ni. q. 72, a. 7 ad
Qu'est-ce qui empêche de baptiser ceux qui ont reçu l'Esprit-Saint comme nous ?
Et vraiment, c'est bien là la grande page inspirée qui ouvre le règne du Saint-Esprit sur les âmes. Au moment où, suivant la promesse du Messie, l'Esprit- Saint descendit au milieu d'une tempête sous forme de langues de feu sur les Apôtres et sur ceux qui étaient réunis avec eux au Cénacle, c'est alors que le sacrement de Confirmation fit son entrée triomphale dans l'Église ; tout comme le Baptême, symboliquement institué au Jourdain, fut solennellement proclamé par le Christ lui-même au soir de la Résurrection (*).
Institués l'un et l'autre au même titre par le Sauveur, les deux premiers sacrements diffèrent donc en ce que le Baptême fut non seulement promis mais donné par le Christ, tandis que la Confirmation fut seulement promise par lui, suivant cette parole de JÉSUS lui-même : « Si je ne m'en vais, l'Esprit-Saint « ne viendra pas à vous; mais quand je m'en serai allé, <{ je vous l'enverrai (2). » Et la raison en est, d'après saint Thomas, que « la Confirmation donne la plénitude du Saint-Esprit, qui ne devait point être donnée avant la Résurrection et l'Ascension du Christ, d'après cette parole de saint Jean (3) : « L'Esprit-Saint n'était pas encore donné, parce que <{ JÉSUS n'était pas encore glorifié (4). »
1. Cfr. S. Aug. serm. 227 alias 83 de Diversis. — 2. Joan. , xvi, 7. — 3. Joan., vu, 39. — 4. III. q. 72, I ad 1.
Quand et comment le Sauveur promit-il l'envoi de cet Esprit-Saint et institua-t-il à l'avance le sacrement de Confirmation que la Pentecôte devait inaugurer ? C'est ce que nous allons voir dans le chapitre suivant
L'instituteur de la Confirmation est Jésus-Christ lui-même.
X confiant à son Verbe l'œuvre de la Rédemption par le moyen de l'Incarnation, Dieu le Père remit à son Fils fait I homme toutes les prérogatives nécessaires pour accomplir l'œuvre gigantesque de « restaurer toutes choses dans le Christ (*) ». Parmi ces prérogatives figurait en tête le pouvoir de fonder son Eglise, de la munir d'une constitution inébranlable et de la doter d'institutions permanentes, dont l'ensemble formât un organisme complet et éminemment apte à transmettre à travers les siècles le souffle vital de la Rédemption. A cet ordre appartient le pouvoir d'instituer les Sacrements (2).
Or, ce pouvoir revêt un double aspect, suivant que Ton considère dans le Sauveur la nature humaine ou la nature divine. Comme Dieu, JÉSUS-CHRIST partage avec son Père la puissance souveraine et exerce
i. Ephes. , t, 10.
2. Cf. les textes suivants de la Sainte Ecriture : << Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra ; euntes ergo docete omnes gentes, baptizanteseos, etc.» Matth., xxviii, 18.19. — « Sicut misit me Pater, et ego mitto vos... accipite Spiritum Sanctum ; quorum remiseritis peccata, remittuntur eis, etc. » Joan. , xx, 21,23. el ce texte expressif de saint Paul : « Seipsum tradidit pro ea (Ecclesia), ut illam sanctificaret mundans lavacro aquaë in verbo vitre.» Eph.,v, 26. v, encore Joan. , 1,16; Eph.,n\ 16 ; Coloss., 1, 18-20 ; 11, 19. etc.
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avec lui sur l'Église un pouvoir d'autorité illimité, immédiat. Comme Homme, le Sauveur est l'instrument conjoint de la divinité, et le pouvoir efficace que sa nature humaine a sur l'œuvre du salut est essentiellement délégué, mais d'une manière suréminente et unique, qui lui a valu chez les théologiens le nom de pouvoir dexcellence. Appliqué aux Sacrements, ce pouvoir d'excellence consiste, suivant saint Thomas ('), en quatre choses, à savoir : que le mérite de la passion du Christ opère dans les sacrements, que les sacrements sont appliqués par la foi en son nom, qu'ils sont institués par Lui, et enfin qu'il peut sans l'aide des Sacrements produire l'effet sacramentel.
Ce pouvoir d'excellence est-il communicable par le Sauveur à ses Apôtres, à ses ministres? Grave question, qui a beaucoup occupé la théologie de l'Ecole. Que le pouvoir & autorité du Christ soit essentiellement personnel, au même chef que la nature divine dont il émane, se conçoit aisément. Mais ce pouvoir d'excellence, qui, tout en résidant dans une même, unique et indivisible personne, est d'un ordre inférieur et créé, ne peut-il pas être com-
i. III. q. 64, a. 3, in c. « Qure quidem consistit in quatuor. Primo -quidem, quod meritum et virtus passionis ejus operatur in sacramentis...
Secundo quod in ejus nomine sacramenta sanctificentur.
Et quia ex ejus institutione sacramenta virtutem obtinent, inde est quod tertio ad excellentiam potestatis Christi pertinet, quod ipse qui dédit virtutem sacramentis, potuit instituere sacramenta. Et quia causa non pendet ab effectu, sed potius e converso, ideo quarto ad excellentiam potestatis pertinet. quod ipse potuit efïectum sacramentorum sine exteriori sacramento conferre. »
mimique par Dieu ou par le Christ à un autre instrument non plus conjoint mais disjoint, et cela dans la mesure où celui-ci sera apte à se prêter à l'action de Dieu ou du Christ ? Saint Thomas (*), et avec lui des théologiens de premier nom, comme saint Bonaventure, Richard de Saint-Victor, Dominique Soto et Cajetan, n'ont pas hésité à affirmer cette possibilité, et à en déduire la conclusion immédiate que, strictement parlant, l'institution d'un sacrement par les Apôtres n'a en elle-même rien d'impossible.
Si maintenant nous passons du terrain de l'hypothèse à celui de la réalité historique, la question se présente comme suit : Dieu s'est-il, de fait, servi du ministère des Apôtres, ou de leurs successeurs, pour établir l'un ou l'autre sacrement ? ou encore: JÉSUS- CHRIST a-t-il laissé à l'initiative apostolique une institution semblable ? Avant le concile de Trente il était permis d'opiner pour l 'affirmative, ainsi que Hugues de Saint- Victor et Pierre Lombard le firent pour l'Extrême-Onction, et Alexandre de Aies et saint Bonaventure pour la Confirmation (2). Mais, à