qu'il apportait de Paris.

Ces instructions, assez brèves, et de nature à laisser au représentant de la France sa pleine liberté d'action quant au choix des moyens, rappelaient d'abord les principes généraux de notre politique marocaine, tels que le président du Conseil les avait exposés le 16 décembre à la tribune de la Chambre. Elles envisageaient ensuite les questions de procédure, — présidence à attribuer au duc d'Almodovar; danger des commissions spéciales; dépôt sur le bureau de la conférence de la déclaration francoanglaise du 8 avril 1904, de la déclaration franco-espagnole du 3 octobre de la même année, des protocoles franco-allemands du 8 juillet et du 28 septembre 1905, — et spécifiaient que les arrangements de 1901 et 1902 relatifs à la frontière algéro-marocaine n^élaient pas du ressort de la conférence. Elles abordaient ensuite les problèmes inscrits à Tordre du jour. De ces problèmes, le premier à résoudre était celui de la contrebande des armes ; le second était celui de la police dans les ports. Mais, pour créer cette police, il fallait pouvoir la payer. Et, pour la payer, il fallait que le Maroc fût sorti des difRcultés financières où il se débattait. La marche à suivre était donc celle-ci : 1* contrebande, 2*^ réformes financières et Banque d'État, 3*" police.

Si Ton créait une organisation spéciale pour la répression de la contrebande, M. Révoil devait demander que la France et l'Espagne en fussent chargées. Pour les réformes financières, il était invité à exposer les droits acquis de la France, résultant du contrat du 12 juin 1904. Ces droits ne constituaient pas, d'après nous, une atteinte au régime de l'égalité commerciale, mais consacraient purement et simplement une situation de fait*, à savoir notre part prépondérante dans la constitution du crédit marocain et dans le commerce du Maroc en général-. M. Ilouvier examinait ensuite les autres moyens d'améliorer la situation financière, — le contrôle des douanes (de préférence au relèvement des droits) et Tassainissement monétaire. Il rappelait que nous nous étions

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