‹ La Conférence de WashingtonChapitre 24 sur 65 · Rapport de M. Guernier, p · texte numérisé non relu

Rapport de M. Guernier, p

‘3.En 1914 le budget de la marine était de 641.000.000 francs. En 1921 le budget voté fut de 951.540.000 francs. En 1922 le budget de dépenses totales était de 939.948.000 francs plus 225.000.000 pour la première tranche de constructions navales ; et même sur cette somme le ménestre a admis deux réductions de 79 et 17 millions. Si l’on tient compte de l’augmentation des salaires et des matières, ces crédits sont très inférieurs à ceux de 1914. y

nel quant au nomdre des unités de combat. Avec un olal de 175.000 tonnes, on pouvait tout juste construire 5 unités. Or, dans le passé les escadres comprenaient toujours au moins 6 bâtiments, et, dans les années qui précèdèrent la guerre, elles furent portées à 8. Avec 5 unilés la France ne pouvait même pas avoir une escadre.

M. Sarraut, déposa donc au nom de la France une demande de 350.000 tonnes de capital-ships, soit 10 unités de 35.000 t. ; les experts navals français proposaient le plan d'armement suivani :

1926 : 194.000 tonnes ; le tout en vieux navires.

1931 : 200.000 tonnes ; 2 vieux navires et 6 nouveaux. 1936 : 235.000 tonnes ; 1 vieux navire €t 7 nouveaux. 1941 : 350.000 tonnes ; 10 nouveaux navires.

Ce fut dans une presse admirablement stylée, et qui recevait son inspiration du Bureau de presse installé par la délégation anglaise une belle indignation aux Etats-Unis (1) et en Angleterre. Il n’y a qu’à parcourir les articles que le romancier anglais Wells, écrivit à cette époque pour le Daily-Dail (qui d’ailleurs ne les imprima pas in extenso, etse sépara de son collaborateur) pour se rendre compte du ton de la presse anglaise. Comme toujours ce fut au moment où l’Angleterre qui avaient beaucoup gagné et n’avait rien perdu à la Conférence était en train d’assurer son hégémonie sur l’Europe en s’arrangeant pour que sa flotte soit plus puissante que celle des deux autres puissances navales de l’Europe, qu’elle accusa la France d'impérialisme et de conspiration contre la paix du monde (2).

La situation était grave, car la France, si elle paraissait disposée à modifier ses prétentions en ce qui concerne les « capital ships », ne pouvait céder sur la question des navires légers e des sous-marins qui était pour elle d’une importance vitale.

Le 10 décembre, M. Hughes télégraphia personnellement à

1. Le sénateur Mac Cormick lança l’idée que nous ne maintenions nos armements que grâce à l'argent prêté par l'Amérique, et fit voter, aux acclamations du Sénat, une motion exigeant le paiement de nos dettes.

2. L'agence Reuter, bien connue pour son peu de sympathie pour la France fit paraître une note disant que le programme de construction proposé par M. Sarraut, aboutirait à donner à la France, à la fin des vacances navales, une proportion de tonnage de 2,75 par rapport à celui de l'Angleterre,

M. Briand qui était rentré en Europe et se trouvait alors à Londres, pour lui exposer la gravité de la situation : il rappelait dans son message le nombre des navires et le tonnage énorme (1.878.000 t.) que les 3 grandes puissances étaient disposées à sacrifier. L'Italie, disait-il, par suite de sa situation économique désire réduire son tonnage en unités de première classe; par conséquent l'attitude de la France déterminera le succès ou l'échec des efforts faits en vue de réduire le lourd fardeau des armements navals. |

M. Briand fit à ce télégramme une réponse dont nous extrayons les passages suivants :

« La préoccupation de la France n'est pas le point de vué offensif, mais uniquement le point de vue défensif.

En ce qui concerne le tonnage des vaisseaux de première ligne, j'ai donné à nos délégués des instructions dans le sens que vous désirez. ;

Mais en ce qui a trait aux vaisseaux auxiliaires, il serait impossible au gouvernement français, sans se mettre en contradiction avec le vote de la Chambre, d’accepter des réductions correspondantes à celles acceptées pour les vaisseaux de première classe.

L'idée qui domine à la Conférence de Washington est de réduire les armements navals offensifs et coûteux, et je ne crois pas qu’il soit dans le programme de refuser à une nation comme la France, qui a une grande longueur de côtes et un grand nombre de colonies éloignées, des moyens essentiels de défendre ses communications et sa sécurité, »

À la suite des instructions reçues, M. Sarraut retira la demande de 350.000 tonnes formulée par la France et accepta la proposition de 175.000 tonnes de capital-ships, mais en déclarant : « Nous ne pouvons pas abandonner la construction des autres unités auxiliaires, telles que les petits croiseurs, les torpilleurs, les destroyers et les submersibles ».

Dès ce moment apparaît nettement de la part de la France le souci constant de conserver son entière liberté d'action en ce qui concerne le tonnage des navires légers et des sous-marins qu'elle se réserve le droit de construire.

Quant à l'Italie. qui avait été mise, par les 3 puissances, sur le même pied que la France, elle accepta de suite l'offre qui lui

était faite de fixer son tonnage de remplacement en capital-ships à 175.000 tonnes.

Unités auxiliaires. — La question de la suppression des sous-marins

Le plan américain original prévoyait que le tonnage en navires auxiliaires accordé à chaque puissance serait en rapport avec le tonnage de capital-ships qu’elle serait autorisée à garder.

Le plan prévoyait, pour les 3 grandes puissances le tonnage suivant en croiseurs, conducteurs de flottille et destroyers :

Etats Unis RER 450.000 tonnes Grande-Bretagne....... 450.000 — JAPON ETAT PRET 270.000 —

En appliquant à la France et à l'Italie la même règle, ces puissances, ne se seraient vu allouer chacune que 150.000 tonnes d'unités auxiliaires et 30.000 tonnes de sous-marins.

Au cours même de la discussion la délégation américaine estima que les chiffres qu’elle avait proposés en ce qui concerne le tonnage sous-marin était trop élevé.

Les Etats-Unis et la-Grande-Bretagne conserveraient seulement un tonnage maximum de 6o.000 tonnes. Quant à la France, au Japon et à l’Italie, ces puissances conserveraient seulement le tonnage sous-marin qu'elles possédaient à ce moinent, c'est-à-dire, resteraient dans le s{atu quo.

Les Etats-Unis estimaient ainsi ce tonnage :

Frances se Sectes 31.391 tonnes JAPON ERNCDERPE PNEE OT 402 — taie: 22. 0er ARR 21.000 —

Ces chiffres ne furent d’ailleurs pas acceptés, et après une très longue discussion, chaque puissance conserva son entière liberté d'action en ce qui concerne les unités auxiliaires et les sous-marins.

Ce fut au cours de cette discussion que l’Angleterre tenta de faire prononcer la suppression absolue des sous-marins (r).

1. Demande introduite par Lord Lee, 4° séance de la limitation des armements.

Cette manœuvre, si elle avait réussi, aurait constitué pour elle

un succès de portée incalculable, car elle lui aurait assuré sans conteste l’hégémonie européenne : elle aurait régné sur les eaux européennes grâce à sa supériorité écrasante en capitalships sur la France et l'Italie, et aurait été à l'abri du péril sousmarin que l'expérience de la guerre lui avait appris à redouter.

Heureusement pour l’Europe et la paix du monde entier, celte proposition fut repoussée par toutes les autres puissances après discussion.

L'Italie tout d’abord par la voix de M. Shanzer déclara qu’elle ne pouvait être favorable à l'abolition des sous-marins. De plus, intervenant un jour dans la discussion entre M. Balfour et

la délégation française sur la suppression des sous-marins,

M. Shanzer fit observer que de nouvelles puissances méditerranéennes (il voulait probablement parler de la Yougo-

Slavie) pourraient avec 50 millions de dollars posséder une flolte

sous-marine de 50.000 tonnes, chiffre supérieur à celui que la proposit'on américaine assurait à l'Italie, mais qu'elle était disposée à limiter les sous-marins sur la base de ce qui est strictetemeninécessaire pour une politique purement défensive. D'autre part elle ne pouvait accepter un chiffre définitif tant qu'elle ne connaîtrait pas le chiffre alloué à la France, désirant conserver la parité entre les deux marines comme l'avait admis la Conférence. M. Shanzer déclara que les experts navals italiens étaient loin de partager l'opinion de lord Lee. Il représenta le sousmarin comme un instrument de défense indispensable pour les

côtes italiennes, si étendues, le long desquelles sont bâties de

grandes villes, courent les principales voies ferrées, s'élèvent des établissements industriels importants; qu'enfin Pltalie a

- besoin de protéger ses communications marilimes, car c'est par la mér que s’importent la plus grande partie des approvision-

nements. | - Le Japon s’opposa également avec force à la proposition britanpique et déclara que 54.000 tonnes de sous- marins lui étaient

nécessaires pour défendre les îles de l’Archipel Japonais, et qu’il maintiendrait sa demande même si les Etats-Unis descen-

daient pour leur part au chiffre de 60.000 tonnes. -M. Hanihara, délégué du Japon observa que les sous-marins envisagés comme arme de légitime défense, ne diffèrent pas

A. Jacquemart (

Les

Rio

essentiellement des destroyers. Employés conformément au droit

intérnalional public, ils ne sont pas plus atroces que les gaz asphyxiants et les bombes d'avion. Utilisés comme engins de défense côtière, ils sont semblables à des mines mouvanies el constituent une arme défensive efficace. User sans limite des mines contre les navires marchands en haute mer serait au surplus aussi dangereux que de couler sans avertissement des navires avec des sous-marins. |

N'importe qu'elle arme peut devenir déloyale si elle est employée sans restriction. Pour la protection d’une nation ipsulaire, les sous-marins sont des bâtiments relativement peu coûteux et efficaces dont le Japon ne saurait se priver.

Le:point de vue américain fut indiqué dans un rapport du comité des conseillers américains, rapport hostile à l’abolition des sous-marins. Il contient quelques indications intéressantes sur le rôle des sous-marins en lemps de guerre. Il affirme d'abord la nécessité de réglementer la guerre sous-marine en ce qui con-

cerne les navires de commerce neutres et belligérants (1), puis esquisse le rôle du sous-marin tant contre les unités de combat

que comme.éclaireur. Les appréciations de ce rapport qui admet l'emploi des sous-marins, sont à notre sens fort justes et justifient l’insistance avec laquelle l'Angleterre en poursuivait l’abolition.

« Contre les cuirassés ennemis le sous-marin peut être comparé à d’ avant-garde sur terre qui se cache dans un arbre ou se dissimule dans des buissons. Si l'infanterie ennemie tombe sur celte embuscade, elle risque d'être anéantie. Cependant une embuscade, est absolument régulière. De même un sous-marin se dissimule pour frapper l’ennemi qui s’avance et aucune nation n’élève la

, Voix pour protester que ce procédé est illégal. Sa marine devient plus vigilante, augmente sa vitesse et emploie des unités anti-

sous-marines de surface. Le sous-marin porte Lés mêmes armes que les navires de surface c’est-à-dire torpilles, mines et canons. Aucune prohibition n’est édictée contre leur emploi sur les navires de surface et il ne peut qu'en être de mème sur les sous-marins.

Le sous-marin comme navire de guerre a un rôle important A

1. Cette duéstion fut étudiée par un comité spétial et aboutit à la signature

d’un traité spécial.” ; P

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