Naval and müitary Record, x: déermbre
Les perspectives de paix dans le Pacifique étaient donc bien peu encourageanties.
Le 5 août 1921, donc bien après que l’accord se soit fait sur le principe de la réunion de la Conférence de Washington, la Chambre des Communes vota le budget naval. La question de la mise en chantier des 4 Super-hood provoqua quelques interventions fort intéressantes qui permettent d'apprécier l’esprit dans lequel l’Angleterre se préparait à se rendre à la Conférence. M. Amery, secrétaire de l'Amirauté déclara : « les 4 superdreadnoughts dont la construction vous est demandée, sont destinés non pas à assurer la supériorité sur d’autres flottes, mais à remplacer 4 cuirassés désuets depuis la guerre. Le Japon aura 8 bâtiments incomparablement plus puissants que tous ceux qui ont combattu à la bataille du Jutland. Un est déjà terminé, 7 autres seront terminés en 1925, et des crédits ont été votés pour que 8 autres soient terminés en 1928. Quant aux Etats-Unis sans compter les 4 cuirassés de 32.600 tonnes munis de pièces de 400 qu’ils ont déjà, ils disposeront à la fin de 1924 où au début de 1925 de 4 des plus puissants engins de guerre, ayant chacun un tonnage de 42.000 tonnes. L’Angleterre au contraire n’a construit qu'un cuirassé depuis le Jutland, le Hood. Encore n'est-il armé que de pièces de 375 millimètres ». M. Amery assure qu’en poursuivant l'exécution de son plan de construction, l'Angleterre ne préjuge pas des résultats de la Conférence de Washington. « Car, déclare-t-il, il n’est guère probable que les autres grandes puissances qui seront représentées à Washington aient l'intention d'offrir de mettre à la ferraille leurs grands bâtiments construits ou en chantiers. »
M. Winston Churchill fit observer que pendant que la marine britannique restait stationnaire, deux autres puissances, profitant des enseignements de la guerre, construisaient de nouvelles unités et allaient en construire d’autres qui seraient mieux appropriées à la guerre navale moderne. « Si l’Angleterre, dit-il, tarde une année encore, elle sera nettement dans une situation d infériorité navale. Elle deviendra une puissance de troisième ordre, elle ne sera plus une des grandes puissances navales de l'Univers. Toute sa politique étrangère se PÉ de celte situation. La paix pourra régner longtemps mais tout le monde saura que la Grande-Bretagne est finie, qu’elle n’est
pas en état de maintenir sa sécurité ; sa puissance pour le bien aura disparu. On saura que l’Océan qui sert aujourd’hui de lien entre les diverses parties de l’Empire, se sera transformé en une barrière infranchissable, que les Iles Britanniques ne pourront s'alimenter en vivres, se livrer aux transports maritimes que grâce à la permission des autres puissances.
Nos amis et nos anciens ennemis tiendront compte de cette situation lorsque nous leur adresserons des conseils. Nos intérêls sontsupérieurs à ceux de presque toutes les puissances du monde. Aller à la Conférence de Washington sans commencer à construire ces 4 grandes unités et consentir à cette conférence, à n'en pas construire de nouvelles, ce serait immobiliser notre pays dans la situatiôm actuelle, c'est-à-dire dans celle d’une énorme infériorité pour quinze ou vingt années.
Nous ne pouvons pas accepter cette position d’infériorité. Nous devons pouvoir compter sur notre propre force sur mer, et ne jamais voir descendre notre puissance navale à un niveau qui nous oblige à compter sur la puissance des autres, et à ne faire, en conséquence, que des accords ou compromis qui nous lient les mains. Ce n’est qu’en comptant sur notre propre force, que nous pourrons jouer à la Conférence de Washington un rôle pacificateur et marcher la main dans la main avec les Etats- Unis, en qualité de partenaires égaux et non pas en qualité de protégés …
Et la mise en chantier des 4 super-hood, des 4 plus puissantes machines de guerre qui aient jamais flotté sur les mers, fut votée à la veille de la Conférence sur le désarmement.
L'inquiétude manifestée par M. Winston Churchill, était d’ailleurs des plus légitimes, car l’Angleterre qui avait déjà dû renoncer au « Two powers standard », risquait fort de se voir obligée de renoncer même au «One-power standard », se résignant à devenir une puissance navale de second ordre.
En effet dans les vingt-cinq années qui précèdent [a grande guerre, l'Angleterre se donne comme règle d'assurer à sa flotte la supériorité sur les flottes combinées de deux puissances quelconques. C’est le principe du « Two Powers standard ».
Quand les extensions répétées du programme allemand absorbent l'attention de son gouvernement, la règle formulée
ob re
par M. Winston Churchill « Two Keëls to one », que l'on peut traduire en la paraphrasant : « Deux navires anglais serons mis en chantier chaque fois qu'une quille allémande séra posée », paraît le supplantér. Pratiquement le « Two Powers standard » est respecté Jusqu'en r91/, non séuléement sous la forme atténuée présentée par sir Edward Greÿ: « Two Power’s standard for european Nations » c’est-ä-diré limitée aux nations eufopéennés, mais encore soûs la forme générale adoptée par Lord Hamilton en 1889.
Le 21 novembre 1918 la flotté‘allemande amenait ses couleurs et se faisait interner à Scapa-Plow. L'Angleterre pouvait se féliciter d'avoir suivi la règle de conduite qui venait de lui assurer définitivement en Europe la maîtriséfde la mer tant cônvoitée ; mais au même moment le programme du président Wilson, lui imposait de se mesurer dans une nouvelle com-
pétition plus onéreuse à poursuivre que toutes celles du passé
et cependant inéluctable car, comme le disait lé premier lord de l'Amirauté, M. Amery, en représentant lé budget de 1922, « PAngietèrre ne peut confier à personne le soin de la défendre sur mér, pas même à son meilleur ami ».
Comparaison des flottes américaine et anglaise
Le tableau de la page ci-contre est à cet égard très intéressant :
Il. y à lieu de remarquer que, si le total général du tonnäge donne une légère supériorité à la Grande-Bretagne, au contraire le tonnage des navires de ligne qui est, suivant ces 2 pays, la véritable expression de la supériorité navale, est tout en faveur des Etats-Unis. Pat
Le tonnage des cuirassés américains &e serait élevé à 839.650 tonnes, alors que le tonnage des cuirassés de la Grande- Bretagne n'aurait atteint que 995.850 tonnes, et la supériorité se serait affirmée encore au profit des Elats-Unis en cé qu'ils auraient possédé 10 cCuirassés armés de 406 ét la Grände-Btetagne pas un seul. Il en va de même dés croiseurs de bataille. Le tonnage américain aurait atteint 261.600 tonnes, le tonnage . anglais 247.000. Tous les croiseurs américains sont armés de 406: les croiseurs de bataille anglais n'auraient porté que dés canons de calibre intérieur:le //00d n'est en effet armé que depièces de 38r.
GRANDE-BRETAGNE] ÉTATS-UNIS Nombre | Tonnage || Nombre | Tonnage
Cuirassés armés de Diécesides ne
Croiseurs de bataille armés de pièces de
Croiseurs ||) 00
Conducteurs de flottille, destroyers et torpiileurs. :
Sous-marins
Tonhagentotals 72m 1
Programme terminé en...
(A) Le cuirassé dont il s’agit est {l’ancien Canada qui avait été construit pour la marine chilienne et fut réquisitionné par l'Angleterre au moment de la guerre. {1 fut restitué au Chili en 1920, C’est pourquoi il ne figure pas sur la liste des bâtiments à conserver. Il porte dans la marine chilienne le nom de Almirante-Latorre.
(B) Les 3 Glorious sont compris parmi les 90 croiseurs légers, bien que considérés comme croiseurs de bataille. On les a comptés ici avec les croiseurs parce qu’ils ont été traités comme tels par la Conférence de Washington et à ce titre ne figurent sur aucune des listes du traité puisque celui-ci ne règle que le sort des vaisseaux de ligne.
re
D'autre part le Scientific American de novembre 1921, à publié un article des plus curieux. L'auteur pose en principe que, vu les incessants progrès des constructions navales, un capital-ship doit passer en 2e ligne au bout de dix ans et être versé à la ferraille au bout de quinze ans. Il étudie les flottes des trois premières puissances navales (en appliquant au tonnage de chaque navire un coefficient variable selon son âge : 15/15 pour un navire neuf, 14/15 pour un navire d’un an, etc.) et aboutit à attribuer comme tonnage efficace de capital-ship en 1924 (Il admet en outre que les cuirassés armés de 305 millimètres sont inexistants en temps qu’unités de combat) :
AUX tas Unis tee 815.467 tonnes à Grande-Bretagne 2-00 443.469 tonnes JAPON LS Een ..... 400:806 tonnes
Ces chiffres bien que basés sur des données quelque peu arbitraires, ne manquent pas d’être impressionnants, et montrent bien le danger dans lequel se trouvait l'Angleterre de voir lui échapper le titre de maîtresse des mers (1).
ITALIE
L'Italie épuisée par la guerre, en proie à des troubles économiques et sociaux, n'avait pu songer à construire depuis 1914 aucun grand navire. Sa flotte de ligne comprenait 10 bâtiments d’un tonnage lotal de 182.800 tonnes. Sur ce nombre 4 cuirassés de 12.600 tonnes construits en 1906, n'ont plus qu'une valeur militaire médiocre. De plus dans ce nombre figurait le Léonardde- Vinci, coulé à la suite d’une explosion en rade de Tarente et récemment renfloué. L’Amirauté italienne ne pensait d’ailleurs pas pouvoir l’employer à nouveau comme unilé de combat.
Depuis la fin des hostilités, l'Italie avait construit ou mis en chantier un certain nombre de petites unités (2 croiseurs de 5.000 tonnes, 3 conducteurs d’escadrilles de 2.200 tonnes et 4 destroyers de 900 tonnes) mais aucun capital-ship (2).
1. La même méthode de caleul appliquée au plan définitif adopté par la
Conférence, attribue comme tonnage efficace en 19%, Aux Etats-Unis : 271.318 tonnes;
À la Grande-Bretagne :296.745 tonnes ou 281.595 tonnes (deux solutions): Au Japon : 159.045 tonnes.
2. Elle a préparé des plans pour la mise en chantier de 4 cuirassés de
Ne
FRANCE
Le discours de M. Raïberti, ministre de la Marine, lorsqu'il demandait au Sénat le 17 mars 1922, le vote d’un programme d'attente, donne quelques exemples de l’état lamentable de notre flotte, en même temps qu'il donne quelques précisions sur les dépenses navales de la France « impérialiste ».
« La France, dit le ministre, de 1918 à 1922, a dépensé pour Ja marine 6 milliards 500 millions, le Japon 13 milliards, l'Angleterre 38 milliards, les Etats-Unis 48 milliards... Nous n'avons que trois croiseurs en service ; ils arriveront à la fin de leur existence en 1925. En 1928 nous n’aurons plus que 3 torpilleurs. Nos sous-marins seront tous hors de service en 1927.(Nous ne pouvons pas rester en cet état... »
La France avait été surprise par la guerre en pleine exécution du programime imposé par la loi du 30 mars 1912, qui avait fixé la composition de la flotte française, en dehors des bâtiments qui défendent les côtes, à 28 navires de ligne, 10 croiseurs-éclaireurs, 52 destroyers, 10 croiseurs de station loiñtaine et 96 sousmarins. La loi du 30 mars 1912 avait en outre fixé à vingt ans la durée des navires de ligne et prescrit que les bâtiments arrivés à cet âge, seraient automatiquement remplacés. En 19r 4 la flotte française de bâtiments de ligne comprenait 23 cuirassés à savoir :
1 Jauréguiberry lancé en 1893
1 Masséna = 189)
1 Bouvet — 1896
1 Henri IV — 1899 j 3 Gaulois — 1895-1896
1 Sufjren — 1809
5 Patrie — 1902-1903-1904- 1907 6 Dantou — 1909-1910
4 Courbet -- 1911-1912
Ce nombre fut porté à 28 par l’adjorction de :
3 Bretagne lancés en 1913 2 Normandie — 1914 30.000 tonnes Christofo Colombo, Marc Antonio Colonna, Francesco Morosini et Francesco Caraccioli.
Here Vies
Pour satisfaire à l’article 2 de la loi on mit en outre en chantier :
> Flandre-Gascogne (1913) en remplacement du Jauréguiberry-Masséna. & 1 Béarn (1914) en remplacement du one On prépara la misé en chantier de :
3 Lille-Lyon-Duquesne (1915) en rémplacement des 3 Gaulois. à Tourville (1917) en remplacement du J/enri IV et du Suffren. En poursuivant l'application de la loi, on aurait mis en chantier : | 1 cuirassé en 1920 en remplacement du République. 1 cuirassé en 1921 en remplacement du Patrie. a cuirassés en 1922 en remplacement du Démocratie et Justice.
Ce programme a été interrompu par la guerre. La France à mis sés arsenaux navals au service de ses armées de terre el des armées de terre alliées, suspendant la construction des navires de guerre déjà commencés et annulant les commandes relatives aux bâtiments non entrepris.
En outre la France avait, au moment où se réunissait la Conférence de Washington, perdu, par faits de guerre ou autrement : Bouvet, Gaulois, Danton, Suüffren et, pratiquement, Mirabeau et Vergniaud. Son Gouvernement avait saisi les Chambres d'un projet tendant à ne point achever les 4 cuirassés du type Normandie (Normandie, Languedoc, Gascogne, Flandre) et à transformer la coque du cuirassé Béarn en navire porte-avions; enfin, il avait rayé de la liste navale les unités qui, bien que n'ayant point encore atteint la vingtième année, ne constituaient plus pratiquement qu’une force d’ostentation (x).
En fait au moment de la Conférence la France n’inscrivait plus à son plan d’armement que :
1. À ces pertes il faut ajouter comme ayant péri par acte de guerre 5 croiseurs: Léon Gambetta, Amiral Charner, Kléber, Chateaurenault, Dupetil Thouars ; 13 torpilleurs, 11 sous-marins.
CONRAOT COLE S EE JA TEE 18.89 tonnes DITEPONE SERRE Ne x qe 18.890 — Foliare<ie PSE EE ORNE RES 18.890 * — PROG EN R RE ee 23.500 — DOrrAiNES, Nas deu 23.500 — PROVENCE ES CNE ES aa 23.500 —
An ITS CS RP RER A RD RARES 23.900 —.
PARC UC) Rd er 1 © H3,D00) == JÉATE DA ESNEUR, En \ 23.500 — COUPER RER ER RTE - 23 500 © — x
HLota lea ere ren NT 221.170 tonnes
où 31,8 0/0 du tonnage en vaisseaux de guerre que lui aurait donné l'application de la loiet sur les 10 cuirassés, 7 seulement correspondaiént au tÿpe dreadnought, Condorcet, Diderot, Vol-
taire, n'étant que des predreadnoughts.
Quant à sa flotte légère, la France était dans une situation pareillemetit affaiblie, puisqu'elle ne possédait aucun croiseur postérieur à 1910, aucun grand torpilléur de 1500 lonnes, que ses torpilléurs de 500 à 1500 tonnes, âgés de moins de 10 ans, n'étaiént qu'au nombre de 31, la plupart très usés par la guerre, et que 54 sous-marins dé moins de 10 ans. Sa situation s'était légèrement améliorée du fait de l'attribution de5 petits croiseurs, 10 torpilleurs et 16 sous-marins provenant des flottes des Empires centraux.
A part l'Italie épuisée, et la France « impérialiste » occupée à relever des ruines,lés trois grandes puissances navales faisaient retentir le monde du bruit de leurs armements, et forgeaient les plus terribles armes de guerre que l'humanité ait jamais connues.
C'est sous ces heureux auspices qne s’ouvrit la Conférence pour la limitation des armements, à Washington,le r1 novembre