CONFIRMATION DANS L'ANCIEN
TESTAMENT (x).
§ I. — Préfiguration de la Confirmation.
EMÔNTANT le cours de la tradition catholique, nous sommes arrivé d'abord à la tradition des Pères, puis à celle des Apôtres, consignée dans le livre inspiré de leurs Actes, enfin aux traces que nous offre la vie même du Sauveur d'après le récit des Évangélistes. Tâchons de remonter plus haut encore et de retrouver dans l'Ancien Testament quelque lueur lointaine de la clarté qui devait rayonner sur le Cénacle, quelque prélude vague du souffle impétueux qui devait signaler la descente du divin Esprit.
En nous livrant à cette investigation, il semble, à première vue, que nous aillions à l'encontre du sentiment du Docteur angélique. X'a-t-il pas nié à la Confirmation une figure dans l'ancienne Loi, lorsqu'il a tracé ces lignes explicites : « La Confirmation étant le sacrement de la plénitude de la grâce, elle n'a pu avoir quelque chose de correspondant dans l'Ancien Testament, parce que la Loi n'a rien mené à perfection, ainsi que s'exprime l'Apôtre (2) » ?
i. Cf.Vitasse, Tract, deconf., pars il, q, 3. Curs. theol., 21, p. 1063 sqq.
2. Quia confirmatio est sacramentum plenitudinis gratiae, non potuit habere aliquid respondens sibi in Veteri Testamento.quia nihil ad perfection adduxit lex, ut dicitur (Hebr., VII, 19) III, q. LXXII, a. 1. ad 2.
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Cependant.à la considérer de plus près, la pensée de S. Thomas en cet endroit ne vise qua exclure une permanente institution préfigurative de la Confirmation, comme la circoncision et les sacrifices multiples l'étaient du Baptême et de l'Eucharistie. Quant à trouver une trace symbolique dans des faits ou des actions transitoires, le saint Docteur ne s'y oppose pas. Ces types, en effet, sont d'une tout autre nature et impliquent beaucoup moins. Ainsi, à côté des figures permanentes du Baptême et de l'Eucharistie, nous avons celles du déluge, du passage de la Mer Rouge pour le premier.de la manne, de Melchisédech pour la seconde. La question présente se borne donc à chercher si, dans l'histoire de l'Ancien Testament, nous ne trouvons pas des faits qui présentent un symbolisme relatif au sacrement de Confirmation. Cette question adéjàbeaucoup occupé les saints Pères, et nous n'aurons guère qu'à suivre Tertullien. saint Cyrille de Jérusalem, saint Augustin. saint Optât, saint Isidore, etc., pour arriver à une solution des plus instructives.
Le passage principal de Tertullien est de la plus haute importance, tant à raison de son étendue qu'à cause de son antiquité. L'endroit est tiré du livre du Baptême écrit par l'auteur avant sa triste défection. Après avoir rapproché du Baptême chrétien les symboles de l'Ancien Testament, le docteur africain poursuit son parallèle et 1 étend à la Confirmation. La longueur du passage ne nous permet que d'en donner un résumé. Analysant l'action liturgiquedu deuxième
sacrement, Tertullien y trouve quatre éléments caractéristiques : d'abord X ordre, en vertu duquel la Confirmation suit le Baptême, qui en est la préparation ; ensuite le mode de le conférer par X onction et X imposition des mains ; enfin la descente du Saint-Esprit. L'ordre de succession des deux sacrements est figuré par le baptême de Jean-Baptiste, qui préparait la voie au Seigneur ; le mode de le conférer est symbolisé,quant à l'onction, par l'action de Moïse oignant son frère Aaron, et par l'onction sacerdotale en général, d'où le Messie a pris le nom de Christ, oint ; quant à l'imposition des mains, par l'action de Jacob bénissant Ephraïm et Manassé, en étendant ses bras croisés sur leurs têtes ; enfin la descente elle-même du Saint-Esprit est figurée par la colombe, qui, après le baptême du déluge, apporta à Noé le rameau de la paix. Cette colombe apparut au baptême du Seigneur, lorsque le Messie sortit des eaux du Jourdain (*).
Saint Cyrille de Jérusalem n'est pas moins explicite que Tertullien. Dans sa première catéchèse du Saint-Esprit, cet illustre docteur compare éloquemment l'imposition des mains conférant les dons du Paraclet dans la Confirmation à l'action de Dieu communiquant son Esprit aux soixante-dix conseillers d'Israël (2),et à celle de Moïse imposant les mains
i. C. vi, vu, vin, P. L, i, p. 1314 sqq.
2. Descendit Dominus per nubem, et locutus est ad eura auferens de Spiritu qui erat in Moyse, et dans septuaginta vins ; cumque requievisset in eis Spiritus, prophetaverunt, nec ultra cessaverunt. Xum. , XI, 25.
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à Josué fils de Nun (*). Ce n'était là, dit l'évêque de Jérusalem, qu'un prélude de ce qui devait se réaliser un jour pour tous les fidèles. « Ces actions signifiaient ce qui devait arriver chez nous dans la Pentecôte. )> Et même, poursuit-il, dans les deux Testaments nous trouvons le même symbole. << Du temps de Moïse, l'imposition des mains communiquait le Saint-Esprit, et Pierre, lui aussi, donne le Saint-Esprit par l'imposition des mains. Et en vous aussi, qui allez être baptisés, — le Pasteur s'adresse à des catéchumènes, — cette même grâce parviendra. Comment cela sera-t-il ? Je ne vous le dis pas en ce moment, pour ne pas prévenir le temps où cela doit s'accomplir (2). *
Écoutons comment le même docteur s'explique plus ouvertement à ses fidèles après qu'ils ont reçu les sacrements auxquels ils se préparaient. Dans sa troisième catéchèse mystagogique consacrée au mystère du saint chrême, et que nous donnons en entier dans l'appendice de cet opuscule, saint Cyrille revient sur les figures de la Confirmation dans l'Ancien Testament. Plus haut nous lui avons entendu faire un rapprochement entre l'imposition des mains dans les deux alliances, ici, parlant directement du saint chrême, il expose les figures qui ont trait à l'onction. « Il importe, dit-il, que vous sachiez qu'il existe dans l'ancienne Ecriture un symbole de ce
i. Josue vero, filius Nun, repletus est Spiritu Sapientiœ, quia Morses posuit super eum manus suas. Deut., XXXIV, 9. 2. Catech. 16, n. 25, 26. P. G., 33, p. 954 sq.
chrême. Lorsque Moïse communiqua avec son frère la délégation divine et l'établit grand prêtre, il le lava d'abord dans l'eau et l'oignit ensuite, et Aaron fut appelé Christ, à cause de ce chrême et de cette onction figurative. De même le grand prêtre en élevant Salomon à la dignité royale, l'oignit après qu'il l'eut lavé dans Gihan. Cette onction n'était chez eux qu'une figure, mais pour vous elle n'est point une figure, mais une vérité ; car vous avez été vraiment oints dans le Saint-Esprit (*)• »
Un texte non moins célèbre du moine Jobius condense dans une courte et lumineuse formule le symbolisme des trois premiers sacrements contenus dans l'ancienne Loi. « En premier lieu, dit-il, on nous baptise, ensuite on nous oint du chrême, enfin on nous donne le sang précieux. C'est en figure de ces mystères que Moïse établit d'abord des ablutions pour ceux qui étaient consacrés ; puis, lorsqu'ils sont revêtus et ceints, il leur confère l'onction de l'huile, enfin il les asperge de sang et les mène à la réception du pain (2). » On peut compléter ce rapproche-
i. « Nosse vos oportet chrismatis (seu unctionis) hujus in veteri Scriptura symbolum extare. Quando enim Moyses divinum cum fratre cornmunicavit mandatum, summum eum sacerdotem constituens, ablutum aqua perunxit (Levit., vin, i sqq.) : vocatusque est Christus (Levit., IV, 5), ab chrismate videlicet (seu unctione) figurative Sic et Salomon summus pontifex in regem promovens, unxit eum postquam lavisset m Gihan. (III Reg., 1, 39. 45.) At haec in figura contingebant illis (I Cor., X, II) : vobis autem non secundum figuram, sed in veritate : siquidem a Spiritu Sancto vere uncti estis. » Catech. myst. ni, n. VI, P. G., 33, p. 1094.