‹ La ConfessionChapitre 39 sur 58 · Préceptes et j de Migne, tome · texte numérisé non relu

Préceptes et j de Migne, tome

ugements de saint Pacôme, Patrologie latine ï

hate, expulsés de l’enceinte du couvent et

battus de verges.

Ce système, inauguré dès que fut fondé le premier couvent (vers 320), alla toujours en se complétant et se perfectionnant. Il subsiste encore aujourd'hui, bien que sous des formes moins rudes. Maïs, au moyen âge, il

battait son plein : toutes les fautes des moines

étaient punies avec rigueur, d’après un tarif minutieusement réglé.

En voici quelques exemples. Dans la Règle commentée de saint Benoît, nous lisons :

Si un moine est convaincu de vol, il recevra

trente-neuf coups de fouet. — Celui qui s’entretiendra seul à seul avec une femme sera puni ou d’un

jeûne de deux jours au pain et à l’eau, ou de deux cents coups de fouet (chap. IV, 164). ”

Dans la Règle de saint Fructuosus, äl est dit :

Celui qui sera surpris à causer seul à seul avec une

- femme, recevra cent coups de fouet ; à la seconde * récidive, il sera flagellé de nouveau, puis jeté en

prison ; s’il ne veut pas se soumettre à ces pémtences, il sera expulsé du monastère.

LM PR ENL T NES OES N ET FRE, Pr: ce; AS

Le moine fervent, tombé dans quelque | faute, n’attendait pas d’être dénoncé, mais venait s’accuser lui-même au chapitre.

Quand des religieux, au commencement du moyen âge, se firent missionnaires, quand cértains monastères devinrent des centres

d’évangélisation, quand les Églises de pays

entiers furent gouvernées par des moines,

ceux-ci imposèrent tout naturellement à leurs ouailles la discipline pénitentielle qu’ils

pratiquaient eux-mêmes. C’est ainsi que la

pénitence tarifée, jusqu’alors renfermée dans lenceinte des couvents, en sortit pour s’ap-

pliquer aux laïques et se séculariser.

IE —— Le WEnrGeLp.

Il se trouva justement que les peuples sur

lesquels s’exerça l’apostolat des moines étaient parfaitement préparés à comprendre et à admettre cette discipline. Chez les Germains, qui envahirent l'empire romain à partir du v® siècle, régnait, depuis un temps immémo- rial, une coutume très particulière, appelée le wehrgeld : à peu près tous les délits pou-

väient être compensés par le paiement d’une somme d'argent; pour Île meurtre d’un

la dignité de la personne offensée, blessée ou tuée ; par exemple, le meurtre d’un Franc coûtait plus cher que celui d’un Gallo-romain, le meurtre d’un homme libre plus que

coutume et appliquées par l'autorité judi-

contenaient des tarifs de composition.

familiers avec l’idée qu’à chaque faute grave correspondait une réparation ou compensation précise et prévue. Ïls n’eurent donc aucune peine à transporter cette conception du domaime eivil dans le domaine spirituel et ecclésiastique.

Du reste, l'ancienne. forme de la pénitence n'était guère faite pour eux. L’exclusion des exercices religieux et la privation de la com- . mumion eucharistique eussent laissé ces rudes barbares à peu près indifférents. Quant à leur demander, comme c'était le cas dans l’ancienne discipline pénitentielle, de se priver

homme, tant ; pour coups et blessures, tant.

Naturellement, cette somme variait suivant

ciaire. La Loi Salique et la Loi des Ripuaires

Dès avant leur conversion au Christiamisme, les peuples germaniques étaient donc

celui d’un esclave. D'ailleurs ces compensations n'étaient pas laissées à l'arbitraire des parties : elles étaient prévues par la loi ou la

de l’usage du mariage, de se démettre des fonctions publiques et surtout de renoncer au métier des armes, il n’y fallait pas songer. Au contraire, richete aus laure grave par un nombre ro de jours de jeûne, ou, encore mieux, par le paiement d’une somme d'argent, c'était pour eux une chose toute naturelle. La pénitence tarifée trouvait donc ici un terrain merveilleusement préparé.

[IL — Les ILEes BRITANNIQUES, PATRIE DE LA PÉNITENCE TARIFÉE.

Si maintenant nous interrogeons l’histoire, elle nous apprend que, de fait, c’est chez les peuples barbares, et chez les peuples barbares évangélisés par des moines, que la pénitence tarifée a pris naissance. Sa première patrie est l'Irlande et la Grande-Bretagne ; c'est de là qu’elle s’est répandue, d’abord dans les pays francs et germaniques, puis, beaucoup plus tard, en Italie et en Espagne.

Vers le milieu du vre siècle, l'Irlande avait reçu une évangélisation An Ce d’un caractère nettement monacal. Les a Finnian, Brendan, Colomban l’Ancien, Comgall avaient couvert T'ile entière d’un réseau de monas- |

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tères. C’est d'Irlande que sortit saint Colom- ‘ban (f 615), fondateur des célèbres monastères de Luxeuil en France et de Bobbio en

Italie. Saint Augustin de Cantorbéry (f 605) était moine et prévôt du couvent du Coelius, à Rome, quand saint Grégoire le Grand l’envoya, en 597, évangéliser les Anglo-Saxons.

Saint Boniface, apôtre de l'Allemagne, mort martyr en 7b5, était lui-même un moine anglo-saxon. À peine installé en Allemagne, l’un de ses premiers soins fut de fonder un

. monastère à Ohrdruf en Thuringe (vers 724).

C’est dans ces Églises, directement soumises aux influences monacales, en Irlande et en Grande-Bretagne, qu'apparaissent les premiers tarifs pénitentiels. Le plus ancien grand Pénitentiel connu est celui de Théodore, archevêque de Cantorbéry (f 690). Sans doute cet ouvrage ne date que de la fin du vrre siècle; mais 1l faut remarquer qu’il est une compilation, faite à l’aide de Pénitentiels plus anciens, dont quelques-uns remontaient Jusqu'aux origines mêmes de l’église monacale irlandaise.

Nous voyons les Pénitentiels éclore, pour ainsi dire, sous les pas des moines missionnaires qui, comme saint Colomban, saint

Be

Boniface et leurs disciples, quittent les Iles Britanniques pour évangéliser les pays francs et germaniques. On en trouvé un peu partout . en Allemagne et en France. L’un des plus :

— célèbres est celui de Burchard, évêque de . Worms (vers 1015). Au contraire, les pays | latins ét surtout l'Espagne ne nous en ont laissé qu’un petit nombre.

no L'ancienne pénitence publique et uni- .

forme tombait partout en désuétude. Dans … Jes Îles Britanniques, elle ne semble pas avoir Jamais existé. En tout cas, elle y était inconnue au temps de Théodore de Cantorbéry, qui nous déclare nettement :

Dans cette province (la Grande-Bretagne) il n°y à ï pas de pénitence publique (Pénitentiel, chap. XIV).

: Dans tous les pays, même latins, elle fut ” finalement remplacée par la pénitence tarifée. . Comme bién l’on pense, cette révolution ne se fit pas en un jour : commencée au vie siècle, elle ne fut parachevée qu’au xre, Dans beau- À coup d’Églises, les deux formes de pénitence Coexistèrent pendant longtemps, et c’est cette confusion dans les pratiques qui explique la confusion des témoignages relatifs à la pénis tence pour cette période. j

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