‹ La conférence d'AlgésirasChapitre 97 sur 357 · Voir /.»r/v Jaune, pagi's 22(>-2i · texte numérisé non relu

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rautorisaient à accepter le partage du mandat de police entre la France et l'Espagne ^ Il pouvait donc répondre de façon positive à la demande de M. de lladowitz. Restait à savoir si cette réponse immédiate était expédiente. En abandonnant si tôt notre première li^e, — mandat de police à la France seule, — ne risquions-nous pas de nous désarmer pour la suite de la négociation ? N'était-ce pas donner barre sur nous à l'adversaire? N'y avait-il pas danger à « rompre » si vite devant son fer et n'allions-nous pas diminuer ainsi la liberté ultérieure de nos mouvements ? M. Révoil ne le pensa point. Et sans s'engager officiellement — en marquant qu'il exprimait une opinion toute personnelle et qu'il restait sur le terrain pratique où il s'était placé dès le début, — il déclara que, seule avec la France, l'Espagne lui semblait, par sa situation et son histoire, qualifiée pour prendre une part efficace à l'organisation de la police. C'était là jouer franc jeu en face d'un partenaire qui, jusqu'alors, ne nous en avait pas donné l'exemple. C'était en revanche prendre, vis-à-vis des tiers, l'avantage de la droiture, prouver à l'Espagne que, dès le principe, nous nous montrions, fût-ce avec certains risques, fidèles à nos engagements. 11 y avait des arguments pour. 11 y avait des arguments contre.

M. deRadowitz, s'il fut surpris de la déclaration, si tôt obtenue, de M. Révoil, ne le montra pas. Et, tout de suite, il retourna contre l'hypothèse de la police franco-espagnole toutes les objections qu'il venait d'opposer à l'hypothèse de la police française : analogie des deux solutions, menace pour la porte ouverte, enfin, — et ceci était curieux après l'affirmation tant de fois renouvelée que le gouvernement impérial ne désirait rien pour lui-même au Maroc, — exclusion de l'Allemagne. Si encore, et le plénipotentiaire allemand prenait ici avantage de la concession de son interlocuteur, à la France et à l'Espagne on adjoignait une troisième puissance? A cette allusion, le délégué français répliqua vivement qu'il ne pouvait envisager une hypothèse semblable ; qu'au surplus il ne prenait pas comme base des pourparlers la solution franco-espagnole, mais la solution française ; que celle-ci, dont M. Rouvier avait parlé maintes fois au prince de Radolin et à M. Rosen,ainsique M. Bihourd au prince de Bûlow, restait pour nous

i. Voir ci-dessus, page 102.

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légitime en droit et en fait; que peut-être, à titre transactionnel et pour donner satisfaction à IWllemagne, nous accepterions le partage avec TEspagne ; qu*en tous cas nous n'irions pas plus loin dans la voie de rinlcrnationalisation. Cette riposte impressionna sans doute le négociateur allemand. Car, sans y répondre par un nnn possumus et sans même la discuter, il conclut qu*il allait en référer à Berlin et prendre les instructions de son gouverne* ment.

La partie était donc engagée. Elle Tétait, do notre part, avec une absolue franchise, puisque, dès Tabord, nous indiquions la transaction que nous pourrions éventuellement admettre. Du côté allemand, on allait être probablement tenté de profiter de cette première concession pour nous en demander d*autres. Mais ce n'était pas, semble-t-il, le sentiment propre de M. de Radowitz, dont, à ce moment, le désir d'entente paraissait à tous ses collègues incontestable.

Ce désir ne put qu*étre fortifié par les incidents qui suivirent la conversation du 3.

Le dimanche malin 4, les promeneurs, à qui la conférence laissait des loisirs, remarquèrent que le remorqueur chargé de porter à Gibraltar les télégrammes de la délégation allemande faisait plusieurs fois la traversée de la baie : signe certain pour la curiosité locale que les communications avec Berlin étaient nombreuses et importantes et que M. de Radowitz, comme il Tavait promis, demandait des instructions. Dès le lendemain lundi d'ailleurs, et sans attendre la réponse de la chancellerie, le délégué allemand allait prendre Tavis de plusieurs de ses collègues, notamment de M. White, du marquis Visconti-Venostai du comte Cassini et, en leur racontant sa conversation du samedi avec M. Révoil, il leur parlait de cette solution franco-espagnole, que le plénipotentiaire français avait présentée comme la limite extrême de ses concessions éventuelles. L^accueil de ses trois collègues dut frapper M. de Radowitz, car tous les trois se trouvèrent d'accord pour louer le caractère pratique et modéré de celte solution.

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— Cela me parait 1res bien, tout à fait bien, répondit le comte Gassini.

Le marquis Visconti-Venosta exprima Topinion que, si on Toulait faire œuvre pratique, il était naturel de s'adresser aux instructeurs français et espagnols. Quant h M. White, il fut plus aHirmalif encore. D*après lui, la France n avait plus à prouver son sincère attachement au principe de la « porte ouverte », car cet attachement ne faisait de doute pour personne. Dans ces conditions, la solution franco-espagnole apparaissait comme le maximum de ce que Téquité et la logique permettaient de demander à la France. Peut-être pourrait-on prendre certaines garanties sur la façon dont le mandat serait rempli ; en tout cas il ne saurait être question de Tadjonction d*unc tierce puissance :

— Je vais, conclut M. White, télégraphier à Washington que cette combinaison franco-espagnole me parait raisonnable ; que je m*y rallie et que je la recommande.

Celle unanimité en notre faveur parut produire un effet immédiat. Le mardi 6, le comte de Taltenbach, rencontrant dans le ' hall de Thôtel le comte Cassini, lui dit à très haute voix :

— Cela ne peut pas durer. Il faut en finir. J*ai demandé à M. de Radowitz de le télégraphier à Berlin. Ce n'est pas bien difficile d'ailleurs. Qu'est-ce que nous voulons ? Des garanties pour la liberté commerciale. Quant à la police, nous serons très arrangeants.

Elle lendemain, M. de Radowitz, croisant à son tour M. Révoil, lui disait spontanément :

— Je n'ai pas encore la réponse. Mais très prochainement, dans un jour ou deux, j'espère pouvoir vous l'apporter.

Si M. de Radowitz n'eût pas compté que cette réponse serait conciliante, n'aurait-il pas mis moins d'empressement à en parler à son collègue? Il n'est pas téméraire de le supposer. Kt il est légitime aussi de penser que, n'ayant point trouvé dans la conférence un état d'esprit favorable à une politique antifrançaise, reconnaissant la nécessité de promptes mesures pour mettre fin h l'insécurité marocaine, constatant la faveur avec laquelle jetaient reçues les combinaisons suggérées par nous, — combinaisons parfaitement conciliables avec les intérêts généraux des puissances, — il désirait être autorisé à un accord qui évitât les discussions

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publiques. Sans doule, il n'élait venu à ce désir que lentement et par à coups : d'où les conlradiclions de son altitude pendant les jours précédents. Mais, à cette date du 6 février, il jugeait que l'intérêt de rAIlemagne ne Torientait point vers Tin Iran sigeance et ''ouhaitait qu'on le comprît à Berlin.

Malheureusement pour l'entente, entre ce que pensent et ce que disent à leurs chefs les ambassadeurs allemands, il y a un abîme. 11 leur arrive souvent d'ôtre clairvoyants. Il leur arrive plus rarement d*étre sincères. Soucieux d'envoyer des rapports qui plaisent, ils se préoccupent plus de ce qu*on pense à Berlin que de ce qu'ils voient à Paris, à Londres, à Algésiras ou ailleurs. Ils sont courtisans en même temps que diplomates. Et ils parlent en courtisans plus encore qu'en diplomates. SiTaffaire marocaine^ facile à arranger au début, s'est développée et aggravée, la faute en est, pour une large part, à cette disposition fâcheuse de la diplomatie impériale. Dans le cas présent, M. de Radowitz se rendait certainement compte de l'avantage pris par la France depuis le U) janvier ; il savait que nous pouvions compter sur l'appui moral de cinq grandes puissances, Russie, Angleterre, Italie, Espagne,. États-Unis; que, parmi les Ëtats secondaires, aucun n'était pour nous mal disposé; qu'en fait notre « situation spéciale », toujours contestée à Berlin, était, à Algésiras, reconnue partons. Il savait enfin que, dans ces conditions, M. Hévoil ne céderait pas plus qu'il n'avait dit. Il le savait. Mais le disait-il à la chancellerfe avec assez de force pour dissiper l'illusion des bureaux sur les dispositions de la France ; pour ruiner la conflance funeste qu'on y nourrissait dans une nouvelle capitulation de notre part; pour démasquer le sophisme pernicieux d'après lequel notre pays, ayant cédé déjà, devait céder encore ? C'est à quoi la suite des événements devait pcrmellre bientôt de répondre négativement.

La crainte que nous ressentions que le gouvernement allemand ne fut pas complètement renseigné par ses délégués sur l'état des esprits à la conférence, comme aussi l'intérêt que nous avions à maintenir un contact étroit avec les chancelleries, dont, à des titres

divers, la sympathie nous était acquise, devaient déterminer M. Uouvier à tenir nos ambassadeurs exactement informés de toutes les communications de M. Révoil. Il appartenait, par contre, aux représentants de la France dans les différentes capitales, do seconder Taction de notre plénipotentiaire, en obtenant des gouvernements, auprès desquels ils étaient accrédités, un concours aussi énergique que possible. Ce concours ne prendrait toute sa valeur et ne produirait tout son effet que lorsque la négociation serait fortement engagée. Il n'en était pas moins utile qu'il se manifestât dès la phase préparatoire d'où Ton n'était pas encore sorti. C'est d'abord avec l'Espagne qu'il nous importait de conserver une étroite solidarité. Elle seule, en vertu des accords du 3 octobre 190i et du 1" septembre 1905, devait être associée à notre action au Maroc. Elle seule, par sa situation géographique, aurait pu, détachée de nous, devenir contre nous l'instrument local d'une politique hostile. On a vu quels éléments favorables la diplomatie allemande pouvait rencontrer à Madrid K C'est à prévenir l'action de ces éléments que s'employa M. Jules Cambon. Son premier soin fut de veiller à ce que le projet prêté au comte de Tattenbach ^ de proposer aux puissances la neutralisation du Maroc, c'est-à dire son internationalisation contractuelle, fût, s'il se produisait, aussi nettement repoussé par la diplomatie espagnole qu'il devait l'être parla nôtre. Étant donnée la nature des relations que 1 201) kilomètres de frontières imposent à la France avec le Maroc, la neutralité, que les tribus auraient violée sans cesse, n'aurait eu pour effet que de mêler à nos démêlés avec elles l'ensemble des puissances ; elle nous eût imposé des devoirs sans nous conférer de droits : c'était la pire des solutions. Mais à cet égard, l'Espagne, surtout après les accords de 1904 et I90o, était dans une situation identique à la nôtre. C'est ii faire ressortir cette identité que M. Cambon s'attacha. M. Morct lui déclara que jamais un gouvernement espagnol, sous peine d'être « lapidé », ne pourrait accepter une telle combinaison. L'accord sur ce point était donc absolu. Kt ce n'est pas par une proposition de ce genre que risquait d'être rompue l'entente franco-espagnole.

i. Voir ci-dessus, page 60.

2. Le comte do Tattenbach avait, assez vaguement, parlé do co projet pendant son séjour à Madrid.

156 LA CONFKllËNCE I) AU;KSIR.\S

Il y avuil un danger plus grave. Grêlait que l'Allemagne^ prenant les Kspagnolspar leur côlé faible, ne leur fil entrevoir, comme une lerre promise, un Maroc fermé à la France et ouvert à leur essor. Ce danger n*élail point chimérique. On a vu qu*à Algésiras même il sVlail manifesté Ml se manifesta à Madrid plus fortement encore. A diverses reprises, M. de Stumm, chargé d'affaires d'Allemagne, continuant avec M. de Ojeda des entretiens commencés sans doute par M. de liadowilz, envisagea cette hypothèse de la police des ports confiée à l Espagne, qu'au même moment le baron d'^Erenlhal donnait à son collègue anglais comme admise par le prince de lUilow'. Le péril était d'autant plus menaçant que, à notre connaissuiK'o, M. de Hadowilz avait reçu d'une source demeurée mystérieuse ' communication de nos accords avec l'Espagne. Il savait dohc que ces accords ne visaient explicitement que cinq ports sur huit ; c'est à savoir Tanger, Tétouan, Larache, Rabat et Casablanca * ; qu'ils ne mentionnaient pas trois des ports de la côte atlantique : Safi, Mazagan, Mogador;que l'Espagne, à qui ils donnaient la police deTétouan et de Larache seulement, pourrait être séduite par l'extension et la généralisation d'un mandat justju'alors limité. A travers beaucoup de réticences, M. de Ojeda, en causant soit avec M. Cambon, soit avec M. Cartwright, chargé d'ail'aires d'Angleterre, avait à peu près avoué les démarches allemandes que nous connaissions d'autre part. Peu de jours après, le duc d'Almodovar y faisait une allusion discrète*. Il était donc urgent d'aviser. Tandis que M. Uévoil expliquait au délégué espagnol, sons provoquer de sa part aucune objection, l'absolue nécessité qui s'imposait à l'Espagne comme à la France de rester fidèles à leurs accords et de repousser toute proposition qui tendrait à les en écarter, M. Cambon faisait auprès de M. Moretune démarche analogue. Le président du Conseil fut plus catégorique encore que navait été le ministre d'État. Il afllrma que jamais M. de Ojeda n'avait envisagé devant lui la possibilité de manquer aux engagements pris. 11 ajouta qu'à ses yeux les profils éventuels que pour*

i. Voir ci-drs>us. puj;:!.' 14».

3. On orfliina gôui'i-dlmnciil (juc IMmliscréLion Omanait de M. de Ojoda

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