III — LA RÉCONCILIATION EST UN ACTE DE DISCIPLINE EXTÉRIEURE
Mais que ce fût par l’intermédiaire des Spirituels ou par celui des évêques, quand ceux-c1 furent devenus les dépositaires offciels de l'Esprit, il n’en est pas moins vrai que tous, montanistes ou catholiques, reconnaïssaient à l’Église le pouvoir de remettre les péchés. Tertullien dit encore à Calliste :
L'Éolise, dis-tu, a le pouvoir de remettre les péchés. Je le reconnais et le proclame plus volontiers encore que toi (De pud., XXI, 7).
Seulement quel sens attachait-on à cette formule : « L'Église a le pouvoir de remettre les péchés ? » Cette rémission atteignait-elle le for intérieur ou s’arrêtait-elle au for extérieur?
Logiquement, il semble qu’elle eût dû … s'étendre à l’un et à l’autre, puisque l'Église | était l’Esprit et que l'Esprit était Dieu, dont . la toute-puissance sur les âmes elles-mêmes - ne pouvait être mise en doute. Cependant on n’alla pas jusqu’au bout des conclusions que Ja logique autorisait, et l’on s’en tint au for extérieur.
: Comme V excommunication qui avait inauguré la pénitence publique, l’absolution. qui :
ment extérieure, qui n’atteignait pas l’âme ù du pécheur, au moins directement ou immé- - diatement. Quand l’évêque, par la première imposition des mains, excommuniait solen- nellement un coupable, il ne voulait déclarer
s'était rendu indigne de faire partie de la paré, par sa propre faute, du corps du Christ.
sition des mains, il n’avait nullement la pré-.
son repentir et ses mortifications volontaires, avait déjà obtenu de Dieu son pardon. Par elles-mêmes, l’excommunication et l’absolution ne modifiaient en rien les rapports intimes du pénitent avec Dieu ; l’excommunication n'avait pas aggravé sa culpabilité, l’absolution ne la diminuait pas. Tout cela se passait dans le domaine du monde extérieur.
L’évêque ne réconciliait le pénitent avec lÉglise que parce qu'il le jugeait pi bis ment réconcilié avec Dieu.
tention d’ Hate la tache dont il s était souillé, mais il supposait que le pécheur, par
y mettait fin était un acte de discipline pure-
. par là qu’une chose : c’est que ce pécheur
communauté chrétienne et qu'il s'était sé-
Et quand il l’absolvait par la dernière 1 impo-. su
* À plusieurs reprises, saint Augustin met cette pensée fortement en relief par la comparaison du pécheur avec Lazare. Qu’on relise en particulier le fragment du sermon 382 que nous avons cité plus haut à propos de la confession. Lazare mort est la triste image du
-pécheur. C’est le Seigneur qui, par sa puis-
sance divine, ressuscite le cadavre déjà en putréfaction ; les disciples ne font que débarrasser de ses liens le ressuscité. De même, c’est le Seigneur, le Seigneur seul, qui, par sa
grâce toute-puissante, ressuscite l’âme du
pécheur, en lui inspirant le repentir de ses fautes et en l’amenant à les confesser et à les expier. Quant à l’évêque, son rôle se borne à délivrer le pécheur des liens de la pénitence publique. En l’excommuniant, l’évêque l'avait lié ; en l’absolvant, il le déliait : c’est en ce sens qu’on expliquait le pouvoir donné
à l'Église de lier et de délier.
Les fameuses paroles de Jésus à ses disciples : « Déliez-le (Lazare) et laissez-le aller », les théologiens romains les citent avec com-
plaisance comme une preuve du pouvoir donné
à l’Église de remettre les péchés. Or, aux yeux de saint Augustin et des autres Pères, c’est
tout juste le contraire : pour eux, ces paroles,
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