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CHAPITRE IL

§ I. — Qualités requises dans le Confirmand.

ANS le chapitre précédent nous avons exposé à propos du début du texte du Pontifical la doctrine du ministre de la Confirmation. Poursuivons notre commentaire en rattachant aux autres termes de cette même phrase l'exposé de la doctrine du sujet de ce sacrement.

Xous appelons, suivant la portée philosophique du mot, sujet de la Confirmation, celui qui est soumis à l'action sacramentelle, qui la reçoit; en d'autres mots, le fidèle qui est confirmé ou le confirmand.

Il serait difficile de condenser tout ce qui regarde la condition et les dispositions du néophyte ou du chrétien appelé à recevoir la Confirmation, dans une formule plus courte et plus expressive que les paroles du Pontifical citées plus haut et qu'il nous reste à commenter.

D'abord le Pontifical énumère trois catégories de

sujets : infantes, les enfants avant l'âge de raison ;

pueros, les enfants depuis l'âge de raison jusqu'à

l'adolescence ou la jeunesse ; enfin velalios, les adultes

de tout âge.

Pourquoi cette énumération d'après les distinctions d'âges plutôt que celle du sexe?

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Parce que ces trois catégories résument en elles les trois étapes de la discipline liturgiquesur ce point.

Dans les premiers siècles, lorsque l'usage de conférer le Baptême aux adultes était général, il va de soi que les adultes seuls étaient les sujets ordinaires de la Confirmation. ( Vel alics.)

Plus tard, la coutume s'introduisit de baptiser les enfants à leur naissance, et l'Eglise, maintenant son usage primitif de faire suivre le Baptême de la Confirmation et de la Communion eucharistique, conférait aux petits enfants (infantes) le saint chrême et leur distribuait le vin eucharistique.

Enfin, dans les siècles postérieurs, on remit l'initiation au deuxième et au troisième sacrement jusqu'à l'âge de raison. \^<zs pueri devinrent donc les sujets ordinaires de la Confirmation.

Cependant, de nos jours encore, il peut se faire que l'évéque ait à confirmer un tout jeune enfant en danger de mourir, ou un homme fait après une période de persécution religieuse, ou même des vieillards convertis à la foi. •

Après avoir précisé la condition du sujet quant à l'âge, le Pontifical formule la disposition essentielle pour la validité du sacrement : baptismatis unda infusos.

Le confirmand doit être régénéré dans l'eau du Baptême. La raison en est facile à comprendre. Si le Baptême est une naissance et la Confirmation un développement, comment quelqu'un pourrait-il devenir adulte dans la vie chrétienne, avant d'y être né ?

On pourrait aussi ajouter à cette condition de validité pour les adultes l'intention de recevoir le sacrement (*), et pour tous cette autre condition que le confirmand ne soit pas déjà confirmé, car la Confirmation, non plus que le Baptême ni que la croissance spirituelle qu'elle figure, n'est susceptible d'être réitérée, ainsi que nous le dirons plus au long" tout à l'heure.

Quant au caractère sacramentel, il s'imprime chaque fois que le sacrement est valide, mais le sacrement n'exerce son influence sanctificatrice que lorsque le sujet a la disposition voulue pour en profiter, c'est-à-dire, lorsqu'il est en état de grâce (2).

Si donc le sacrement est conféré validement à une âme souillée de péché mortel, sa force sanctificatricedemeure à l'état latent pour n'agir et ne se révéler qu'au moment où l'âme entrera en grâce avec Dieu.

Ces qualités requises dans le confirmand que nous venons d'esquisser et que l'on peut trouver condensées dans la phrase d'introduction du Pontifical : « infantes, pueros, vel alios sacri baptismatis unda perfusos, >> considérons-les maintenant plus à fond, à mesure que le texte officiel les décrit plus spécialement.

Et d'abord, le Pontifical rappelle en termes formels que la Confirmation ne peut être reçue qu'une seule

t. Franzelin, De sacrant., th. VI, n. i, p. 50 sqq.

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fois. <'< Aucun confirmé ne peut être confirmé une seconde fois (*). » Nous reviendrons sur ce point tout à l'heure. Ensuite il insiste sur ce que la Confirmation est un sacrement des vivants et, comme tel, exige que le confirmand soit en état de grâce. Voici les conditions telles que le Pontifical les formule, en les étendant aussi aux parrains et marraines. " Qu'aucun excommunié, interdit, ou pécheur souillé de crimes graves, ou chrétien ignorant les éléments de sa foi, n'ait la témérité de recevoir ce sacrement ou de tenir le confirmand » en qualité de parrain ou de marraine (2). L'énumération est complète. Elle est disposée par gradation décroissante.

L'empêchement le plus grand à la digne réception de la Confirmation est l'excommunication ellemême, qui va presque jusqu'à annihiler les droits issus du Baptême. Car, bien que l'excommunié ne soit pas de tout point assimilé à ceux qui ne portent pas le signe du Christ, il est cependant banni de la communion visible des chrétiens, et ne peut dès lors participer aux influences les plus efficaces de sa vie sociale, aux sacrements. Moins radicale que l'excommunication, l'interdiction tend précisément à exclure de la participation aux choses saintes, et partant a la réception des sacrements.

En dehors de ces deux situations résultant d'une

i. Xullus connrmatus débet reconfirmari.

2. Xullus excommunicatus, interdictus, vel gravioribus facinoribus alligatus, aut christianae ndei rudimentis non edoctus, ingérât se ad percipiendum hoc sacramentum, vel ad tenendum confirmandum.

sentence positive, il en est une troisième qui sert de base aux deux premières et qui suffit à elle seule pour écarter de tout sacrement des vivants : ce sont les péchés graves, graviora facinora. A l'endroit où le Pontifical les place, nous croyons que ces mots ont une portée plus grande que ceux de mortalia, péchés mortels, que nous rencontrons un peu plus loin. Il s'agit ici de ces crimes notoires qui font d'un malheureux un pécheur public, incapable de s'approcher des sacrements sans causer un vrai scandale. De là la véhémence avec laquelle le Pontifical l'exclut de la Confirmation.

La quatrième catégorie mentionnée par le texte officiel est celle des ignorants, de ceux qui ne connaissent pas les rudiments de la foi chrétienne. L'Église, on le sait, prenait un soin tout particulier d'instruire les catéchumènes. Le nom seul de ces derniers exprimait la formation intellectuelle rigoureusement prérequise au sacrement régénérateur. Nous connaissons en particulier la double cérémonie de la tradition et de la reddition du symbole, sans lesquelles aucun adulte n'était admis à devenir néophyte. Or, pour avoir avancé l'âge de la réception du Baptême, l'Eglise n'a en aucune façon diminué pour ses enfants l'obligation de s'instruire de leur foi, ni abdiqué pour elle-même son droit et son devoir de contrôler le zèle de ses fils baptisés, avant de leur continuer ses faveurs. Ce contrôle se fait maintenant et d'une manière officielle avant la Confirmation. Car, encore que le catéchisme qui lui

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sert de préparation ait reçu le nom de catéchisme de première Communion, cet enseignement est néanmoins, à prendre les choses au point de vue théologique, plus directement une préparation à recevoir le sacrement de Confirmation, destiné de par sa nature même à parachever la formation dans la foi.

Que faut-il entendre par ces « rudiments de la foi chrétienne » dont le Pontifical exige la connaissance? Un retour historique sur les usages pratiqués antérieurement dans l'Eglise nous fournira la réponse à cette question. Lorsqu'on doutait de l'instruction suffisante des aspirants à la Confirmation, les synodes ordonnaient de les interroger sur l'Oraison Dominicale, la Salutation Angélique, le Symbole et le Décalogue. Les conciles provinciaux de Xarbonne (*) en 1609, d'Aix (2) en 1585. de Rouen en 1581 (3), formulent les mêmes dispositions, et prescrivent d'y tenir exactement.

Après avoir ainsi rangé en quatre catégories ceux qui sont notoirement mal disposés à recevoir la grâce sacramentelle, le Pontifical formule l'obligation générale qui incombe aux adultes de se purifier la conscience avant de s'approcher du sacrement. « Les adultes devraient se confesser d'abord, et être confirmés ensuite ; ou du moins, s'ils sont tombés en péchés mortels, il faut qu'ils en aient le repentir (4). La manière de s'exprimer du Pontifical semble

1. C. 15, Hardouin, t. XI, 16. — 2. Ibid.,x. 1523.-3. Ibid. , x, 1219. 4. « Adulti deberent prius peccata confiteri et postea confirmari ; vel saltem de mortalibus, si in ea inciderint, conterantur. »

mettre une distinction notable entre les graviora facinora, crimes ou infamies notoires, et les mortalia, fautes mortelles, il est vrai, mais du domaine privé de la conscience, ou du moins sans malice scandaleuse.

Notons encore que le texte officiel place, quant à l'ordre normal de leur réception, la Confession avant la Confirmation. Il n'en est pas de même de la Communion, ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de l'insinuer.

Ce zèle à s'assurer des dispositions intérieures des confirmands, l'Église l'a toujours montré. Témoin cette constitution d'Odon, évêque de Paris (J), dont la formule du Pontifical semble être presque la reproduction textuelle. « Si confirmandus fuerit adullus, confit eatur prius et postea confirmetur. Si le confirmand est adulte, qu'il se confesse d'abord, et reçoive le sacrement ensuite. » Témoin encore le VIIe chapitre du concile de Cologne ; sans parler d'un grand nombre d'ordonnances formulées par les conciles du seizième siècle.

Pour symboliser davantage cette pureté intérieure, on assigna de préférence à la Confirmation l'époque des quatre-temps (2) et l'on prescrivit de bonne heure, comme disposition extérieure, que les confirmands recevraient le sacrement à jeun. Voici en quels

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