V. Chapitre vu de cette section
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tradition qui est en possession, et qui exige une démonstration adéquate du contraire pour être détruite. Or. cette démonstration n'existe pas.
Comme raisons directes nous avons d'abord le texte formel du pape Virgile, affirmant que l'imposition des mains usitée dans la cérémonie de réintégration n'est pas celle qui opère le Saint-Esprit, mais une imposition qui acquiert le fruit de la pénitence et la restitution de la communion de l'Eglise (I). Aussi saint Etienne l'appelait-il impositio in pœnitentiam, imposition des mains dans un but de pénitence. Cet argument nous paraît très concluant. — Aioutez-y que, si le rite avait eu la signification sacramentelle, on aurait davantage insisté sur la chrismatîon, comme exprimant mieux le caractère indélébile que l'imposition des mains, destinée à désigner plutôt l'infusion de la grâce. Or, beaucoup de documents ne mentionnent pas le chrême, tandis que l'imposition est toujours exprimée. — Enfin, comme dernière raison directe, nous avons la signification extérieure qui s'attache à la Confirmation reçue chez les hérétiques, et la manière même dont opère la grâce sacramentelle.
La Confirmation, de par sa nature, est un engagement définitif dans la société où on la reçoit. Après l'avoir accompli ou laissé accomplir sur eux, les chrétiens baptisés deviennent des soldats voués au service de leur église, et partant, s'ils sont confirmés
i. Sed per illam qua pœnitentias fructus acquiritur et sancta^ comraunionis restitutio. Cf. la note ci-dessus, p. 95.
dans une église hérétique, ils semblent devenir des sectaires au service de leur hérésie. Voilà pourquoi, de nos jours encore, les protestants ont maintenu ce rite (I). On comprend dès lors, qu'au retour d'un tel chrétien dans le giron de l'Eglise véritable, celle-ci ait voulu, avant de l'admettre dans sa communion, briser ce pacte sacrilège conclu avec une fausse église. A cela tendait surtout le rite de la chrismation dans la cérémonie de réintégration. Mais ce n'est pas tout. L'âme de l'hérétique,étant fermée à la charité,n'avait pu être ouverte aux dons de l'Esprit-Saint que l'imposition des mains avait appelés sur elle. Au jour de son retour à l'Église catholique, le chrétien recouvre la charité,et l'Église réitère sur lui le rite de l'imposition, pour marquer qu'à ce moment seulement le sacrement opère ses fruits de salut. Mais cet appel à la grâce n'était plus une création, c'était une résurrection parfaitement exprimée par le geste même qui l'exprimait, suivant le conseil de saint Paul à Timothée : « ressuscitez la grâce qui est en vous par 1' 'imposition des mains (2). »
Cette explication nous semble la meilleure des solutions fournies par les théologiens. Tout en laissant la plus large part aux faits historiques, elle se prête avec une égale facilité aux exigences de la tradition et aux besoins du dogme.
i. Nous pourrions citer à l'appui de cette remarque l'exemple d'une dame allemande, née protestante, et mère, dans un mariage mixte, de plusieurs fils devenus prêtres et religieux, et qui, pendant de longues années, ne put se décidera se convertir au catholicisme, parce que, dans la cérémonie de la confirmation protestante, elle avait lu au nom de ses compagnes la formule de fidélité à la secte. — 2. II Tim. , I, 6.