VI. -— PoRTÉE TOUT EXTÉRIEURE DES ABSOLUTIONS
— Une lettre de saint Denys d'Alexandrie à Fabius, évêque d’Antioche, met bien en lumière la portée qu’on attribuait alors à l’absolution en général et à l’absolution in
extremis en particulier :
Il y avait chez nous un certain Sérapion, fidèle vieillard qui avait longtemps vécu sans reproche et
avait succombé dans l'épreuve (de la persécution de Dèce). Il demandait souvent qu’on le réconciliât et personne ne l’exauçait ; il avait en effet sacrifié.
I devint malade et fut trois jours de suite sans parole et sans connaissance. Allant un peu mieux le quatrième jour, il appela son petit-fils et lui dit : « Jusques à quand, Ô enfant, me laisserez-vous à l'écart ? Je le demande, exaucez-moi et vite absol-
vez-moi, appelle-moi un des prêtres », et, après ces
paroles, il fut de nouveau sans voix. L'enfant courut
chez le prêtre, mais il était nuit et celui-ci était malade ; il ne pouvait pas sortir. D'autre part, javais PA l’ordre que les moribonds, s'ils le
réclamaient et surtout s’ils l'avaient demandé auparavant, fussent absous, afin qu’ils mourussent dans l'espérance. Le prêtre donna un peu de l’eucha-
ristie à l'enfant, lui recommandant de la mouiller |
et de la glisser dans la botte du Voie L’ Pa A
rentrait portant (ce qu 1] avait reçu du prêtre) ;
ilétait proche de la maison, et, avant qu'il fôtentré, |
Sérapion revint à lui de nouveau : ( Viens-tu, dit-
il, mon enfant ? Le prêtre n’a pu venir, mais toi, fais
vite ce qui t’a été ordonné et délivre-moi, » L” enfant |
mouilla l’eucharistie et la fit aussitôt couler dans la bouche du vieillard ; celui-ci en avala un peu et subitement rendit l’âme. N’était-il pas manifeste- ‘ ment gardé en vie, n’était-il pas resté jusqu’à ce : is
qu'il fût absous, que sa faute fût remise, à cause des
nombreuses bonnes actions ‘qu'il avait faites, at
qu’il pût être reconnu comme chrétien ! l» EUR
HE. L VI, ch. XLIV). HS
Ce que réclame le vieil apostat, c’est de rentrer dans la communion de l'Église, de mourir en paix avec l'Église.
Le prêtre ne prononce aucune formule d’absolution, il ne se rend même pas auprès du Monbond : il se contente de confier l’eu- charistie à ie enfant, en chargeant celui-ci de l’administrer au vieillard pénitent. Comme. la privation du corps et du sang du Seigneur avait signifié, pour Sérapion, son exclusion du sein de l’Église, ainsi la participation à l’eucharistie était maintenant pour lui le signe et le gage de sa réintégration. Saint
Denys d'Alexandrie trouve ce procédé d’absolution si régulier et si ingénieux, qu'il le cite en exemple à son correspondant ; et Eusèbe de Césarée, qui transcrit cette lettre einquante ans plus tard, au début du rv® siècle, est encore du même avis. Mais c’est une histoire dont les théologiens d’aujourd’hui se passeraient volontiers et qui les embarrasse fort.
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