‹ La ConfessionChapitre 21 sur 58 · D IX · texte numérisé non relu

D IX

L’exomologèse est la discipline qui prescrit à l’homme de se prosterner et de s’humilier en s’im- posant un régime de nature à attirer sur lui la misé- | ricorde. En ce qui concerne la mise et la nourriture, elle veut qu’on couche sous le sac et la cendre, qu’on s’enveloppe le corps de sombres haillons, qu’on abandonne son âme à la tristesse, qu’on corrige par de rudes traitements les fautes passées ; elle. ne - connaît d'autre part qu’un boire et qu’un manger tout simples, tels que le demande le bien de l’âme et sl non le plaisir du ventre. Le pénitent alimente d’or- - dinaire les prières par des jeûnes, il gémit, il pleure, il mugit jour et nuit vers le Seigneur son Dieu, il se roule aux pieds des prêtres, il s’agenouille devant ceux qui sont chers à Dieu, il charge tous les frères d’être ses intercesseurs pour obtenir son pardon.

Un peu plus loin (XI, 1-2), parlant des pécheurs qui devraient se soumettre à l’exomologèse, Tertullien dit encore :

Qu'est-ce, st, en dehors de la honte qui est leur principal souci, ils redoutent aussi la mortfication du corps, parce qu’il leur faut vivre sans se baigner, :

sous les vêtements écarlates, sous la pourpre de Tyr, qu’il nous faut supplier Dieu pour nos fautes ?

Dans le traité De la Pudicité (XIII, 7), Tertullièn, devenu montaniste, fait le tableau suivant de la pénitence, telle qu’elle se pratiquait dans l’Église catholique elle-même, qu’il accuse pourtant de relâchement :

Eh quoi ? quand toi-même (il s’agit de l’évêque catholique) tu introduis dans l’église, pour supplier

ses frères, l’adultère pénitent, tu l’agenouilles en

public, couvert d’un cilice, souillé de cendres, dans une attitude humiliée et propre à inspirer l’épouvante, devant les veuves et les prêtres. Il cherche à attirer sur soi les larmes de tous, il lèche la trace

de leur pas, il embrasse leurs genoux.

Une trentaine d'années après Tertullien, saint Cyprien, parlant d’une femme qui, pour avoir apostasié pendant la persécution de Dèce, aurait dû faire une rigoureuse péni-

tence, considère comme un crime qu’elle se

soit baignée, et voit dans la mort qui l’a frappée une juste punition de son impénitence :

Une femme étant dans le bain (car il ne manquait plus que cela à son crime de se baigner après avoir

LA SATISFACTION tbe perdu la grâce du bain salutaire), devint possédée de l'esprit immonde... et mourut quelque temps après dans les douleurs d’une colique effroyable

D (De lapais, XXIV)

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