Rom., xii
Voilà la lutte à laquelle vous devez assidûment vous exercer, N. T. C. F., si vous voulez sortir victorieux de tous les assauts. Pour mieux vous en instruire et vous y exciter davantage, nous vous en traçons la plan et la forme dans les conseils suivants.
Il faut concevoir une souveraine estime pour la Foi catholique dont vous faites profession: il faut l'avoir à cœur comme un précieux trésor plus estimable sans comparaison que n'importe quelle fortune terrestre. Sans elle il est impossible de plaire à Dieu (') et d'appartenir à la phalange élue de ses fils; elle est le commencement et le principe du salut de l'homme, la base et la racine de toute justification; elle est, suivant l'oracle divin, la forte cuirasse et l'armure céleste qui servent à combattre les puissances des ténèbres; elle est le bouclier robuste qui émousse et éteint les traits enflammés de l'ennemi (2). C'est à bon droit, X. T. C. F., que nos pères la regardèrent comme une source de gloire et de vraie civilisation, qu'ils l'eurent toujours en délices et en honneur et qu'ils la conservèrent avec un zèle jaloux sur cette terre privilégiée. Toute nouveauté, toute invention qui vise à l'obscurcir, à la corrompre, doit être regardée par vous comme une véritable perte, un malheur, un attentat contre l'héritage le plus sacré d'un peuple.
i. « Sine fide impossibile est placere Deo. » Hebr. , XI, 6.
2. « Accipite armaturam Dei, ut possitis resistere in die malo, et in omnibus perfecte stare.... induti loricam justitiae. ... in omnibus sumentes scutum fidei, in quo possitis omnia tela nequissimi ignea extinguere. » Eph. , vi, 13, 14, 16.
Ensuite il faut se tenir fidèlement uni à l'unique dépositaire et maitresse de cette foi, ^ Eglise catholique, c'està-dire la société de tous les fidèles, qui, sous la conduite et le gouvernement des Pasteurs légitimes, en union avec leur Chef, le Souverain Pontife, professent la religion et la foi de Jésus-Christ. Mettez-vous en garde, X. T. C. F., contre cette illusion et cette absurde prétention qu'on peut conserver le titre de vrai catholique tout en se séparant sans pudeur de sa communion et de son obéissance, en résistant à ses préceptes et à ses enseignements, en faisant alliance avec ses ennemis et avec les fauteurs du schisme et de l'hérésie. Lorsqu'il y va de la cause de Dieu et de son Église, soyez bien persuadés qu'il est impossible de combattre sous deux livrées, de servir deux maîtres, de s'asseoir à deux tables. La parole divine vous le dit ouvertement: il n'y a point de chemin de milieu (I).
3° Et puis, pratiquez la vigila?ice la plus assidue. L'incrédulité moderne est ce lion que saint Pierre nous décrit rôdant autour de nous, guettant astucieusement sa proie; pour nous garantir de ses morsures, il nous faut être toujours vigilants et circonspects (2). Usez de circonspection pour ce qui regarde vos propres forces, sans présumer de vous-mêmes, sans vous faire illusion sur la gravité du péril; usez de circonspection pour ce qui regarde les embûches
1. « Xerao servus potest duobus dominis servire. ... Non potestis Deo servire et mammonae. » Luc, XVI, 13. — << Non potestis mensae Domini participes esse et mensae daemoniorum. » 1 Cor., x, 21.
2. « Sobrii estote et vigilate, quia adversarius vester diabolus tanquam leo rugiens circuit, quaerens quem devoret. » I Petr., v, 8.
de l'ennemi, sans jamais vous fier à lui. C'est trop peu d'avoir un esprit pénétrant, trop peu d'être instruit ou doué d'une certaine force de caractère, pour pouvoir en toute sécurité s'aventurer en téméraire dans les occasions dangereuses et se laisser aller facilement aux séduisantes apparences et aux premiers attraits de l'erreur. Car jamais peut-être il n'y a eu d'époque où la foi et la morale catholique ont été attaquées avec plus d'art et plus de ruse qu'elles le sont de nos jours, sous les dehors d'un respect affecté et au nom de la civilisation et de la liberté; tout juste dans la manière que le Prince des Apôtres nous a décrite en montrant les méchants « habentes velamen malitiœ liberiate??i, se servant de la liberté pour voiler leur malice (*). »
En outre, il faut s'appliquer davantage à co?inaitre la Religion, en faisant d'elle une étude spéciale. — Il ne se laisse pas aisément séduire, celui qui a une idée juste de sa divine origine, de ses fondements, de son excellence et des obligations qu'elle impose. Préférez sans hésiter, N.T.C. F., aux lectures futiles et dangereuses, tant de belles explications de la doctrine chrétienne, que de vaillants apologistes publient chaque jour; ménagez-vous du temps pour entendre fréquemment et avec une sainte ardeur la parole de Dieu lorsqu'elle vous est annoncée par les ministres de l'autel; inculquez à vos familles, comme fondamentale, l'étude de la Religion, et recommandez-la à vos proches et à vos amis, surtout à ceux qui plus que d'autres ont besoin d'être éclairés. Il est vraiment douloureux de voir qu'au milieu d'éloges si pompeux décernés à l'in-
i. I Petr., il, 16.
struction universelle, en présence de la multiplication débordante des organes de la mauvaise presse, on ne déploie pas un zèle égal au sein des familles, dans les associations catholiques et dans les établissements destinés à l'éducation de la jeunesse, pour répandre davantage le bienfait de l'instruction catholique et la lumière de la sagesse chrétienne. La morale publique et l'ordre politique ne seraient pas les derniers à en bénéficier, et on sauverait des préjugés de l'erreur et de l'anarchie intellectuelle tant de jeunes esprits, tant de nobles cœurs ravagés ou fascinés par la corruption.
5° Il faut de plus s'armer d'un saint courage. On ne doit point aller au devant de la tentation; mais lorsque, sans l'avoir cherchée, il arrive qu'on soit tenté, on ne doit pas se montrer pusillanime, ni hésiter à repousser ce qui est contraire à la conscience et à l'honneur chrétien. Mettez-vous soigneusement en garde, N. T. C. F., contre ce formidable adversaire du bien et de la vertu, le respect humain, qui cause, hélas ! aujourd'hui tant de lâchetés, tant d'infidélités, tant d'égarements. La hardiesse de l'ennemi s'inspire moins de la valeur de ses armes que de la timidité connue de ceux qui lui doivent opposer résistance; il n'en viendrait que difficilement à un assaut déclaré, s'il s'attendait à se heurter contre plus de vigueur et d'intrépidité. A ceux qui se laissent entraîner au mal par l'exemple d'autrui et par égard pour le plus grand nombre, s'adresse cette parole des Saintes Lettres: « Ne suivez point la multitude pour faire le mal (*), » Et ceux qui s'abstiennent
1. « Ne sequeris multitudinem ad faciendum malum ; nec in judicio, plurimorum acquiesces sententias ut a vero dévies. » Exod. , xxiii, 2.
de faire le bien parce qu'ils craignent le mépris des pervers et les railleries du monde reçoivent du Christ lui-même ce sévère avertissement : « Celui qui rougira de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme rougira de lui à son tour (*). »
Armez-vous aussi de la patience chrétienne, c'est-à-dire d'une invincible disposition à souffrir pour une cause aussi noble et si belle, en supportant sans se laisser émouvoir les contradictions du monde. La patience rend le chrétien infatigable et magnanime dans la souffrance, serein et inflexible dans sa résolution. Il ne perd jamais de vue l'exemple que nous a laissé le Christ notre Chef, qui, durant sa carrière mortelle, ne choisit pas les jouissances en partage, mais trouva sa gloire à souffrir: <i proposito sibi gaudio sustinuit crucem, confusione contempta, la joie lui était offerte, et il endura la croix, méprisant le mépris luimême (2). » Mais ici il importe de ne pas tomber dans une confusion. Faites attention, N. T. C. F., que la patience est œuvre de perfection. « Opus perfectum habet (3). » Ce ne serait donc point faire preuve de vertu dans la lutte, que de se rendre et de pactiser avec le mal, en quelque façon que ce puisse être; au contraire, ce serait trahir la cause du bien et l'avouer vaincue, que de consentir au mal lui-même ou d'y participer pour se concilier l'ennemi ou l'empêcher de nuire (4).
i. « Qui me erubuerit, et meos sermones, hune Filius hominis erubescet. » Luc., IX, 26.