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VI. —— NouvELLE INTERPRÉTATION DES TEXTES ÉVANGÉLIQUES

Pour étayer leur théorie des sacrements, les

Scolastiques scrutèrent l’Écriture sainte, et,

avec un peu de bonne volonté, finirent par y trouver tous les textes nécessaires. Pour certains sacrements, ce fut difficile ; relativement facile, au contraire, pour la pénitence. Les théologiens s’appuyèrent principalement sur les deux fameux passages de l’évangile :

« Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (MaTrureu, XVI, 19; cf. XVIII, 18). — « Recevez le Saint-Esprit. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (JEAN, XX, 22-23).

Dans la première partie de cette étude, à propos de l’absolution, nous ayons sommairement indiqué les. interprétations que les Pères ont données de ces passages. D’après les uns, ces textes se rapportent au baptême.

Selon d’autres, Jésus-Christ a bien réelle-

ment conféré à Pierre et aux Apôtres le pou-

voir de remettre les péchés commis après le

baptême, mais seulement en leur qualité de Spurituels ; ce pouvoir leur était rigoureusement personnel, il n’était pas transmissible à leurs successeurs dans le gouvernement de l’Église, c’est-à-dire aux évêques ; tout au

plus, après les Apôtres, pouvait-il être exercé . par les Inspirés, prophètes ou martyrs, détenteurs, comme les Apôtres, de l'Esprit divin.

Quand enfin les évêques se furent réservé le monopole de l'Esprit Saint, il fut tout d’abord entendu que c'était cet Esprit, c’està-dire Dieu, qui, par leur intermédiaire, remettait les péchés. Et cette rémission des péchés, en tant qu’elle était accordée par l'Église, ne signifiait pas autre chose que la rémission des sanctions canoniques dues au péché. Au x£ et au x1° siècles encore, quand le prêtre commença à dire : « Je t’absous », 11 prit soin d'ajouter : « de tous les jugements dont je t’ai hé. » C’est Jésus-Christ seul qui pouvait rendre la vie à Lazare ; le rôle des. Apôtres se bornait à délivrer le ressuscité … ses liens extérieurs.

Mais ces textes, les nouveaux théologiens les rapportèrent, sinon exclusivement, du moins principalement, à la pénitence. Le pouvoir des clefs, le pouvoir de lier et de délier, ce fut surtout le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés commis après le baptême. Cette exégèse nouvelle fut sanctionnée par le Concile de Trente, qui en fit même un dogme de la foi catholique :

LA GONFESSION 41

| veur :

. Si quelqu’un dit que les paroles du Seigneur Sau- , Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis, etc., ne doivent pas être entendues dans le

Sens du pouvoir de remettre et de retenir les péchés

dans le sacrement de pénitence..., qu'il soit ana-

thème (Session XIV, can. 2, 3).

Et ce pouvoir ne s’arrête pas au for exté-

rieur ; il n’est pas limité à l'imposition et à la levée des peines canoniques ; il atteint directement l’âme elle-même. L’absolution du prêtre remet le péché au for intérieur ;

elle est, comme disent les théologiens, eficax ipsius remissionis peccatorum, c’est-à-dire

cause efficace de la rémission des péchés.

Et la preuve, c’est que, sans elle, le pé-

cheur qui n’a qu'une contrition imparfaite, et c’est assurément le plus grand nombre,

ne pourrait obtenir le pardon de ses péchés

mortels. S'il ne se trouve pas un prêtre juste à point pour lui donner l’absolution, Dieu restera inactif, il ne pardonnera pas et laissera le malheureux tomber en enfer. Ne dirait-on pas que Dieu s’est dépouillé, au profit du

prêtre, du droit de pardonner ? Peut-on imaginer une théorie plus contraire à celle

des anciens Pères, qui tous avaient réservé

à Dieu la vivification et la résurrection de ‘âme ? :

Naturellement, les théologiens ne se sont pas résignés à constater que l'interprétation des Pères était tout autre que la leur. Avec l’ingénieuse subtilité qui les caractérise, ils s'efforcent de faire croire à eux-mêmes et aux autres que les Pères ont toujours pensé comme eux. Sur ce point, ils s’abusent étrangement et dénaturent la réalité historique.

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