Voir Protocoles, pagu
sident et M. Réveil. Par une démarche courloise, le représentant de l'Espagne Tavail, par avance, communiqué à son collègue français. Et celui-ci avait estimé qu'il entrait, avec quelque imprudence, dans des précisions prématurées. M. Révoil avait donc signalé au duc qu'en 1880 M. Canovas, président de la conférence de Madrid, était resté dans les généralités ; qu'il ne fallait pas donner prise, dès le premier jour, à d'éventuelles contradictions; que, plus encore, il était nécessaire de ne pas établir de distinction môme verbale entre les intérêts solidaires de la France et de l'Espagne. De fort bonne grâce, le président s'était rendu à ces observations et avait amendé son premier projet. 11 s'exprima donc comme il suit :
Messieurs, en fixant le programme qui doit servir de base à nos délibérations, les puissances qui ont contribué directement à le préparer, ainsi que celles qui ont adhéré par la suite, ont clairement manifesté rinlérèt qui s'attache à ce que Tordre, la paix et la prospérité régnent au Maroc. Ce but est en lui-môme aussi considérable pour le Sultan qu'avantageux pour les autres gouvernements, en raison de l'influence qu'il exercera sur le développement du commerce, et sur les relations des nations avec le Maghreb. Les puissances sont également d'accord pour reconnaître que ce but précieux ne saurait être atteint que moyennant Tintroduction de réformes dans l'empire, réformes basées sur / le triple principe de la souveraineté du Sultan, de l'intégrité de ses i États et de l'égalité de traitement en matière commerciale, c'est-à-dire « la porte ouverte».
Sa Majesté Chérifienne et les puissances, en adoptant le programme, ne nous ont pas, toutefois, investis de la mission de tracer un plan complet pour la transformation administrative du Maroc. 11 s'agirait plutôt d'étudier en commun les moyens d'application des mesures qui, dès à présent, paraissent être à la fois et les plus urgentes et les plus faciles à introduire.
La confiance que nous avons tous dans l'influence civilisatrice de la paix et du commerce nous autorise à espérer que ces mesures, bien que leur portée puisse au premier abord sembler limitée, seraient aussi les plus efficaces. Lorsque les corps de police auront été organisés là où la conférence le jugera réalisable, lorsque la contrebande des armes sera réprimée, des ressources assurées pour les dépenses publiques et pour améliorer l'outillage des ports, lorsque, en conséquence, la tranquillité sera rétablie cl les transactions économiques facilitées, la meilleure appréciation, par les populations marocaines, des bienfaits de la paix et du travail permettra à Sa Majesté Chérifienne d'ouvrir à son empire les perpectives de pros])érilé si conformes aux désirs de tous.
100 LA r.ONKKHK.M.K î) AUiKSinAS
Le respect muUiel de nos intérêts réciproques el le désir sincère de les concilier, doivent être, à mon avis, avec les principes de la souveraineté du SuUan et de Tintégrité de son empire, notre règle de conduile au cours de cette conférence. Si de semblables sentiments ne nous étaient inspirés par la disposition de nos esprits, ainsi que par l'esprit qui anime nos gouvernements, ils nous seraient déjà dictés par l'attitude expectante du monde entier qui attend des solutions de concorde, conformes aux aspirations, toujours croissantes, de la solidarité universelle*.
L'heure était venue pour nous de faire la déclaration décidée depuis l'avant-veille. M. Révoil se leva aussitôt :
Je m'associe, dit-il, aux sentiments éloquemment exprimés par S. Exe. M. le président et je propose à la conférence de donner son adhésion à la pensée qu'il vient de formuler si heureusement et de prendre pour base des réformes projetées le triple principe de la souveraineté du Sultan, de Tintégrité de ses Etats et de la porte ouverte en matière commerciale. Â ces principes se rattachent ceux qui sont inscrits au programme en matière économique : adjudication pour les travaur publics, aucune aliénation des services publics au profit d'intérêts particuliers'^.
Avec quelque émotion, sembla-t-il, M. de Radowitz, qui sans doute se réservait à lui-môme Tinitialive que son collègue français venait de prendre, adhéra aux paroles de M. Révoil, en exprimant 1 espoir que les travaux de la conférence seraient féconds en résultats heureux. C'était, au moins sur les principes, une unanimité pleine de promesses. Après avoir, sur la proposition de son président, décidé de s'occuper d'abord de la contrebande des armes, sans que toutefois cet ordre dût restreindre la liberté d'action des plénipotentiaires, la conférence s'ajourna au surlendemain. 11 fut en même temps décidé que la procédure serait la suivante : pour éviter la multiplication des commissions spéciales, les délégués, en dehors des séances oiricielles, tiendraient des réunions privées, dites de comité, consacrées à l'élude préparatoire des questions soumises à ses délibérations. Le secrétariat rédigerait un compta rendu de ces séances. Ce compte rendu, qui ne serait pas imprimé %