‹ La confirmationChapitre 32 sur 123 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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[ANS les deux chapitres qu'on vient de lire, nous avons groupé autour des instructions préliminaires du Pontifical tout ce qui concerne le ministre et le sujet de la confirmation.

Avant d'aborder le commentaire de l'auguste action sacramentelle, nous avons a dire un mot d'une cérémonie importante qui la précède et qui lui sert en quelque sorte de préparation, nous voulons dire la consécration de la matière qui servira à conférer le sacrement.

Xousn'entrerons pas dans les détails de cette longue cérémonie qui n'appartient qu'indirectement à notre sujet ; mais nous traiterons avec quelque précision de l'ancienneté de la bénédiction du saint Chrême, de la manière dont elle s'est faite depuis les temps les plus reculés, et enfin du ministre de cette auguste cérémonie.

§ I. — Ancienneté de la bénédiction du Chrême.

La trace la plus manifeste et la plus ancienne d'une huile sainte destinée à un usage sacramentel se trouve dans ces paroles de saint Jacques : << Quelqu'un d'entre vous est-il malade ? Qu'il fasse venir les prêtres de l'Eglise, et que ceux-ci prient

LA CONSECRATION DU SAINT CHREME. IOI

sur lui et l'oignent avec de l'huile au nom du Seigneur (x). »

A parler strictement, il n'est question dans ce passage que de l'huile des infirmes, et non point de celle des catéchumènes ni du saint Chrême. Mais la distinction entre ces trois huiles saintes n'est pas prouvée remonter à une aussi haute antiquité. Dans tous les cas, le texte de l'apôtre nous montre l'emploi d'une onction sacramentelle.

Cette huile affectée aux usages liturgiques a sans doute reçu dès le temps des Apôtres une bénédiction spéciale. Saint Cyprien (2) et saint Basile parlent de cette bénédiction comme d'un rite absolument nécessaire et d'origine apostolique. Ecoutons l'éloquent évêque de Césarée. « Nous ne nous contentons pas de ce que rapporte l'apôtre ou l'évangile, mais nous disons beaucoup d'autres vérités d'une très grande importance au point de vue des mystères, et que nous avons reçues de la tradition non écrite. Nous bénissons l'eau du Baptême et l'huile de l'onction

i. Jac. ,v, 14. «lnfirmatur quis in vobis, inducat presbyteros ecclesiae, et orent super eum, ungentes eum oleo in nomine Domini.»

2. Voici ce passage célèbre tiré de la lettre synodique où l'évêque de Carthage communique aux évêques de Numidie les actes de son cinquième concile tenu en 255 : « Ungi quoque necesse est eum qui baptizatus sit, ut accepto Chrismate, id est unctione, esse unctus Dei et habere in se gratiam Christi possit. Porro autem Eucharistia est unde baptizati unguntur "oleo in altari sanctificato Sanctificare autem non potuit olei creaturam qui nec altare habuit nec Ecclesiam, etc. » Ep. 70, P. L. , 3, p. 1078, sq. Nous citons le passage, non pour approuver l'argument de saint Cyprien, mais pour montrer l'absolue nécessité et dès lors l'apostolicité qu'il attribue à la consécration du saint Chrême.

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et même celui qui reçoit le Baptême. En vertu de quelles Ecritures le faisons-nous ? N'est-ce pas en vertu d'une tradition tacite et occulte ? Et l'onction elle-même de l'huile, par quelle parole écrite nous a-t-elle été enseignée (r) ?» On le voit, le saint docteur est formel à faire remonter aux Apôtres et partant à l'Esprit-Saint, qui les inspirait, la bénédiction des saintes huiles. Le langage de saint Cyrille de Jérusalem n'est pas moins explicite. Voici en quels termes admirables cet éloquent docteur célèbre la dignité sacramentelle du Chrême consacré : [z) « Ce n'est pas une huile ordinaire, mais, tout comme le pain de l'Eucharistieaprès l'invocation du Saint-Esprit n'est plus du pain ordinaire, mais se trouve changé au corpsdeJÉSUS-CHRIST; demême après l'invocation, cette onction sainte n'est plus une huile commune, mais c'est un don de JÉSUS- CHRIST, qui, par la présence de sa divinité, a la

i. Lib. de Spir. L. cap. 27, n. 66, P. G., 32, p. 187. Cfr. Aug. tract. in Joa.7i. 118 in fin. P. L. 35, p. 1950.

2. Catech. myslag. ni, P. G., 33, p. 1090, sq. Les protestants, oublieux de l'adage omnis simulitudo claudicat, ont abusé de ce passage pour argumenter contre la présence réelle eucharistique, ou du moins en faveur du maintien de la substance du pain. C'est perdre de vue le but de saint Cyrille en cet endroit. L'évêque de Jérusalem veut seulement faire ressortir l'excellence de l'huile consacrée, en opposition aux huiles communes, ainsi que la puissance divine qui la pénètre, excellence et puissance qu'elle tient de la formule consécratoire. X'était-il pas tout naturel de faire un rapprochement avec le pain eucharistique, et le docteur devait-il, en le faisant, insister sur des dissemblances connues de tous et contraires à l'effet oratoire qu'il voulait produire ? — Du reste, il est à peine besoin de le faire remarquer, ce passage de saint Cyrille se comprend mieux dans l'opinion théologique de l'efficacité physique des sacrements.

vertu de produire le Saint-Esprit et de fortifier l'âme. »

Ne nous étonnons pas de la majesté de ce langage. Il faut reconnaître que l'Eglise grecque a de tout temps entouré d'un culte particulièrement pompeux le Chrême consacré. Aussi est-ce dans l'Orient qu'est née et s'est répandue cette légende, originaire, il est vrai, de documents apocryphes, mais qui ne manque pas d'avoir un certain charme. Après que Madeleine eut répandu ses parfums sur les pieds du Seigneur, les disciples en recueillirent une partie, et la conservèrent avec le plus grand soin ; au jour de leur séparation ils se partagèrent cette relique, et dans le cours de leurs prédications ils en laissèrent une partie dans chaque église fondée par eux, où ensuite on mêla cette huile au chrême destiné aux onctions sacramentelles.

Cependant, quelque honneur que l'on ait rendu, dès les premiers siècles, à l'huile consacrée, on ne l'apasaussitôt mêlée debaumeetd'aromatesprécieux. Le texte cité 'plus haut de S. Cyprien ne fait aucune allusion à un mélange quelconque. Plus d'un siècle plus tard, S. Optât de Milève tire expressément argument de la qualité naturelle de l'huile destinée au saint Chrême, dans son écrit sur le schisme des Donatistes. Nous n'en reproduirons que les affirmations expresses qui ne laissent aucun doute à ce sujet, du moins pour les Églises de l'Occident à cette époque. Voici comment cet illustre docteur définit le saint Chrême : « la liqueur qui est assai-

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sonnée par l'invocation du nom du Christ, et s'appelle désormais Chrême. Avant qu'il soit ainsi confectionné, c'est encore de l'huile à l'état naturel ; il devient plein de suavité dès qu'on y ajoute le nom du Christ [*). » Et un peu plus loin le saint évêque revient sur cette même pensée en termes presque identiques.

L'usage de mêler des substances aromatiques à l'huile pure remonte au VIe siècle (2). Le baume, originaire de la Judée et de l'Arabie, et distingué du fJàXo-ajjioç ordinaire par l'appellation de o-oSa/.Tav.c:, fut le seul composé dont on le mélangea dans les Églises d'Occident. Depuis le XVe siècle, à la suite des découvertes faites par les Espagnols dans les Indes occidentales, les papes Paul III et Pie IY permirent l'emploi d'un nouveau baume originaire de ces pays et supérieur encore à celui d'Arabie par ses qualités aromatiques (3).

Cependant les Orientaux ne se contentèrent pas de cet ingrédient unique pour la confection de leur

i. « Oleum nominant illum scilicet liquorem, qui ex nomine Christi conditur; quod chrisma, postquam conditum est nominatur. Antequam fiât, adhuc oleum est natura simplex, fiet suave, dum de nomine Christi

conditur Igitur oleum antequam a nobis conficiatur.tale est quale et

natum est : confectum, suavitatem ex nomine Christi accipere potest. » De schism. Douât. 1. vu, n. IV. P. L. n, 1089. Le même saint docteur au livre 2e de ce même ouvrage, parlant des mépris avec lequel les Donatistes traitaient les ampoules du saint Chrême en les jetant par les fenêtres, rapporte comment Dieu se plaisait, par des prodiges, à garantir la liqueur sacrée de la profanation sacrilège, (ultra med. ibid. )

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