‹ La Conférence de WashingtonChapitre 53 sur 65 · habitants f · texte numérisé non relu

habitants f

Le Japon possédait alors 2 villes de plus de 1 million d'habitants ; Tokio (2.173.112) et Osaka (1.251.972) et 16 villes de plus de 100.000 habitants.

Aussi, malgré toutes les entraves apportées par les puissances riveraines du Pacifique l’immigration japonaise se répand-elle dans tout le bassin du Grand-Océan, Gien particulière ment les Etats-Unis. '

La question, en effet, a pris à plusieurs reprises, une allure des plus aiguës dans les Etats de l'Ouest de l'Union et particulièrement en Californie, où l'hostilité tournée d’abord contre les Chinois, s’est tournée contre les Nippons depuis la guerre russo-japonaise.

En 1906 il y avait aux Etats- Unis 65.800 Japonais dont 44. 50 en Californie, où grâce à leurs qualités de travail et de sobriété, ils prenaient chaque jour une place plus grande.

Les Etats de l'Ouest s’inquiétèrent et des troubles anti-japonais sérieux éclatèrent en 1908. À la suite de ces troubles, un accord intervint, l'accord Root-Takahara, dit « accord de gentlemen » parce qu'il s'est eflorcé de ménager les susceplibilités japonaises, Le gouvernement japonais s’engagea à prendre les mesures nécessaires pour empêcher, dans toute la mesure du possible, l'immigration nippone aux Etats-Unis. fl tint d’ailleurs ses engagements car les statistiques nous montrent que l'élé-

Je ment japonais en Californie a augmenté en douze ans de 2 o/o ‘à 2,7 0/0, c’est-à-dire dans une proportion insignifiante(1).. Malgré cela l'hostilité ne fit que croître dans Tes Etats de l'Ouest et en 1920 la situation étail très tendue, Il y avait des causes variées à cette recrudescence : les difficultés économiques surmontées plus facilement par les jaunes que par les blancs, politique du Japon en Chine, armements navals, propagande anti-japonaise. Le 2 novembre 1920, à la suite d’une pétition l'Etat de Californie interdit aux Japonais de devenir propriétaires fonciers, même par la voie détournée de leurs enfants nés en Amérique. À la même époque, le 27 novembre, le sénateur Lodge disait à « l’Union League Club » de Philadelphie :

« Il est un accord que j'aimerais beaucoup à conclure, c’est un accord avec le Canada, l'Australie ei la Nouvelle-Zélande, au sujet de l'immigration shique »

Aussi, dans ces conditions, n’y a-t-il pas lieu de s'étonner de l'échec de la Conférence qui s’ouvrit le 27 juillet 1920 à Washington entre les représentants nippons et américains en vue d’arriver à un accord destiné. à remplacer l'accord Root-Takahara.

L’antagonisme des deux races se monire également aux îles Sandwich ou Hawaï. Ce bel archipel polyuésien à 2.000 milles de

San-Francisco, dont le port, Honolulu, est un point de relâche

obligatoire pour tous les navires qui, d'Australie ou de Chine, se rendent aux Etats-Unis, est véritablement la clef du Pacifique. Quand en 1898, les Américains ont annexé l'Archipel, ils l’ont fait surtout pour devancer les Japonais, dont {0.000 compatriotes étaient déjà établis dans les différentes îles du groupe. L'occupation américaine n'a pas anéanti la colonie nippone. Au

recensement de 1920 sur 255.312 habitants de l’Archipel

Hawaïen les Japonais constituaient 42,7 o/o de la population

avec 109.367 habitants de:leur race (contre 39,5 0/0 en 1900 et

41,5 0/0 en 1910). Si leur progression continue normalement on peut prévoir qu’à la fin du xx siècle, leur nombre sera supérieur à celui de tous les autres éléments bigarrés de la popula-

1. Aux termes de l'accord Root-Takahara, aucune loi américaine, injurieuse pour le Japon ne devait être adoptée. Or la Chambre des représentants a voté, au début de 1916, une loi destinée à exclure les Ilindous et les autres personnes

qui ne pourraient obtenir la naturalisation américaine, ce qui est le cas PEU les Japonais. ; à

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tion hawaïenne. Aussi, les Américains, s'inquiétèrent-ils vivement de l’envahissement des Nippons, maitres de tous les métiers, adonnés au travail agricole, installés comme chez eux, et en 1920 ils décidèrent la suppression des écoles ; japonaises, ce qui équivaut à à empêcher la propagation de la langue japonaise (en 1920, 17.372 petits Japonais fréquentaient ces écoles). Quel peut être l'effet d’une pareille tentative de dénaturalisation sur les relations des deux peuples!

Nous retrouvons la même hostilité contre l'envahissement nippon en Australie, qui se sent très gravement menacée, car elle comprend qu'avec la densité excessivement réduite de sa population, elle ne pourra résister longtemps à la pression de l'immigration blanche ou jaune. Aussi la voyons-nous interdire l’immigration japonaise dans les: colonies allemandes du Pacifique placées sous son mandat, et s'inquiéter de l'introduction de la main-d'œuvre japonaise dans les possessions françaises des Nouvelles-Hébrides.

D'ailleurs ne voyons-nous pas, M. Hughes, premier ministre d'Australie, rendant compte des discussions qui ont eu lieu à la Cenférence impériale de Londres, prononcer ces paroles: « Pour l'Australie, le problème du Pacifique, c'est avant tout le problème du Japon. »

Devant cette hostilité croissante le Japon cherche de nouveaux débouchés pour sa main-d'œuvre et commence à diriger son émigration sur le Mexique et l'Amérique du Sud, ce qui constitue, pour les Etats-Unis, une nouvelle causé d’ inquiétude. D'après les statistiques du Bureau du Travail, il y avait en 1921, 34.000 ouvriers agricoles japonais au Brésil (culture du café) et 10.000 au Pérou ‘(coton et canne à sucre). Celte maind'œuvre y est d’ailleurs fort appréciée car elle est bien supérieure à la main-d'œuvre locale.

Enfin, les îles de la Micronésie, occupées par le Japon, offrent un champ assez réduit il est vrai, à l'expansion His naise.

Alors qu’en septembre 1919 ces iles ne contenaient que 2.341 Japonais, elle en possédaient déjà 5.212 quelques mois plus tard, c’est-à-dire en mars 1920 (1).

1. Un exemple permet de se rendre compte ie l'immensité de la zone dans laquelle s'infiltre l'immigration japonaise. En 1919, 7.722 émigrants ont quitté

Une nouvelle cause de conflil provient du développement territorial des possessions et colonies japonaises depuis le début du xxe siècle, et en particulier pendant la dernière guerre.

Dès 1895, à la suite de la guerre sino-japonaise, le Japon occupa Formose, comptant bien d’ailleurs que cette île lui servirait de base pour occuper un jour les Philippines, mais l’occupation de ce groupe d'îles par les Etats-Unis en 1898 ruina leurs espoirs. Puis c’est sur le continent asiatique quele Japon commença à déborder : en 1904, à la suite de la guerre russojaponaise, il commence à prendre pied‘en Mandchourie, et ne tarde pas à annexer la Corée dont la Chine avait dû reconnaître l'indépendance en 1895 par le traité de Simonasaki qui mit fin à la guerre sino-japonaise. Depuis 1972, il sut profiter des troubles qui accompagnèrent et suivirent la proclamation de la République pour augmenter son influence en Chine, jusqu'au jour où grâce à la guerre, il put, en novembre 1914, prendre la place des Allemands à Kiao-Tchéou et dans tout le Chantoung.

La guerre, en attirant vers l'Occident toutes les, forces de l'Europe, avait laissé à sa discrétion l'immense Asie. Son programme fut des plus simples: chasser l'Allemand de ses comptoirs et forteresses à Kiao-Tchéou,: les Carolines, les Mariannes, les Marshall, et à sa place s'y installer ; puis, à la faveur de la révolution russe, suivie du bolchevisme, recueillir sous prétexte de maintenir l'ordre et de protéger ses nationaux, l'héritage asiatique des tsars.

Le Japon avait en effet une forte tendance à réclamer aux Etats-Unis de reconnaitre que, de même que selon la doctrine de Monroë, l'Amérique a des « droits spéciaux » dans les deux Amériques, le Japon aussi.a des droits spéciaux en Asie.

La tendance du Japon est de faire admettre une sorte de doctrine de Monroë asiatique : « l'Asie aux Asiatiques », basée sur des affiniiés de race, la situation géographique etl'avenir politique (1).

la ville de Kobé (500.000 habit.) pour les destinations suivantes: Hong-Kong 131, Manille 108, les Philippines 155, Singapour 132, Sibérie et Russie 178, Indes Néerlandaises 54, Indes anglaises 24, îles Hawaï 767, Canada 460, Etats-Unis 2.377, Chili, Argentine, Brésil 1.261, Afrique Australe et Royaume-Uni 518.

T2 Le 3 novembre 1920, un journal populaire de Tokio, le Tsoo-Ye-Sin- Weng, a publié une carte géographique du « Nouveau Japon » dans laquelle il repré-

Aussi lorsqu'après l'armistice, l'Europe et les Etats-Unis jetèrent les yeux sur le Pacifique, ils virent que les alliés des confins de l'Est, que le Nippon s'élail taillé un empire dans le Pacifique : il s’était installé au Chantoung, à Vladivostock, en Mandchourie, dans la Province maritime, en Sibérie orientale, occupait la partie russe de Sakhaline, s’avançait jusqu’au milieu de Pacifique, grâce aux anciennes îles allemandes de la Micronésie, ses représentants pullulaient aux îles Hawaï et il intriguait au Mexique, à proximité du canal de Panama.

Les Etats-Unis s’aperçurent alors que par un travail silencieux le Japon avait commencé l'investissement du Pacifique et qu'il s'apprêtait à en faire une mer intérieure japonaise, Pour que cet investissement fut complet, un verrou était à tirer, combien tentant, quand déjà on tient, comme le Japon à Formose, le seuil de la porte : les Philippines, occupées par les Etats-Unis et qui flanquent des lignes de communications japonaises, non seulement jusqu’à Guam, mais jusqu’à Yap et jusqu'aux iles nouvellement acquises dans le Pacifique. |

Du côté japonais, d'autre part, les griefs ne manquaient pas contre les Etats-Unis. Les Japonais, en premier lieu, conscients de leur valeur et de l'importance prépondérante de leur empire dansle Pacifique supportaient avec impatience, l’ostracisme dont était frappée leur race en Amérique, et étaient profondément blessés par le mépris que les Américains affichaient à leur égard. Il yalà, une cause grave de malentendu entre les deux grands peuples, cause qui est malheureureusement loin de disparaître, car les Américains ont trop profondément le sentiment de leur supériorité sur les « hommes de couleur », qu'ils soient noirs ou jaunes.

D'autres causes de conflit existaient encore : question des îles sous mandat et en particulier de l’île de Yap, discussion par les Etats-Unis sur l'étendue des droits reconnus au Japon, en Chine, par les accords Lansing-Ishii de 1917.

Enfin quelque temps avant la convocation de la Conférence un nouveau motif d’inquiélude venait de surgir pour le Japon.

La péninsule de Tchoukhotsk, en Sibérie orientale russe, fait le pendant de l'Alaska, territoire américain depuis 1867. sentait comme japonais, indépendamment de l'archipel lui-même, le Chantoung la ville de Fou-lchéou, le Kisin, le Fong-Tien,la Mougolie et la Sibérie.

A. Jacquemart a)

Qui posséderait l'Alaska et la péninsule de Tehoukhotsk serait maître de ces Dardanelles de l’Extrême-Orient qui on! une importance stratégique incomparable.

Or au début de 1921, il fut question que le gouvernement des Soviets, donnât à bail, au groupement américain Vanderlip, pour une durée de soixante ans, une superficie de terrain, de, Go0.000 kilomètres carrés couvrant toute la Sibérie du Nord- Est v compris la presqu'île du Kamchatka. >

Le Japon ne pouvait à aucun prix admettre la réalisation de ce projet, car l'installation des Etats-Unis au Kamchatka, à vingtquaire heures de navigation du Japon, lui aurait fait courir un danger permanent,

De plus la presqu'île contient des richesses économiques énormes que le Japon convoite depuis longtemps, car elles sont indispensables à son existence. En effet, outre le charbon, la presqu'ile paraît contenir d'importants gisements de pétrole, Les Etats-Unis ne posséderont jamais dans le Pacifique trop de terrains pétrolifères pour alimenter en combustibles leur flotte dont les principales unités sont chauffées au mazout. D'autre part la question du pétrole est de première importance pour la flotte japonaise, car la production indigène est tout à fait insuffisante ; de plus le Japon s’est adressé aux Etats-Unis et à l’Angleterre pour la fourniture de 200.000 tonnes de mazout par an, et ces deux pays ont successivement refusé. Ce refus qui bouleversait les dispositions de la marine japonaise obligeait aussi le Japon, à veiller jalousement sur tous les gisements de pétrole des Etats-Unis pour les empêcher de tomber dans des mains étrangères. Enfin les côtes de la presqu’ile du Kamchatka sont très poissonneuses et sont exploitées par de très nombreuses pêcheries japonaises qui fournissent le poisson séché, alimentessentiel, avec le riz, du peuple japonais, Aussi le Japon était-il bien résolu à faire observer l’article 2 du traité de Portsmouth du 5 septembre 1905, qui reconnaît au Japon « le droit d'installer des pêcheries le long des côtes des possessions russes dans les mers du Japon, d'Okhotsk et de Behring ».

Ainsi la guerre économique du pétrole et la guerre du poisson, risquaient de déchainer un conflit dans le Pacifique.

L'Alliance anglo-iaponaise

La dénonciation de l'alliance anglo-japonaise était, aux yeux de certains, et en particulier aux yeux de M. Hughes, une des plus importantes parmi les D PIS questions soumises à la Conférence.

Dans quelles conditions s'était établie cette alliance ?

Le traité dans sa forme première a été conclu en 1902 pour une durée de cinq ans.

C'était au moment de l'avance de la Russie vers l'Estet sa menace d'occuper la Corée et de porter atteinte à l'indépendance japonaise devenaient inquiélantes. L'objet du traité était de conserver le statu quo et la paix en Extrème-Orient, d'assurer l'indépendance et l'intégrité de la Chine et de la Corée et de maintenir ouverte la porte de ces régions.

Le traité repoussait toute intention agressive . cependant il reconnaissait, des « intérêts spéciaux » au Japon, en Corée, et à la Grande-Bretagne, en Chine. Il stipulait que si l’une des deux parties était attaquée par plus d’une puissance, l’autre était obligée de venir à son secours, de mener la guerre et de faire la paix en communauté avec elle.

A ce moment les Allemands venaient d'occuper Kiao-Tchéou et les Russes Port-Arthur. L'indépendance de la Chine était menacée ; le trailé limita la guerre entre la Russie et le Japon, duel où la Russie succomba.

Le 12 août 1905 à la fin de cette guerre, l'alliance fut renouvelée sous une forme plus accentuée. Il ne s'agissait plus cette fois du maintien de la paix en Extrême-Orient, mais aussi dans la région de l'Asie orientale et de l'Inde. La suprématie japonaise était reconnue en Corée, mais le principe de la porte ouverte était maintenu en Chine. La Russie n'était plus prédomipante en Extrême-Orient ; la puissance influente était devenue J'Allemagne ; l'Angleterre pour éviter la redoutable éventualité d’une alliance germano-Japonaise conclut une alliance avec le: Japon. |

Le 13 juillet rg11,nouveau traité stipulant la prorogation, pour dix ans des slipulations en vigueur. À ce moment le Japon et la Russie s'étaient accordés en Mandchourie, la Corée avait été

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