Army and Navry Journal du 31 décembre
internationaux abordés à Washington, les Etats-Unis eurent
conscience de l'importance qu'ils avaient désormais dans le
monde et ne furent pas peu fiers d'avoir été les promoteurs de celte réunion d’où sortirent ces décisions si importantes à leurs yeux.
Des avantages matériels ensuite : l'accord avec l'Angleterre était entièrement rétabli, et lesquerelles qui avaient un moment obscurci les rapports des deux nations étaient oubliées Le bloc anglo-saxon était reconstitué et les deux pays s’apprètaient à marcher la main dans la main pour assurer la paix anglo-saxonne sur les océans et par le monde.
La course aux armements était arrêtée, les Etats-Unis n'étaient pas obligés, pour conserver cette égalité avec la puissance navale de l'Angleterre qui avait nécessité de leur part un si prodigieux effort, d'achever le programme de 1916. Le président Harding avait été élu sur un programme d’économie : le fardeau des constructions navales était allégé et les Etats-Unis conservaient leur rang de grande puissance navale.
D'autres problèmes, en apparence secondaires, étaient du même
coup résolus à l'avantage des Etats-Unis : lès écluses du canal de
Panama ne permettent pas le passage de cuirassés de plus de 35.000 tonnes. Il était indispensable à la sécurité des Etats-Unis que le capital-ship type, ne dépassât pas ces dimensions, car sans cela elle n’aurait pu assurer grâce au canal de Panama les déplacements rapides de sa flotte d’un océan à l’autre (1).
La crise des effectifs extrêmement grave que traversait également à ce moment les Etats-Unis était du même coup surmontée (2).
Dans le Pacifique elle a arrêté le développement inquiétant de la marine japonaise et en faisant adopter le principe du statu quo en ce qui concerne les bases navales, et en obtenant
1. En trois jours, les 19, 20 et 21 janvier 1922 toute la flotte de l’Atlantique a pu traverser le canal de Panama (Army and Navy Register du 11 février 1922).
2. Les 18 bâtiments de ligne en service en 1921 avaient des effectifs inférieurs aux effectifs réglementaires : ils n'étaient que de 88 1/2 o/o de ce qu’ils auraient dû être et s’élevaient à 19.000 hommes au lieu de 22.300. L’effectif des 65 destroyers en service n’était que de 84 0/0, celui des 200 destroyers en réserve de 50 o/o. La proportion des effectifs des forces de haute mer n’était environ que de 68 o/o de l'effectif de paix, celle des établissements à terre de 95 oJo (Army and Navy Journal du 26 nov. 1921,in Revue maritime, mars 1922, p. 406).
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l'accord à quatre, éloigné pour -un temps les menaces qui pesaient sur les Philippines.
Elle a enfin vu se dénouer l’alliance anglo-japonaise qui l'inquiétait si fort car elle avait compris le danger d’une coalition contre elle des deux puissances,
Le Japon paraît à première vue n'avoir pas gagné beaucoup à Washington. Il n’a pu obtenir gain de cause dans la question de l'égalité des races, il a été obligé de rendre le Chantoung à la Chine, la croissance de sa flotte a été entravée.
Cependant les diplomates japonais ont su montrer une grande habileté et en rompant parfois, ils ne paraissent pas avoir aban. donné beaucoup de terrain.
Le Japon, réputé militariste sut détruire à la Conférence la légende qui l'entourait. Constamment sur la défensive, ses délégués parvinrent à réduire à l'indispensable, les concessions qu’on leur demandait. Comme chacun avait conscience des exigences qu’on leur manifestait, beaucoup craignaient qu'ils s’y refusassent et que de leur refus naquit la guerre. Aussi on leur sut nu de leurs concessions les plus insignifiantes.
Les Japonais n’ont pu obtenir de réaliser en entier leur programme naval, mais is font désormais partie du grand consortium des trois puissances navales qui dominent les routes du monde et les Américains ne fortifient pas les points d'où ils auraient pu pousser contre eux une dangereuse offensive, ni Guam, ni les Philippines.
Le Japon possède d’ailleurs en Extrême-Orient une situation tout à fait privilégiée. En cas d'opération dans le Pacifique ouest, la faiblesse numérique de sa flotte serait compromise par l’avantage énorme qu’elle tirerait de la proximité de ses bases, en face de navires américains isolés à plusieurs milliers de milles de leurs bases. Sa situation stratégique est excellente. Port Arthur, les Pescadores, Bonin forment une chaine de bases. Le Japon pourrail organiser des bases aux Carolines et aux Marshall à 2.000 milles du Japon. En cas de neutralité anglaise le Japon reste maître de l'Orient, du moment que les Américains promeltent de ne point fortifier les bases du Pacitique.
Sa sécurité ne souffrira en rien de la limitation de ses armements, qui d'autre part était rendue nécessaire par la situation
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et
intérieure assez grave à ce moment-là. Ce n’est pas impunément qu'une nation jeune et en plein développement consacre pendant plusieurs années la majeure partie de ses ressources à des dépenses improductives. Le malaise social était grand au Japon où une aristocratie imbue encore des idées du vieux Japon, était attaquée avec violence par un syndicalisme naissant mais déjà ardent, où le crime social sévissait, où les grèves se multipliaient, où la cherté de la vie et en particulier du riz, causait tous les jours de graves désordres.
L'Italie a tout lieu d’être enchantée des résultats obtenus à Washington. Elle a obtenu d’être mise sur le même pied que la France au point de vue nasal. Elle a été consacrée grande puissance navale méditerranéenne. |
Ces résultats dépassent tout ce qu’elle pouvait espérer lorsqu’elle accepta de se rendre à Washington.
Il aurait beaucoup à dire sur le rôle de la France à Washington et sur la manière dont ses intérêts y furent représentés.
Qu'il nous soit cependant permis de regretter l’état d'impréparation vraiment extraordinaire dans lequel nos délégués arrivèrent à Washington, connaissant à peine les questions qui âllaient être discutées. Cette étude n'ayant aucun caractère de polémique nous n’insisterons pas sur ce point, tout en déplorant la légèreté inconcevable avec laquelle un chef de gouvernement abordc l'étude des graves problèmes posés par les Etats-Unis.
Pendant les quelques semaines qui précédèrent la Conférence tout le monde en France vivait sous l'impression que la France allait jouer entre les Etats-Unis et l'Angleterre un rôle d'arbitre. Mais en arrivant à Washington nous nous aperçümes rapidement que le bloc était reformé, et reformé contre nous.
Nos représentants permirent que loutes les décisions importantes relativement au désarmement naval fussent arrêtées par un comité anglo-américain-japonais et lorsque notre délégation déposa une demande de 350.000 tonnes de capital-ships (que nous sommes incapables de posséder actuellement), susceptible de bouleverser tous les calculs établis, ce fut un tollé général
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dans une presse admirablement dirigée et à laquellenous n'avions rien à opposer. La délégation française s'est laissée « manœuvrer », au début surtout, par la délégation britannique. Plus tard, après le départ de MM. Viviani et Briand qui emmenèrent avec eux la plupart des experts, et qui donnèrent ainsi l'impression fâcheuse que la France se désintéressait de ces débats, M. Sarraut resta seul pour résister aux assauts britanniques. Ce fut grâce à sa fermeté que l'Angleterre ne gagna pas entièrement la bataille, et que la France garda la liberté de construire autant de navires légers et de sous-marins qu'elle le désirait, liberté qui la sauvera de l'asservissement complet à l’hégémonie britannique.
Nous l'avons déjà dit, la France ne gagne pas grand'chose au traité du Pacifique. Sans doute les Etats-Unis, l'Angleterre et le Japon, déclarent respecter ses droits sur la Nouvelle-Calédonie, les iles de la Société, les Marquises, les Tuamotou et l’archipel Toubonaï. Mais elle n’a même pas pu obtenir un règlement définitif de la question toujours pendante du condominium franco-britannique aux Nouvelles-Hébrides. Mais surtout, de la perle de notre empire d’'Extrème-Orient, de l’Indo-GChine qui nous à envoyé pendant la guerre 125.000 hommes, qui a participé pour 250.000.000 à nos emprunts de guerre, de l'Indo-Chine qui constitue un élément essentiel de notre relèvement économique, et qui joue en Extrème-Orient le rôle de relai de l’activité française, il n’est question en aucune façon.
La chose est d'importance si l'on veut prendre la peine d'y réfléchir. |
Supposons que demain le Japon attaque les Philippines ; liée par l'accord à Quatre la France sera sollicitée d'intervenir pour défendre les droits des Etats-Unis. Mais la réciproque n’est pas vraie : que le Japon dirige sur l’Indo-Chine une attaque rendue d'autant plus facile que nous n'avons pas une flotte suffisante pour défendre notre empire colonial, nous ne pourrons solliciter légitimement l'intervention d’aucune puissance, nous serons obligés de mendier et de payer très cher ce qui devrait être pour nous un droit absolu (1).
Nous savons les objections que soulevait dans l’esprit des Américains l’adjonction aux « possessions et dominions insu-
1. Revue pacifique, n° 1. mai 1922, La question du Pacifique, par Archimbaud,