V. -— LA SATISFACTION RÉDUITE
Quant à la satisfaction, elle avait été presque tout sous le régime de la pénitence publique et sous celui de la pénitence tarifée. Du temps de la pénitence publique, l’absolution, c’est-à-dire la réintégration dans la communauté, n’était accordée qu'après achèvement complet de la satisfaction. Au temps de la pénitence tarifée, c’était l’accomplissement des mortifications imposées qui valait au pécheur son pardon. Les tarifs péniten-
158 LA CONFESSION SACRAMENTELLÉ
tiels n'avaient pas d’autre but que d’assurer
l'efficacité de la pénitence par l’exacte pro-
portion entre la faute et la sanction.
… Maintenant, sous le régime de la pénitence sacramentelle, la satisfaction acquiert une
importance théorique qui l’annihile presque entièrement dans la pratique.
Autrefois, en effet, la satisfaction n’avait qu'une valeur morale, incertaine. Quelque austère que fût l’expiation, on n’était jamais
sûr qu'elle suffît à apaiser la justice de Dieu.
. Aujourd'hui, ce n’est plus une simple espérance que donne le sacrement, c’est la certitude du pardon. Précisément parce qu’elle est sacramentelle, la satisfaction imposée par le. { confesseur a une valeur particulière. N’est-
à elle pas, en effet, avec la contrition et la k confession, la matière prochaine du sacrement | de pénitence ? Alors à quoi bon rebuter les pécheurs par des pénitences trop longues et
trop dures, puisque la plus légère pénitence, | du moment qu’elle est sacramentelle, suffit ? :
é Et encore le prêtre n’attend même plus, pour donner l’absolution, que le pécheur ait accompli sa pénitence ; il se contente de l’intention. | En pratique, l'honneur de faire partie
intégrante d’un sacrement a été plus fatal encore à la satisfaction qu’à la contrition.
Si nous voulons nous rendre compte de la
décadence progressive de la satisfaction,
nous n’avons qu'à considérer le cas d’un
chrétien coupable d’adulière. Avant Calliste, il était, au moins dans certains pays,
exclu de l Hole pour toujours et condamné
à une pénitence sans espoir de pardon en ce monde. Plus tard, il put entrevoir sa réintégration future, mais seulement après de
longues années d’humiliations et de larmes.
Au temps de Théodore de. Cantorbéry (vire siècle), il était encore soumis à un jeûne
de trois ans au pain et à l’eau. Aujourd’hui, c’est tout au plus si sa pénitence comportera la récitation d’un chapelet ; souvent le con-
fesseur se contente de moins, de la récitation
de cinq Pater et Ave par exemple. O Tertullien, Cyprien, Augustin, qu'auriez-vous
dit devant cette Re de la satisfaction ?