CHAPITRE VIII
§ I. — Origine et signification du petit soufflet.
|E petit coup que l'évêque donne aux confirmés immédiatement après l'onction du saint Chrême n'appartient plus à l'action sacramentelle. Cette cérémonie est d'institution relativement récente. Durand de Mende en fait le premier mention. Outre la signification qu'elle avait à l'origine, comme attestation publique de la réception du Sacrement, dans le but d'éviter que les enfants une fois confirmés ne se représentassent pour le recevoir (J), nous pouvons trouver dans cette
i. A l'origine cette tape sur la joue n'était autre chose qu'un moyen, assez peu galant, il faut l'avouer, de laisser aux enfants un certificat, une attestation de confirmation, dont ils gardassent le souvenir, afin de les empêcher de se présenter à nouveau à la réception de ce sacrement. Ce mode d'attestation était en usage pour les choses civiles, par exemple, pour les contrats de ventes. L'Église l'emprunta aux mœurs encore primitives de ce temps, où l'on n'usait pas beaucoup d'attestations écrites, et il est certain qu'en se conformant à cet usage, elle l'appliqua d'une manière beaucoup plus douce qu'on ne le pratiquait dans les affaires civiles, où l'on allait jusqu'à faire pleurer les enfants pour leur laisser un souvenir impérissable du contrat qu'ils devaient pouvoir attester plus tard. Cf. un très intéressant article de l'abbé Tougard, dans les Précis historiques, t. xxvii, n. i, p. 40, sqq. C'est ainsi que nous trouvons dans le concile de Soissons, de l'an 1524, cette raison très clairement exprimée: « Par ce coup les enfants se souviendront d'avoir été confirmés et ne se présenteront pas une seconde fois. » Vitass. op. cit., pars v, art. 2, sect. 2, coll. cit., p. 1128.
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pratique prescrite au Pontifical une double signification mystique. Les paroles lui donnent la portée d'un baiser de paix, que le pontife ne peut guère conférer aux confirmés que sous une forme symbolique, pour ne pas froisser la retenue et la dignité que lui imposent son office et son caractère. Le geste équivaut à une initiation militaire, semblable au coup de plat d'épée que reçoivent sur l'épaule ceux que l'on arme chevaliers (!). C'est que la milice du Christ est à la fois une milice de paix et de force; car le Maître a dit aux jours de sa vie mortelle: << Je ne suis pas venu apporter la paix à la terre, mais le glaive (2), » et la paix a été le don divin qu'après sa résurrection il a apporté à ses disciples des rivages de l'immortalité. Toute la morale, toute la perfection chrétienne se résume en ces mots : Paix avec Dieu, paix avec sa conscience, paix avec le prochain ; guerre au démon,
i. Le coup donné sur la joue exprime aussi les outrages que le chrétien doit être prêt à endurer pour sa foi, afin que le confirmé « se souvienne qu'il doit être prêt à souffrir toutes sortes d'affronts et de peines » (Bossuet, Catéch. de Meavx, leçon XVIII) ; « qu'il doit, comme un vaillant athlète, être préparé à supporter pour le nom du Sauveur toutes les adversités avec un courage invincible. » Catéch. Romain, deConfirm. , 26. Saint Charles Borromée (cité par le rituel de Rouen, p. 68, éd. 1844), résume toutes les raisons lorsqu'il rappelle au chrétien « qu'il est désormais soldat pour faire briller sa valeur et ses victoires, en endurant et non en faisant endurer des injures. »
Quant aux paroles de paix nous les trouvons déjà dans l'Ordre romain et dans Amalaire. Suivant ce dernier auteur, le salut s'adresse à l'homme nouveau que le Sacrement vient de créer : « Haec sunt verba salutationis ad novum hominem. » Le Catéchisme Romain dit que ce rite exprime « que le confirmé a reçu la plénitude de la grâce et la paix qui surpasse tout sens, gratias cœlestis plenitudinem et pacem, quas exsuperat omnem sensum, consecutum esse. » Phil. iv, 7. De Conf. Sacr., n. 26.