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TRAITEMENT DES PÉCHÉS LEGERS

La Didaehé, nous l'avons vu, recommande aux fidèles de « confesser leurs fautes dans rassemblée «. Cette confession publique, qui avait pour objet les péchés légers, était, selon nous, purement rituelle, et a donné lieu au Confiteor que l'on rencontre déjà dans toutes les liturgies anciennes.

Une épître de saint Basile, évêque de Césarée (370-379), y fait, ce semble, allusion. « Chez nous, dit-il, le peuple se lève dès la nuit pour aller à la maison de prière, et après s'être confessés à Dieu dans la peine, dans l'affliction et dans les larmes, se relevant enfin de leurs prières, ils se mettent à psalmodier... A l'aube du jour, tous chantent ensemble, comme d'une seule voix et d'un seul cœur, le psaume de la confession, chacun s'appliquant à soi-même les paroles de la pénitence (1). »

Manifestement, ce sont les fautes vénielles que les chrétiens déplorent ainsi en commun dans leurs réunions quotidiennes, liturgiques ou autres. Mais

(1) Ep. 2)7, n* 3, p. G., t. XXXII, col. 763.

en dehors de cette confession rituelle, les péchés légers devinrent d'assez bonne heure dans l'Église l'objet d'un traitement particulier, dont les ouvrages des Pères conservent quelques traces.

Ces traces, nous les relevons d'abord chez Clément d'Alexandrie. Comme son rêve est de former le vrai gnosiique, c'est-à-dire le chrétien parfait, il déclare la guerre indifféremment à tous les péchés. Il reconnaît que l'àme baptisée peut commettre certaines fautes, sans perdre, comme nous dirions aujourd'hui, l'élat de grâce, quitte à les expier ensuite par une sincère pénitence et par un accroissement de charité (1). N'est-ce pas à ces fautes vénielles qu'il fait allusion quand il dit : « Ce n'est pas la vraie pénitence, mais un semblant de pénitence que de demander souvent pardon pour des péchés que nous commettons souvent », ou encore : « Les continuelles et successives pénitences que nous faisons pour nos péchés ne nous distinguent de ceux qui n'ont jamais cru que par la conscience de pécher (2) ».

Mais cette pénitence demeurait-elle entre l'âme et Dieu un secret dans lequel les tiers, par exemple les prêtres, n'avaient pas à intervenir ? Chose remarquable, dans son Quis clives salvetur, Clément péclare nécessaire que le riche auquel il s'adresse jchoisisse un homme de Dieu pour directeur. Cet omme, « craignez-le, dit-il, révérez-le, parce qu'il

{h Qnis clives salvetur, cap. xxxviii.

(2) Slromata, lib. Il, cap. 13.

passera pour vous des nuits sans sommeil, répandant pour vous ses prières devant Dieu et circonvenant le Père par les litanies accoutumées. Or Dieu ne résiste pas à ses fils qui ont recours à sa miséricorde... Cet homme priera donc purement pour vous qui l'honorez comme un ange de Dieu, et, s^il est contristé, ce sera pour vous et non par vous. C'est là la véritable pénitence (1). »

Nous voyons ici un directeur de conscience qui s'associe à la pénitence du fidèle coupable pour obtenir le pardon de ses péchés. Mais qui Clément désigne-t-il par ce titre de «directeur w, xuocpv/ixYjç, et quelle est sa part dans le pardon qu'il sollicite ?

On a prétendu que le xuê£pvyJTr,ç n'était autre que le véritable « gnostique », le parfait chrétien, même dépourvu du caractère sacerdotal. Et nous ne contesterons pas que plusieurs passages des Stromata et du Quis dives salvetur se prêtent à cette interprétation (2). Il importe, cependant de ne pas oublier que maintes expressions de Clément invitent à voir dans le parfait « gnostique » l'évêque ou le prêtre parfait. Du moins, il est sûr que l'auteur ne perd pas de vue la hiérarchie quand il fait le portrait de son gnostique. Dans l'échelle de la perfection, il signale trois degrés qui correspondent au diaconat, à la prêtrise et à l'épiscopat (3). Il semble donc que son

(1) Qui clives salvetur, cap. xli.

(2) Cf. notamment Stromata, lib, VII, cap, i ; Quis dives salvetur, cap. XXXVI et xli.

(3) Stromata, lib. II, cap. xm.

« directeur », vrai gnostique, est avant tout, sinon exclusivement, un membre élevé de la hiérarchie, un évoque ou un prêtre. Il lui applique, en effet, les qualifications que le Christ réservait à ses apôtres quand il disait : « Vous êtes la lumière du monde et le sel de la terre (1). »

Mais quel est le rôle de cet apôtre dans le pardon des péchés ? Pour bien comprendre la pensée de Clément sur ce point, il faut se souvenir que, suivant ses expressions, « Dieu seul a le pouvoir de remettre les péchés et de rendre les délits non imputables (2) ». D'après ce principe, on conçoit que le rôle de directeur de conscience ne peut consister que dans une médiation enti'e Dieu et l'âme pécheresse. Le xu^Esvr.r/;; est « l'ange de Dieu (3) », comme parl^ Clément, ou encore, pour lui emprunter une autre expression, il est « l'Ange de la pénitence (4) » ; il « répandra des prières devant Dieu pour le pécheur et touchera le cœur du Père par les litanies accoutumées ». Quelle est la teneur de ces prières et de ces litanies? Faut-il y voir une formule d'absolution, je ne dis pas indicative, mais au moins déprécative? Il serait bien hardi de l'affirmer. En tout cas, ces prières ont leur efficacité, car « celui qui reçoit l'ange de la pénitence n'aura pas à s'en repentir quand il quittera son corps ; il ne sera pas

(1) Quis (lices salcetur, cap. xxxvi.

(2, Quis f/ices s'iloetur. cnp. xxxix.

ÇU Q'ds (lires salretur, cap. xi.i.

{i) U'iis aices suloetur, cap. xlii.

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confondi., lorsqu'il verra le Sauveur venir dans sa majesté, et il ne craindra pas le feu (1) ».

Le médecin-prêtre d'Origène, qui recevait les confidences des fidèles coupables de péchés graves, entendait nécessairement aussi l'aveu des péchés légers. Quel remède leur appliquait-il? Il compatissait à leurs peines et gémissait avec eux. Récitait-il sur eux une sorte de Misereatur omnlpotens Deus, équivalent à une absolution de forme déprécative? Nous ne saurions le dire.

Saint Grégoire de Nysse établit nettement la distinction entre les péchés mortels et les péchés véniels. « Enlever les pierres d'un tombeau, sans toucher au corps du défunt, n'est qu'un péché véniel, dit-il ; ainsi le veut la tradition (2). » Il signale, en outre, certains péchés qui lui paraissaient graves et que « les Pères ont laissés sans surveillance et sans soin (3) ». Quel traitement va-t-il leur appliquer? Va-t-il les ajouter à la liste des péchés canoniques? Retenu sans doute par le sentiment de son impuissance, il se contenta de prendre cette simple détermination : (( Comme les Pères, dit-il, ont laissé de côté le soin de ces péchés, je pense que, pour les guérir, autant que cela est possible, il suffira de les dénoncer publiquement dans la didascalie (4). » Mais dans le secret de la confession, comment se

(1) Q'ds clives salvetur, cap. xlii.

■(■^). Ep. canon., eau. 7.

çi} Ibid., can. 6.

(4) Ibid., can. 6.

comportait celui qu*il appelle « l'économe » de la pénitence vis-à-vis de son pénitent? Ici encore nous n'oserions rien affirmer. Usait-il de la formule de récunciliation ? En ce cas, ce serait là pour l'Asie Mineure l'origine de la pénitence sacramentelle privée.

Mais ce qui contribua tout spécialement à développer l'usage de la confession des péchés légers, ce furent les institutions monastiques, qu'on voit naître et fleurir un peu partout en Orient, à partir du iv^ siècle.

Lés moines se proposaient d'entretenir l'âme baptisée dans la pureté la plus parfaite, et pour cela ils déclarèrent une guerre acharnée à ses mauvaises inclinations, source de tout péché. Leur pire ennemi n'était pas le péché mortel, nécessairement rare parmi eux, mais le péché léger dont la fréquence leur paraissait redoutable. « Vous vous flattez d'être juste parce que vous pouvez dire : je ne suis ni fornicateur ni adultère, ni avare, s'écriait saint Macaire l'Égj^ptien. Mais il n'y a pas seulement trois sortes de péché, il y en a mille ; il y a l'arrogance, la témérité, la défiance, la haine, l'envie, la fraude, l'hypocrisie (1), etc. ». Et comme on demandait à saint Basile comment il fallait traiter ceux qui évitaient les péchés graves mais commettaient indifféremment des péchés légers, il répond : « Re-

0) llomilia IV, P. G., t. XXXIV, col. 4C0; cf. col. 472.

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marquez que cette distinction ne se trouve pas dans le Nouveau Testament. Une même sentence est prononcée contre tous les péchés, lorsque le Seigneur dit : Celui qui fait le péché est esclave du péché. Et saint Jean déclare que celui qui n'obéit pas au Fils ne verra pas la vie, et que la colère de Dieu demeurera sur lui. La contumace qui donne lieu à cette menace n'est pas la différence de péché, mais la transgression elle-même. En un mot, s'il nous est permis de dire qu'il y a grand et petit péché, on ne peut nier que tel péché est grand pour celui qui en est dominé, et petit pour celui qui le domine (1). » Evidemment le saint docteur n'a pas l'intention d'abolir la distinction reçue entre les péchés mortels et les péchés qui ne le sont pas, mais il s'efforce de montrer la gravité relative des peccata lemora.

Parmi les moyens proposés pour les guérir ou les déraciner, saint Antoine avait surtout recommandé l'examen de conscience et une sorte de journal intime qui devait servir au coupable de miroir et de conseiller (2). Saint Basile institue à la même fin la confession fréquente. Chaque jour, avant d'aller prendre son repas, le cénobite fera un retour sur luimême, et « s'il remarque dans sa conduite extérieure, dans ses paroles ou même dans ses pensées, quelque chose d'illicite, il le confessera devant la communauté

(1) Regulœ ^raius tractatce, Interrog. 293. P. G. t. XXXI col. r2ss.

(2) Antoaii Vita, cap. 55. P. G. t. XXVI, col. 921.

afin que la prière des frères obtienne la guérison de son mal (1). »

Outre cette confession journalière et publique Basile recommande une confession secrète des péchés dont le traitement exige un soin particulier : « Il faut observer, dit-il, dans la confession des péchés la même règle que celle que l'on suit pour découvrir les maladies du corps. De même que Ton ne découvre pas les maladies de son corps à tout le monde, mais seulement à ceux qui sont capables de les guérir, ainsi la confession des péchés ne doit se faire que devant ceux qui peuvent y apporter remède (2). »

La difficulté est de savoir à quels médecins Basile adressait ses malades. Les protestants veulent qu'il ait eu en vue les hommes expérimentés et doués de charismes qui formaient l'élite des monastères. Et certains rapprochements de textes semblent favoriser cette interprétation (3). Mais si le langage du saint docteur n'offre pas toute la clarté que nous pouvons désirer, les phrases où il applique aux confesseurs médecins des âmes le titre de « dispensateurs des mystères de Dieu » semblent bien indiquer que ces membres de la communauté monastique étaient revêtus de la dignité sacerdotale (4).

(1) Serm. asceticus, n' 5. P. G. t. XXXI, roi. 8S1

(t) HeguLœ breoius traotatœ, Interrog. 229, P. G., t. XXXI, col. i23>. Cf. Interro". ::88, col. 128».

(3) Cf. Vacandard, Heoue du Clergé français, t. XXVI, p. 468» note (i.

1,4; Regulœ brecius tr actatce, ' Inierrog- 288, col. 1281.

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Leur rôle se trouve mieux défini par la façon dont ils exercent leur ministère. Sans doute on ne voit nulle part qu'ils aient employé, pour guérir les âmes pécheresses, la formule qui nous est devenue si familière : Ego te absolvo. Mais ils prient avec leurs pénitents, et, pourvu que ceux-ci aient une véritable contrition, leur prière a la vertu de remettre les péchés ou, pour mieux dire, d'obtenir cette rémission, puisqu'en réalité, « Celui qui remet les péchés n'est autre que Dieu lui-même (1). » Le confesseur et le pénitent doivent unir leurs prières d'après la recommandation du Sauveur : Si duo ex vobis consenserint . « Comme Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive, si le pénitent, dit saint Basile, a la componction du cœur et se soumet aux avis du confesseur qui le semonce. Dieu très clément lui accordera le pardon de tout péché, pour lequel ils solliciteront sa miséricorde. Mais si celui qui est gourmande ne se joint pas de cœur à celui qui le gourmande, le pardon n'est pas accordé ; il se forme plutôt alors un lien, selon les paroles suivantes : Ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel (2). » Tl est bien difficile de ne pas reconnaître dans ce pouvoir de lier et de délier, que saint Basile attribue aux médecins des âmes, la prérogative réservée parle Seigneur aux

(1) Regulœ brevius tractatœ, Interrog. 12.

^2) Eequlce brevius tractatœ, Interrog. 261, col. 1260.

apôtres et à leurs successeurs revêtus de la dignité sacerdotale (1).

Ces idées, préconisées dans tout l'Orient, dès le iv^ siècle, firent leur chemin. Si la part du directeur de conscience n'est pas bien déterminée dans les ouvi-ages des premiers Pères grecs, s'il n'est pas probable qu'ils aient prononcé une véritable absolution sur leurs pénitents qui ne confessaient que des péchés légers, cette absolution paraît moins douteuse à partir du jour où se répand la vie monastique avec ses exigences de purification et de saintet('i .

En Occident, le traitement des péchés légers est également rempli d'obscurités. Dans ses ouvrages qui ont trait à la discipline pénitentielle, saint Cyprien a surtout en vue les péchés graves. Toutefois, incidemment, il laisse entrevoir sa pensée sur le traitement des peccata leoiora. D'une façon générale, il enseigne que tout homme et même tout fidèle baptisé commet des fautes (2). Mais il s'élève énergiquement contre la théorie des stoïciens qui prétendent que toutes les fautes sont égales (3). Il y a donc une échelle des péchés : au plus haut degré sont les péchés tout à fait odieux, tels que l'idolà-

(1) Cf, sur les objections de M. Karl Holl, Vacandard, Reoue 'lu Clergé français, t. XXVI, p. 470, note 2. Nous ne contestons pas que des moines, non prêtres, aient été direct -urs d aines et a ce titre aient entendu les confessions ; mais les prêtres seuls, ce seml)le, étaient autorisés à donner l'absolution.

(2) De Orat'one dominica, cap. xxii, P. L. t. IV, col. 534.

(3) Ep. 55, ad Antonianu/n, cap. xvi, P. L. t. III, col. 7^2.

trie et Tadultère ; au plus bas les péchés quotidiens auxquels la fragilité humaine ne saurait échapper ; entre deux certaines fautes d'une gravité relative où il entre quelque malice de la volonté. Malheureusement le saint évêque ne nous indique pas quels p)chés il faisait entrer dans chacune de ces classes. En tous cas, si certains peeteata leoiora étaient soumis à la pénitence publique (1), les péchés vraiment légers n'y étaient sûrement pas assujettis. On ne voit môme pas que saint Cyprien ait songé à leur appliquer le pouvoir des clefs. La prière de chaque jour en pouvait obtenir le pardon (2).

Tertullien soumettait sans doute à la même discipline les péchés qu'il appelle mocUca (3).

Saint Augustin a eu cent fois l'occasion d'exprimer sa pensée sur la classification des péchés, et toujours il les a divisés en trois catégories, par comparaison avec les moyens que Dieu a établis pour leur rémission (4). Outre le péché originel et les péchés actuels que remet le baptême, « il y a, dit-il, les pjchés véniels sans lesquels cette vie n'est pas possible, sunt venlalia sine quibus vlta ista non est (5), et les péchés mortels pour lesquels il est nécessaire de séparer le coupable du corps du Christ, c'est-à-

(1} De Lapsis, cap." xvi ; Ep. 9, n* 1.

(2) De Oratione doininica, cap. xxii, loc. ciU

(3) De Pudicitia, cap. i.

'4) De Symbolo ad Ccaecluun ^ Serin. 1, n" 15-16; Enchirv dion, cap. XVII : Serin. 56 in Matthœum vi, cap. xii ; Serm. 351* cap. vii-viii ; l'J/i. 153, cap. xv, etc.

(5) De Syinboio ad Catec/iu/n., lue. cit.

bb LA CONFESSION SACRAMENTELLE

dire de l'Eglise. » Mêaie les fils de Dieu qui sont conduits par l'Esprit-Saint ont des défaillances et pèchent quelquefois. Mais il faut faire une distinction : « De ce que tout crime est un péché, il ne s'ensuit pas que tout péché soit crime (1). » « Quels sont les péchés légers et quels sont les péchés graves? Cela doit se peser, non au jugement de l'homme, mais à celui de Dieu (2). » Et le saint docteur en appelle au Décalogue et à saint Paul pour déterminer les péchés qui entraînent la mort spirituelle de l'àme et méritent l'enfer (3). En dehors de ces péchés, «il y en a, dit-il, une infinité d'autres, en paroles, en rires, en gourmandise, en désirs immodérés du gain ; chacun peut en trouver au fond de son cœur, pourvu qu'il se regarde dans le miroir des divines Écritures (4). » C'est une poussière qui ternit, une gale qui mine et déshonore la beauté de notre âme (5), quand elle ne finit pas par la tuer.

Le remède à tous ces maux est indiqué. Nulle part saint Augustin ne recommande le recours au prêtre et la confession pour ce qu'il appelle les « péchés véniels». Ils sont remis, dit-il, par la vertu de l'oraison dominicale ou même simplement par l'aumône (6). A maintes reprises, il revient sur la valeur

(1) Enchiridion, cap. xvii.

(2) Enchiriflion. cap. xvii,

(3) Serin. 351, cap. mi.

(4) Serm. 351. cap. vin ; cf. Serm. 56 in Matth. VI, cap. xn.

(5) Serm. 351. cap. iv-v.

(6) Serm. 56 in Matth. VI, cap. xii.

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expiatrice de la demande contenue dans l'orciison dominicale : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés (1). » Et à ce propos, il s'écriait un jour : « Chaque jour, nous frappons notre poitrine. Nous-mêmes, évoques, assistant à l'autel, nous le faisons avec tout le monde (2). »

En Espagne, saint Pacien (fin du iv® siècle) classait « une forêt de délits », pour employer ses expressions (3), parmi les péchés légers. A quel traitement les soumettra-il ? Il enseigne qu'ils peuvent être guéris par la compensation des bonnes oeuvres. Ainsi « la ténacité sera expiée par l'humanité, l'injure sera compensée par une réparation, la tristesse par l'aménité, la dureté par la douceur, la légèreté par la gravité, la perversité par l'honnêteté, bref les contraires par les contraires. » Mais on n'aperçoit pas la part du prêtre dans la rémission de ces péchés.

Cependant Pacien déclare ailleurs, à propos du pouvoir d'absoudre, que l'Eglise a le pouvoir de remettre tous les péchés, quels qu'ils soient, grands et petits. Quœcumque solveritîs, inquit, omnino nihil excipit ; quœeamque, inquit, vel magna, vel modica (4). Mais

(1) De SymboLo ad caiechum. Serin. 1, cap. xv ; Enchiridcon, cap. xviv ; Serin. ^51, cap. vi ; Serm. 352. cap. vu ; etc.

(2) Serm. 351. cap. vi.

(3) M Silva delJctorum. » Parœnesis ad Pœnitentiam, cap. ii. P. L. t. XIII, col. 1083.

(4) Ep, III ad Sempronianum, cap. xii, P. L., t. XIII. col.

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comme il s'adresse aux Novatiens, il n'est pas sur que les modica dont il parle ne soient pas les péchés auxquels ceux-ci accordaient le pardon, par opposition aux magna qu'ils considéraient comme irrémissibles. Dans cette hypothèse son texte ne nous fournirait aucune lumière sur le traitement des péchés vraiment légers, en Es[>agne, au iv® siècle.

En Gaule, vers la fin du iv® siècle, saint Victrice, évoque de Rouen, recommande avec une particulière instance, pour obtenir le pardon des péchés, un moyen assez rarement indiqué : l'intercession des saints (1). Chose remarquable, c'est aux saints qu'il applique les paroles de saint Jean et de saint Matthieu, « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et celui que vous lierez sera lié (2). » Plus loin, il précise sa pensée, en signalant les saints comme des avocats à qui il faut révéler nos fautes, pour qu'ils puissent plaider notre cause devant le Souverain Juge (3). Évidemment cette théorie n'offre rien d'incompatible avec la discipline pénitentielle applicable aux péchés mortels. L'intercession des saints est surtout efficace, en dehors de l'intervention sacerdotale,pour la rémission des fautes vénielles.

Saint Ambroise, ami de saint Victrice, ne semble connaître que deux sortes de péchés : les péchés graves et les péchés légers (4). Cette division correspond

(1 » De Laude Sanctorum, cap. \i, éd. Tougard, p. 23.

(2) Ibul., cap. VII, p. 25.

(3) Jbid., cap. xii, p. 35.

(4) De Pœnitentia, lib, II, cap. xx.

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absolument à celle de saint Augustin. Comme saint Augustin aussi, l'évèque de Milan enseigne que les péchés légers sont expiés par la pénitence de chaque jour, par la prière, l'aumône, et d'autres œuvres pies. Si Ambroise entendait en confession des fidèles qui s'accusaient uniquement de fautes légères, prononçait-il sur eux la formule de l'absolution ? Rien ne nous autorise à l'aftirmer.

L'épître de saint Clément aux Corinthiens témoigne que, dès le i^'* siècle, le soin des pécheurs préoccupait l'Église de Rome. « Prions, dit l'auteur, pour ceux qui tombent dans quelque péché (1). » Mais les documents romains ne nous fournissent guère de renseignements sur le traitement des péchés véniels. A l'occasion du Carême et de l'approche du temps pascal, saint Léon (440-461) invite les fidèles à la pénitence. Tous ont besoin de pardon. Sans doute chacun d'eux n'a pas le même motif de l'implorer : « Le péché diffère du péché et le crime diffère du crime en maintes manières (2) ». Mais « il n'y a personne qui soit sans péché (3) ». Il faut enlever du miroir de Tàme jusqu'au moindre grain de poussière qui la salit^ jusqu'à la plus légère fumée qui la ternit (4). Par quels moyens ? Par la largesse des aumônes et par le pardon des injures, par le jeûne

(1) Ep. ad Corinth., cap. lvi, P. G., t, I. col. 321.

(2) Serm. 50, cap. i, P. L., t. LVI,. col. 306.

(3) « Nemo non peccat ». Ibid., cap. m.

(4) Serm. 43, cap. m, col. 283.

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