CHENS
point tel, que souvent l’étude de certaines questions doit chevaucher sur l’une et l’autre.
Le Japon, avant de donner son acceptation définitive au plan 5.5. 3. demanda des assurances en ce qui concerne l'accroissement des fortifications et des bases navales dans le Pacifique.
Il insista sur ce fait que tandis que la proposition contenue dans le plan Hughes était acceptable dans les conditions existantes à ce moment, le gouvernement japonais se verrait obligé de la rejeter au cas où les Etats-Unis construiraient de nouvelles fortifications ou établiraient de nouvelles bases navales dans le Pacifique.
La question de l'établissement des bases navales dans le Pacifique, était entrée depuis 1920 dans une phase aiguë, car c'était une question vitale dans la lutte que l'on prévoyait entre le Japon et les Etats-Unis pouce la suprématie navale dans cet Océan.
M. Bywater, un des critiques maritimes les plus appréciés des Etats-Unis, ft paraître au début de r921 un livre intitulé : Sea Power in the Pacific. Ce livre, dont le but était de faire de la progagande, en vue de faire voter les crédits que réelamaient les partisans de «the biggest navy in the world » et de faire forifier l’île de Guam, annonce un conflitavec le Japon pour 1922. Il sappose que le Japon attaquerait par surprise les Philippines et l’île de Guam, et que la flotte américaine opérant loin de ses bases, serait én état d'infériorité vis-à-vis du Japon malgré la plus grande puissance de ses grosses unités. Et l’auteur ajoute: « Une défaite initiale serait suivie d’un tel mouvement d'opinion qu'il faudrait à tout prix attaquer. Mais quelles difficultés présenterait cette contre-attaque ? Rassembler toute la flotte à Hawaï, improviser une base avancée à l'ile Wake, tenter de reprendre Guam ? Mieux vaudrait faire tout de suite l'effort nécessaire pour fortifier cette position dont l'importance dépasse celle d'Héligoland, par rapport aux côtes allemandes, celle de Malte par rapport à la Méditerranée », et plus loin l’auteur ajoute cette phrase, qui devait faire quelques mois plus tard un merveilleux argument aux revendications japonaises « l'ile de Guam, rendue imprenable, deviendrait entre nos mains ur canon pointé au cœur du Japon ». !
- Autre sujet d'inquiétude pour Le Japon que justifie amplement l'information suivante parue dans le Moniteur de la flotte du 9 juillet 1921 :
« Le financier américain Vanderlip a obtenu des Soviets, non seulement la concession pendant soixante ans de 100.000 kilomètres carrés dans le Kamtchatka, mais encore à perpétuité, deux bases navales, dont la baie d’Avatcha, surnommée le Gibraltar du Pacifique : capable de contenir la plus grande flotte du monde, elle n’est accessible que par un canal long de 20 milles, large de 10. Elle est à 24 heures de navigation de
. l'Alaska, à deux journées du Japon septentrional. L'autre base, proche de Vladivostock est susceptible de devenir un excellent centre d'aviation. »
On comprendra aisément l'émotion que cette information a pu causer au Japon, en c nsidérant les points d’appui que les Etats-Unis avaient établi dans le Pacifique, jalonnant le champ de bataille pour une rencontre éventuelle : Puget-Sound près de Vancouver et San Diego au sud de la Californie, bases de ravitaillement et d'opérations de la flotte du Pacifique ; Pearl- Harbour à Honolulu, Cavité aux Philippines. Une base très importante étaiten préparation dans l’île d'Unalasha (Iles Aléoutiennes) à Dutch-Harbour, commençant ainsi les tcavaux d'approche contre le Japon, qui perdait d’un coup l'avantage que lui valait sa situation rapprochée du lieu du conflit éventuel.
Il ést juste d'ajouter d’ailleurs que les Américains paraiss vient être en droit de concevoir quelques craintes quant à leur situation dans la partie occidentale du Pacifique. M. Bywater, dans son ouvrage précité, envisage les suites qu'aurait pour l’'Amérique upe attaque brusquée du Japon sur Guam, au cas où cette ile ne serait pas fortifiée et ne pourrait pas servir de base à la flotte américaine : 1° les Japonais engagent la lutte à proximité de leurs bases et arrivent au combat dans une forme parfaite. Leur ligne de retraite est courte et sûre ; 2° ils s’avancent avec toute leur flotte alors qu’il est douteux que la flotte des Etats- Unis puisse emmener tous les destroyers si loin de ses bases ; 3 tous les sous-marins sont à pied-d'œuvre pour attaquer la flotte américaine avant ou après l’action de surface, etc.
Le Mew- York Times du 9 juillet 1921, s’inquiétait également des travaux de défense entrepris par les Japonais dans l'île
Bonin du groupe Perry, car Bonin est presque au nord de Guam. Le Japon, contrôle de plus, par mandat, les Carolines, les Marshall, les Pelew et toutes les Mariannes excepté Guam, encerclant ainsi la possession américaine. Bonin et les Archipels du Nord-Ouest du groupe dont fait partie cetteîle appartiennent au Japon depuis r86r et on peut dire qu'il a le droit d'agir à sa guise dans ses possessions. D’après les conditions du mandat le Japon ne peut construire de fortifications dans aucune des anciennes colonies allemandes ; mais en cas de nécessité imaginé par lui, que ne peut-il pas faire à tant de milliers de milles des chancelleries européennes ? La question est plausible parce qu'on ne voit pas pourquoi Bonin qui est si éloigné du Japon serait fortifié. À quoi cette île pourrait-elle servir si ce n'est comme base navale et contre quelle puissance navale l'emploierait-on si ce n’est contre les Etats-Unis ».
On voit donc l'importance primordiale, qu'avait, aussi bien pour le Japon que pour les Etats-Unis, cette question des fortifications du Pacifique, et en particulier de la fortificationde l’île de Guam. Ilne semble pas qu'au moment de la discussion de cette question à Washington, le monde se soit rendu compte de son importance. Nous pensons qu’elleétait de nature à faire échouer tout le plan de désarmement élaboré par M. Hughes au cas où les Etats-Unis auraient persisté dans leur projet de construire à Guam une base navale puissante. Le Japon, dans ces conditions n'aurait pu admettre la proportion de 6o 0/0 qu'on lui offrait, et aurait tout remis en question en demandant à une augmentation de son tonnage de capilal-ships, une compensation aux avantages qu'il perdait,avantages constitués principalement par l'éloignement de toute base navale américaine solide.
Aussi considérons-nous comme capital pour le succès de la Conférence, et la paix du monde, l’accord qui se fit entre les Etats-Unis et le Japon pour maintenir le statu quo, en ce qui concerne l'établissement de nouvelles bases navales et de nouvelles fortifications dans leurs possessions du Pacifique.
D'ailleurs les Etats-Unis considérant qu'ils avaient assez fait en écartant la menace de guerre immédiate que représentait la fortification de l’île de Guam, n’acceplèrent aucune discussion en ce qui concerne la fortification de leurs propres côtes et des îles Hawaï. Il fut également admis qu’il n’y avait pas lieu
d’édicter de limitations en ce qui concerne le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi queles iles voisines, pas plusqu'en ce qui concerne les possessions insulaires voisines des côtes des Etats-Unis y compris l'Alaska et la zone du canal de Panama. Le cas des îles Aléoutiennes s'étendant vers le Japon, était spécial, mais il trouvait son pendant dans les Kouriles qui prolongent le Japon vers le Nord. Et dans la direction des Aléoutiennes.
On tomba d’accord sur le maintien du statu quo en ce qui concerne ces deux groupes. Après de longues discussions, les Etats-Unis, le Japon et la Grande-Bretagne se mirent d'accord sur le maintien du statu quo au moment de la signature du trailé naval, dans leurs territoires et possessions réciproques déterminées comme suit (Traité naval, article 19).
1° Les possessions insulaires, soit actuelles, soit futures, des Etats-Unis dans l'Océan Pacifique, à l’exception de :
a) Celles avoisinant la côte des Etats-Unis, de l’Alaska et de la zone du canal de Panama,non compris les îles Aléoutiennes et ;
b) Les îles Havaï.
2° Hong-Kong et les possessions insulaires soit actuelles, soit futures, de l’Empire Britannique de l'Océan Pacifique situées à 1 Est du 110° degré de longitude est, à l’exception ; a) de celles avoisinant la côte du Canada ; b) du Commonwealth d’Australie et de ses territoires ;c) de la Nouvelle-Zélande.
3 Les territoires et possessions insulaires du Japon dans l'Océan Pacifique, ci-après désignés : les îles Kouriles, les îles Bonin, Amami-Oshima, les îles Liou-Kiou, Formose, les Pescadores, ainsi que lous territoires et possessions insulaires futurs du Japon dans l'Océan Pacifique.
Le même article définit comme suit la signification du terme :
maintien du s{alu quo :
Le maintien du statu quo visé ci-dessus implique. « Qu'il ne sera établi dans les territoires et possessions ci-dessus visées, ni bases navales, ni fortifications nouvelles, qu’il ne sera pris aucune mesure de nature à accroitre les ressources navales existant actuellement pour la réparation et l’entretien des forces navales, et qu’il ne sera procédé à aucun renforcement des défenses côtières des territoires et possessions ci-dessus visés.