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vendredi 2 février. Ces jours-là, le comte de Tallenbach fut plus conciliant qu'à la première rencontre. Il parut admettre, non sans réticences il est vrai, que les droits du groupe français ne pouvaient être cédés sans compensation et que, si le droit de préférence en matière d*emprunt inscrit à Tarticle 33 du contrat de 1904 était abandonné à la Banque d'État, la France devrait avoir, dans la constitution du capital, un certain avantage sur les autres puissances. De plus, après avoir abordé la question de la police et envisagé à grands traits diverses solutions, le comte de Tattenbach reconnut quelemomentétaitvenupourM.deRadowitzd'enparleràM.Révoil. De son entretien avec le second délégué allemand, M. Regnault ne parvint pas àdégager quelle était la thèse de la diplomatie impériale : il écarta un certain nombre de solutions, sans que son interlocuteur lui fît des objections sérieuses; il ne l'amena pas à formuler de propositions fermes. Au surplus, comme M. de Tattenbach l'observait avec raison, il avait été entendu qu'on ne ferait pas état de ces conversations préliminaires. C'était donc entre les deux plénipotentiaires que les pourparlers pouvaient s'engager utilement. Et le second délégué allemand ajoutait qu'il conseillerait à M. de Radowitz d'en prendre l'initiative. Dans l'ensemble, le ton et les déclarations de M. de Tattenbach n'étaient ni sans bonne grâce ni sans bonne volonté : la précision seule faisait défaut, aussi bien que l'autorité.
Une chose du moins semblait certaine, c'est que les représentants de l'Allemagne à Algésiras souhaitaient un accord direct avec la France et croyaient avoir intérêt à ce que cet accord s'établît le plus promptement possible. Depuis le début de la conférence, trois semaines avaient passé, trois semaines pendant lesquelles Tactivité des plénipotentiaires français avait été utile et agréable à tous, pendant lesquelles aussi, à vivre si près du Maroc, les délégués, même les moins instruits des choses marocaines, avaient fini par en acquérir des clartés. Chaque jour, le courrier de Tanger apportait la nouvelle d'un exploit de Raissouli. L'audace des brigands prenait, à quelques cents mètres de la réunion diplomatique chargée de la réprimer, des allures de défi. On se rendait compte qu'à côté du conQit franco-allemand il y avait un problème proprement marocain et que ce problème requérait une prompte solution. On comprenait que l'insécurité, dont souffraient au
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Maroc les personnes el les biens des ressorlissanls étrangers, ne pouvait se prolonger indéfinimenl. Or, si sur ce point comme sur d'autres, la France apportait des solutions pratiques, acceptables, n'ayant d'autre inconvénient que de déplaire à i*AUemagae, qui sait si la conférence ne serait pas tentée de s'y rallier ? Sans doute, aucune de ces solutions ne pourrait devenir exécutoire sans le consentement allemand. Mais, plus encore qu'un échec matériel, on redoutait un échec moral et l'apparence de cet « isolement » qu'on reprochait à M. Oelcassé d'avoir voulu préparer. La prudence conseillait donc de s'arranger avec la France, d'arriver devant la conférence d'accord avec elle, de proposer aux délégués des combinaisons arrêtées d*avance, d'éviter la discussion et d*aflîrmer Tentente.
Tout permet de croire que telle était la pensée de M. deRadowitz, quand il marquait à M. Révoil le désir d'une nouvelle entrevue'. Restait à savoir ce que seraient, non seulement pour les plénipotentiaires allemands, mais pour la chancellerie impériale les conditions de cette entente ; dans qucUe mesure surtout on recourrait encore à Berlin au bluff et à la pression^ qui n'avaient que trop réussi en 1905 et dont les intransigeants attendaient en 1906 un succès identique.
Si M. Révoil ne pouvait tirer de sa première conversation avec M. de Radowitz des données précises sur les desseins de la diplomatie allemande, cette induction devenait plus difficile encore lorsque, mettant en commun, ainsi qu'il avait fait dès le début, avec ses collègues de Russie, d'Angleterre, d'Espagne, d'Italie et desÉlats-Unis les informationsqu il recevait, nolreplénipotentiaîre constatait TinTmie diversité des propositions, ou pour mieux dire des suggestions allemandes : car jamais ces suggestions vagues n'allaient jusqu'à une offre ferme. C'était un chaos, un étrange amalgame, qui témoignait ou d'une invraisemblable incertitude politique ou d'une duplicité difiicile à qualifier. Suivant qu'il par-