TE PURE
laires », que visait l'accord à Quatre de la longue presqu'ile indo-chinoise qui n’est pas plus qu'une île à l'abri d'un coup de main, car nous ne devons pas oublier que l’Indo-Chine française a 1 kilomètre de côte pour 214 kilomètres carrés alors que l'Australie a 1 kilomètre de côte pour 392 kilomètres carrés.
En tous cas une clause additionnelle rédigée à la dernière heure le 6 février a fait spécifier que Formose, les Pescadores et même la partie sud de Sakhaline si proches cependant des bases navales japonaises étaient garantis par le traité. Nos diplomates n’auraient-ils pu faire ajouter l’Indo-Chine qui est à 15.000 kilomètres de la métropole ? N'y a:t-il pas là de leur part un abandon regretiable? Peut-être se seraient-ils heurtés à un refus calégorique, comme pour la demande française en gros navires, mais nous aimerions savoir que des efforts ont été tentés pour obtenir que l'Indo-Chine nous fût garantie et que les représentants de la France ont attaché à cette garantie autant d’importance qu'à la proportion de capital-ships.
Au point de vue naval la France est revenue de Washington très diminuée; elle a perdu définitivement le rang de grande puissance navale qu’elle possédait avant la guerre, et a été mise sur le même pied que l'Italie. Nous ne reviendrons pas ici sur l'attitude étrange de nos anciens alliés au sujet du tonnage de capital-ships attribué à la France,lorsqu'ils refusèrent detenir compte des unités dont la mise en service a été arrêtée par la guerre.
Cependant l'examen attentif des conditions de remplacement de capital-ships, telles qu’elles sont prévues dans le traité naval, permet d'affirmer que la France au point de vue des capitalships est encore plus désavantagée que la proportion 5.5.3. 1,75 ne le laisse paraître à première vue (1). Au moment où la Conférence s'est réunie l'Amérique et le Japon avaient seuls des navires de ligne en chantier, la France ayant décidé de ne pas achever les cinq cuirassés du type Vormandie dont la consiruction s'était trouvée interrompue par la guerre. La meilleure méthode pour réduire le fardeau des armements eût dû consister semble-t-il à régler la constitution des diverses flottes en ne tenant compte que des navires déjà en service, qui dans celte hypothèse auraient été répartis suivant la proportion fixée par la
1. Daniel Parège, Colonies et Marine, juin 1929, p. 413. « La France acceptera-t-elle sa déchéance navale? ».
Conférence. L’abandon des constructions en cours eût permis : aux deux grandes nations intéressées de réaliser de sérieuses . économies sans que la puissance relative des diverses flottes s’en trouvât aflectée, ni dans le présent ni dans l’avenir. Il eût été facile en effet de dresser la liste des navires à conserver dans chaque marine en combinant à la fois le tonnage des unités, leur armement et leur âge, de telle façon que la proportion 5. 5. 3. et 1,75 fut respectée et que, le remplacement des vieux navires s’opérât sans détruire cette proportion. Peutêtre eut-on été amené dans ces conditions à réduire le tonnage global et le nombre des navires attribués à chaque marine mais le fardeau des armements en eût encore été allégé et la prépondérance que l'Angleterre et les Etats-Unis entendaient s'assurer sur le Japon,la France et l'Italie eût été néanmoins sauvegardée.
Ce n’est malheureusement pas cette méthode qui a été adoptée pour régler la répartition du tonnage des navires de lignes.
L'accord autorise en effet les Etats-Unis à conserver 18 navires de ligne dont le plus ancien a été lancé en 1909 et le plus récent en 1920. Mais dont 10 ont été lancés depuis 1914.
L’Angleterre conserve 22 navires de lignes lancés entre 1911 et 1918 et dont 9 ont été lancés depuis 1914.
Le Japon conserve 10 navires de ligne lancés entre 1912 et 1920 et dont 6 ont élé lancés depuis 1914.
‘Quant à la France les 10 navires de ligne qu’elle est autorisée à conserver ont élé lancés entre 1911 et 1913. Tous sont antérieurs à 1914.
On voit donc en quoi la marine française est inférieure.
Il importe de préciser qu’à égalité de tonnage la valeur de deux flottes de guerre est fonction de la valeur militaire des éléments qui les composent. La proportion établie à Washington s'applique donc au tonnage de la marine française si l’on ne lient compte que de la. quantité de navires correspondant à ce tonnage ; elle ne S’applique plus si l’on tient compte de leur qualité.
IL semble dès lors que la France aurait dû être autorisée par le traité à entreprendre avant les trois grandes puissances navales la construction de nouveaux navires de combat destinés à remplacer ces vieilles unités et dont l'entrée en service rétablirait plus équitablement en qualité la proportion déjà
faible en quantité, Or la France n’est autorisée à mettre des cuirassés en chantier qu'en 1927, 1929 et 1931.
Par contre les Elats-Uuis sont autorisés à achever dès maintenant deux unités de la classe West Virginia qui remplaceront dès qu’elles seront achevées le Vorth Dakota et le Delaware, datant de 1908 et 1909, donc à peine plus âgés que nos Voltaire lancés en 1911.
L'Angleterre se voit de même autorisée par le traité à construire immédiatement deux unités nouvelles de 35.000 tonnes quiremplaceront lorsqu'elles seront achevées { navires anciens. Ces 4 navires représentent un tonnage total de 90.000 tonnes.
Les deux unités nouvelles feront ensemble 70.000 tonnes. Il y a perte en quantité mais gain en qualité. Or les 4 navires à déclasser datent de 1911 et 1912. Ils sont donc comparables à nos cuirassés les plus anciens dont le remplacement n’est autorisé qu’à partir de 1927.
L’achèvement des à West Virginia américains et la construction de deux unités nouvelles britanniques va coûter plus d’un milliard de francs.
Les autorisations exceptionnelles accordées aux Etats-Unis et à l'Angleterre ont eu leur point de départ dans le refus par le Japon d'accepter le déclassement du Mutsu cuirassé de 34.000 tonnes lancé en 1920 et armé de 8 canons de 406 millimètres. Or les Etats-Unis ne possédaient au moment de la Conférence qu'un seul navire en service le Maryland également lancé en 1920, qui soit muni de canons de ce calibre.
Les deux unités du type West Virginia que l'Amérique est autorisée à achever devant également recevoir des canons de 406 la flotte des Etats-Unis comptera sous peu 3 navires armés de canons de 16 pouces. La flotte anglaise ne comprenait aucun navire armé de canons de 406 millimètres mais les deux unités nouvelles recevront naturellement cet armement.
‘Ainsi les trois grandes puissances se sont réservées le privilège de posséder des navires armés du plus gros calibre qui soit autorisé par le traité.
Elles n’ont pas craint pour cela de retarder, au détriment de leur budget, l'ère des vacances navales que la Conférence devait précisément instituer, mais la France devra attendre 1927 pour commencer à construire des unités de remplacement. On
À. Jacquemart 9
comprend pourquoi le plus gros calibre autorisé a été celui de 16 pouces. Pourtant si la Conférence avait réellement désiré réduire le fardeau des armements n’eut-elle pas dû choisir comme calibre maximum le plus fort calibre des canons en usage sur le plus grand nombre de navires déjà existants.
De même en ce qui concerne le tonnage unitaire maximum des «capital-ships » la France se trouve fort désavantagée. Nous avons vu précédemment la raison pour laquelle les Etats-Unis avaient fait fixer ce tonnage à 35.000 tonnes. La largeur des écluses du canal de Panama l’ÿy contraignait, et de plus, les grandes puissances navales possédaient des unités d’un tonnage approchant ce chiffre. Mais la France n’a pas de navires d’un si fort tonnage et si elle veut plus tard construire des cuirassés de 35.000 tonnes elle ne pourra en posséder que 5.
Ilest d’ailleurs évident qu’elle sera forcée de construire des « capital-ships » de 35.000 tonnes, comme ses voisins, si elle tient à conserver dans sa flotte des unités de première ligne. Le petit nombre des bâtiments qui lui seront laissés rendra quasi-impossible toute combinaison tactique.
Sur ce point encore la Conférence au lieu de limiter sincèrement le fardeau des armements navals s’est borné à consolider les avantages acquis par certaines puissances durant les hostilités en matière de constructions navales.
La Conférence a limité le tonnage unitaire des navires légers à 10.000 tonnes et l’armement à 203 millimètres ; ici encore les intérêts immédiats de la France sont sacrifiés.
Le traité de Versailles, en effet, a, on ne sait trop pourquoi, autorisé l'Allemagne à construire 8 croiseurs légers et 8 croiseurs cuirassés, soit 16 unités.
Il a bien décidé que ces croiseurs ne pourraient dépasser 10.000 tonnes mais aucune limite n’est fixée pour le calibre de leurs canons. Ils pourraient donc augmenter le calibre de leurs canons en en réduisant le nombre. Dans le cas d’un conflit qui exigerait la présence de nos forces de ligne en Méditerranée, notre sécurité ne serait pas assurée dans le Nord contre les forces navales allemandes. Les navires que nous aurions à opposer aux Allemands pourraient être attaqués, hors de portée de, leurs canons, par des adversaires mieux armés.
IL est donc évident qu’à la suite de Washington la France
voil sa puissance navale diminuée. (Cependant deux considérations nous permettent de penser que, malgré le désir des autres puissances participantes à la Conférence, la France n’aura pas à souffrir exagérément des résultats de Washington.
D'abord il faut bien avouer qu'il est fort peu probable que d'ici dix ans le budget de la France lui permette de mettre en chantier un nombre de capital-ships supérieur à celui qui lui est alloué.
En second lieu, il n'est pas certain que la Conférence en adoptant comme indice de la puissance d’une marine son tonnage en capital-ships ait tenu un compte suffisant des enseignements de la dernière guerre.
Il n'est pas sûr que lors des conflits futurs le capital-ship joue un rôle décisif ; les perfectionnements apportés au sous-marin (rayon d'action, tonnage, nombre et puissance des torpilles) rendent le navire de ligne extrêmement vulnérable et il ne faut pas oublier quelles précautions l'on était obligé de prendre: pour accompagner dans leurs déplacements les cuirassés ou pour les protéger au mouillage.
Enfin une arme nouvelle s’est créée qui, au cours de la dernière guerre, n’a pas donné toute sa mesure : l'aviation navale. Les avions torpilleurs et les avions de bombardement d’un prix de revient infime, à côté de celui des cuirassés, transportés en grand nombre sur des navires porte-avions à grande vitesse, porteurs d'engins de jour en jour plus puissants, n'auront pas de peine à harceler l'escadre ennemie et à lui infliger des pertes, même dans ses ports. Les expériences tentées récemment en Amérique paraissent à cet égard concluantes et aussi bien en Amérique qu’en Angleterre, des officiers de marine, qui, pendant la guerre remplirent les plus hauts commandements, n’hésitent pas à proclamer la faillite du capital-ship devant les perfectionnements incessants du sous-marin et de l'avion (x) (2).
I n'y a donc pas lieu de trop regretter que la France ne puisse construire qu’un nombre modéré de ces navires si coûteux qui
1. M. Louis Bréguet disait à l'ouverture du Congrès International de la Navigation aérienne : « Les dread-noughts vont disparaître de la surface du globe comme ont disparu les monstres colossaux des temps préhistoriques. »
>. Sans entrer ici dans les détails de l’ardente polémique qui divisa les par-
‘tisans du capital-ship et les défenseurs du sous-marin, nous citons ici les prin-
cipaux champions des deux thèses.
Pour le capital-ship: « Amiral Cyprian Bridge » (Anglais) — the Nineteenth
dans quelques années peut-être seront à la merci d’une bombe d'avion ou d’une torpille. La France, ceci est bien entendu, ne peut trouver dans son budget les sommes énormes qui lui seraient nécessaires pour entretenir une flotte de navire de bataille lui permettant de défendre ses côtes de l'Atlantique et de la Méditerranée, en portant dans les eaux de l'ennemi tout le poids de son corps de bataille. Mais il lui faut assurer la défense des 4.000 kilomètres de côtes de la Métropole et des Colonies (1) et assurer la liaison avec ces colonies. La défense des côtes sera assurée par les petits sous-marins, par les mines et par l’aviation navale. Mais il est essenticl pour la France de posséder quelques grands sous-marins et un certain nombre de croiseurs très rapides capables d'assurer la liaison entre les deux France, la vieille Gaule et l'Afrique du Nord qui constituerait en cas de conflit, un réservoir d'hommes et de matériel, capable de protéger efficacementles convoisquitransporteraientà travers la Méditerranée nos troupes nord-africaines,et même les troupes de l'Afrique occidentale française lorsque le transsaharien sera réalisé.
Fort heureusement, la délégation française a obtenu à Washington, que la France n'ait pas les mains liées de ce côté et aucune limitation de tonnage ne nous est imposée en ce qui concerne le tonnage des croiseurs et. des sous-marins. Grâce à cela nous pouvons dire que la marine française n’est pas morte et qu’une nouvelle marine va surgir, marine composée de croiseurs rapides et degrands sous-marins qui permettra encore à notre pavillon de paraître sans trop d'humiliation dans nos colonies et à l’étranger.
La France n'aura pas tout perdu à Washington.
Century, février 1922. « Natal Efficiency and Economy » in Rev. Pol. et Parl. mars 1922, p. 507.
« Amiral Bacon (Anglais), ancien commandant de la patrouille de Douvres. Amiral Beatty, premier Lord naval anglais.
Amiral D.W. Taylor, ingénieur en chef de la marine des Etats-Unis. Contre le capital-ship : :
Amiral Sir-Percy Scott (Anglais).
Amiral Fisher. «Mettez à la ferraille toute.cette maudite séquelle; la guerre future sera tout entière une guerre de l'air. »
Amiral Hall (Anglais) qui dit dans le Times du 2, mars 1922 : « Un gaspillage criminel, néfaste, misérable, stupide, de l'argent des contribuables anglais, tel est mon jugement sur notre gouvernement s’il sanctionne la construction
de deux bâtiments de ligne»... « Truc de politicien pour attraper les voix des ouvriers des arsenaux «.
1. Les Etats-Unis ont 18.000 kilomètres de côtes et l'Italie 8.500.