V. — Les RÉCONCILIATIONS À L'ARTICLE Fe DE LA MORT
Reste la grave question des absolutions in extremis, c’est-à-dire à l’article de la mort, Sur ce point, la discipline pénitentielle a varié d’une Église à l’autre et d’une époque à PT À É . 7 > \
autre dans la même Église. Il y à d’ailleurs plusieurs cas à distinguer. A Voici, par exemple, un adultère, un apos-
tat, un homicide, au temps où ces. crimes étaient encore jugés impardonnables. Que faisait l’Église ? Laissait-elle mourir sans : aucun secours religieux les malheureux excommuniés, même s’ils avaient fait toute leur | vie une pénitence exemplaire ?
» 1. De toutes les questions pénitentielles qui ont agité
l’Église au cours des trois premiers siècles, la plus grave sans … contredit est celle des péchés irrémissibles. Mais, comme ellé n'intéresse pas directement la confession, nous sommes - obligés de la passer sous silence.
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= 400 LA PÉNITENCEŸ PUBLIQUE
À s’en tenir aux textes de Tertullien et.
même à certains passages de saint Cyprien, il semble bien que l’Église, tout en prêchant à ces pénitents l'espérance en la miséricorde divine, les laissât s’arranger tout seuls avec Dieu, sans intervenir aucunement. Le concile. de Carthage de 251 décida de réconcilier, au moins au lit de mort, les apostats ( sacri ficatt q qui feraient pénitence immédiatement, mais.
de refuser toute absolution, même à l’ articles de la mort, à ceux d’entre eux qui auraient différé jusque-là leur pénitence. Voici comment s’exprime saint Cyprien dans une lettre où 1l rend compte à l’évêque Antonien des.
décisions du concile de Carthage :
Quant à ceux qui ne font pas pénitence de tout. leur cœur et qui ne manifestent pas (dès maintenant) par des signes extérieurs le repentir de leurs péchés, nous avons été d’avis de leur ôter toute espérance de communion et de paix, s’ils ne commencent à la demander que dans la maladie et le danger. Car ce qui les pousse à demander (la paix), ce n est pas le repentir du péché, mais la peur de la mort ; et celui-là ne mérite pas de recevoir des console
tions au moment de la mort, qui n’a pas songé LE ñl mourrait (XXII).
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| — Cinquante ans après Ésint Cyprien, au début du 1ve siècle, le concile d’'Elvire, dans
ommunion, même à Lil de la mort, certaines nr de pécheurs :
* Canon I. — L’adulte qui, après avoir reçu la foi d et le baptême du salut, entre dans un temple pour - faire acte d’ idolâtrie, ce qui est le plus grand des crimes, sera privé de la communion, même à ses derniers moments.
. Canon II. — Les flamines qui, après avoir reçu la foi du baptême et de la régénération, ont sacrifié (aux idoles), seront privés de la communion, même à leurs derniers moments.
__ Canon VI. — Si un homme en a fait mourir un “autre par des maléfices, attendu qu'il n’a pu per- * pétrer ce crime sans recourir à l’idolâtrie, on ne lui ‘accordera pas la communion, même à ses derniers moments.
Il y a toute une série de canons de ce - genre. D’autres conciles, comme celui d’Ancyre, en 314, montrent plus d'humanité.
Et le grand concile de Nicée, en 325, déclare D dans son canon XIII : |
À l'égard: des moüranis,! où continuera d'observer r' ancienne règle: canonique, d’ su Taquelié ‘ le
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plusieurs de ses canons, prive encore de la
nécessaire viatique.
Il y a donc eu des temps et des pays où … l’Église laissait mourir sans secours, même s'ils avaient fait pénitence, les chrétiens
mourant ne doit pas être privé du dernier et très |
coupables de certains crimes. Dans d’autres
cas, elle accordait la réconciliation, à l’article
de la mort, à ceux qui avaient fait pénitence
pendant leur vie et ne refusait ses consola- :
üuons qu’à ceux qui avaient différé jusqu’au ht de mort leur conversion.
grès incessants de l'esprit d’indulgence, l'Église n’y regarda plus de si près et accorda
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Enfin il vint un temps où, grâce aux pro-
le bénéfice de la pénitence et de l’absolution à à tous les pécheurs en danger de mort, même à
à ceux qui, ayant perdu connaissance, ne
pouvaient plus donner aucun signe de repen- :
au temps de saint Augustin :
Notre mère l’Église, écrit-il, ne veut pas que les
tir. Cette évolution était déjà accomplie
pénitents eux-mêmes quittent celte vie sans le Le
gage de sa paix (De conjugiis adulterinis, I, 35),
Maïs qué:.valaient, sux yeux dés. Pères, cette pénitence et cette absolution in extre-
ce et 91e
ï, saint Augustin D éme. est au moins d’un de ses contemporains :
Quand on attend à être en danger de mort pour
vous l’avoue, nous ne one pas ce qui nous est demandé, mais nous ne garantissons pas le salut. ou qui attend le dernier moment pour faire péni- *
| je puis donner la Re mais je ne puis dontel Ja sécurité.
Voici comment les choses se passaient.
Alors comme aujourd’hui, nombre de chrétiens croupissaient toute leur vie dans le péché et restaient sourds aux exhortations qu’on leur adressait de faire pénitence. Puis,
l’on demandait pour eux, les secours de la religion. L'évêque, ou plus généralement un prêtre, accourait à leur chevet. Il s’agissait, qu on me permette l'expression, de bâcler ‘en quelques instants deux cérémonies qui,
PRE) ? © est ce que nous apprend le pateage | suivant du sermon 393, qui, s’il n’est pas de
D de la pénitence, la recevoir, se faireimmédiaement après réconcilier, puis quitter ce- monde, je (Re
en présence de la mort, ils demandaient, ou
dans les conditions normales, étaient sépa-
rées par un long intervalle de temps : par
une première imposition des mains, le prêtre.
accordait la pénitence, c’est-à-dire excom<
“muniait le mourant et le mettait au rang des
pénitents publics ; puis, tout de suite après, par une seconde imposition des mains, il l’absolvait et le réintégrait dans l’Église.
Rien ne manquait, sauf la pénitence ellemême du pécheur. Voilà pourquoi les Pères se montrent en général si inquiets sur l'effet auprès de Dieu de ce simulacre, on pourrait presque dire de cette parodie de la pénitence publique.
Le malade se confessait-il ? — S'il s’agissait d’un pécheur ayant accompli l’exomologèse canonique, c’est-à-dire s’étant soumis, en présence du clergé et de la communauté, à la première imposition des mains qui le rangeait parmi les pénitents publics, il n’avait
rien à ajouter, et le prêtre se contentait de
lui faire la seconde imposition, celle qui conférait la réconciliation ecclésiastique, S’agissait-il, au contraire, d’un pécheur plus ou moins occulte, ayant dissimulé toute sa vie, pour se dérober à l’humiliation de la pénitence publique, l’état malheureux de sa
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à L’ABSOLUTION 105
conscience, ai fallait bien, s’il avait encore la force de Dale qu il dit au prêtre pourquoi on le faisait venir et qu’il lui révélât son péché.
: Mais, qu’on le remarque bien, la .
.. même dans ce cas, n’avait presque rien de. commun avec la bidon actuelle. Le but en était tout différent. Ce que le pénitent attend aujourd’hui de l’absolution qui couronne sa confession, c’est le pardon auprès de Dieu. A l’époque qui nous occupe, le pardon divin était supposé obtenu d'avance, en vertu des dispositions intérieures du pénitent ; ce : que celui-c1 demandait à l’absolution, c'était la réconciliation avec l’Église, dont le pardon divin était la condition préalable et néces- saire. Toute faute mortelle mettait le coupable, sinon toujours extérieurement et en fait, du moins en droit, au ban de l’Église.
Or on ne voulait pas paraître devant Dieusans avoir été réintégré dans cette arche mystique, hors de laquelle, pensait-on, il n’y avait pas de salut.