De Christoet Antechristo, n. 6. Galland, t. Il, p
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le sceau du don du Saint-Esprit ; formule,qui remonte à la plus haute antiquité, puisque nous la trouvons déjà telle dans le septième canon du premier concile de Constantinople (*).
Mentionnons encore, parmi les documents les plus importants de cette époque reculée, un extrait de Théodote conservé dans Clément d'Alexandrie, ou plutôt reproduisons-le en entier parce qu'il opère une transition parfaite entre cette époque et celle dont nous allons parler. « Lorsqu'on eut présenté une pièce de monnaie au Seigneur, celui-ci ne dit pas : à qui appartient-elle, mais de qui porte-t-elle l'empreinte et le nom ? de César, afin qu'on la rendît à celui dont elle offrait le signe. De même le fidèle porte, de par le Christ, le nom de Dieu pour inscription et l'Esprit pour image. Tout comme les animaux dépourvus de raison montrent à qui chacun appartient, par une marque d'après laquelle on en revendique la possession ; ainsi l'âme fidèle qui a reçu le sceau de la vérité porte l'empreinte (stigmata) du Christ (2). »
i. Hard. , I, p. 814.
2. « Cum Domino numisraa oblatum esset.nondixit :cujus estpossessio, sed cujus est imago et superscriptio ? Csesaris, ut cujus esset, illi redderetur. Sic et fidelis inscriptionem habet per Christum nomen Dei, Spiritum autem velut imaginem (eTttYpaoTfjv [aev ï'/t: 810 Xpiarou to dvopia TO'j •jso'j, 70 oe -vEj'j.a Ôj: iixova). Quando quidem et muta animalia per signaculum ostendunt, cujus sit unumquodque, et ex signaculo vindicatur : sic et anima fidelis, quae veritatis sigillum accepit, stigmata Christi portât, » (ouTtoÇ XOtt r\ ^s/Ji ^TClOTï) to CTjç â/.r^s'.a; '/.-j.y/jz'A ff<ppayid}xa ~'A z-'.-yj.z-y. xou Xpiorou Tcept^epei).
Sans parler de l'application ingénieuse des paroles du Sauveur, ce
Au quatrième siècle, tant en Orient qu'en Occident, et cela avant que des controverses dogmatiques eussent donné à leurs expressions un caractère polémique, nous trouvons chez les Pères, à propos du Baptême et partant aussi de la Confirmation, qui en formait l'achèvement (rsksiadiv), suivant la manière très exacte et traditionnelle de considérer le second sacrement dans les premiers siècles, nous trouvons, disons-nous, des formules contenant plus manifestement encore toute la doctrine qui nous occupe.
Enumérant les effets du Baptême, outre « la délivrance de la captivité, la rémission des péchés, la régénération, » — fruits qui proviennent directement de la grâce, — ils mentionnent le « signe sacré, salutaire, céleste, divin, indissoluble, indélébile à jamais (*). »
Ce signaeulum (ar<ppayiç) (2), ce caractère, les Pères l'expliquent par de nombreuses comparaisons prises
texte est encore remarquable par la manière dont il assigne au Christ et au Saint-Esprit un rôle spécial dans l'impression du caractère sacramentel. Nous reviendrons sur ce point. — Excerpta ex TJieodoto ap. Clem. Alex. n. 86, P. G. t. IX, p. 697, 698.
1. Pour les expressions des Pères, Cf. les nombreuses sources indiquées dans Franzelin, op. cit., p. 152. Un des passages les plus éloquents sur cette matière est le n. 4 de la XIII homélie de saint Basile in BapL, P. G., t. 31, p. 431.
2. Le mot consacré pour exprimer le sigilhtm, jsot".;, est employé à la fois pour le caractère et le sacrement qui l'imprime. Dans ce second sens également la Sainte Trinité elle-même ou plutôt le Christ est parfois appelé character increatus. Nous expliquerons plus loin cette manière de parler. Suivant une acception analogue, saint Augustin appelle l'invocation de la Sainte Trinité caractère, dans l'éloquent discours où il sévit contre les Donatistes, en réfutant l'hypothèse d'un caractère imprimé par Donat. Serm. ad pleb. Cœsar., n. 2.
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des choses corporelles. Tantôt ils recourent au soldat portant les insignes de son général ; tantôt au signe dont on marque les brebis d'un même troupeau ; ailleurs à l'empreinte d'un anneau d'or dans la cire molle ; plus loin aux scellés apposés à un trésor ; même ils recourent à des types de l'Ancien Testament : au signe de la circoncision, au sang de l'agneau dont les fils d'Israël marquèrent les portes de leurs demeures. « Vous portez une empreinte, s'écrie saint Jean Chrysostome : tout comme on donne aux soldats leur livrée distinctive, ainsi aussi les fidèles reçoivent le sceau de l'Esprit-Saint, afin que.au cas où vous viendriez à prendre la fuite comme un déserteur, vous restiez reconnaissable à tout le monde [l). » Toutefois, pour éviter tout malentendu, les Pères insistent que le sceau dont il s'agit est tout spirituel, spiritale. << C'est un signe tout spirituel, dit saint Ambroise, car bien que le geste se fasse sur le corps, en réalité cependant c'est le cœur qui en est marqué (2). »
Nous venons d'entendre de la bouche éloquente de saint Chrysostome le but de cette ineffaçable em-
1. « Obsignatus es ; sicut enim militibus sigillum, ita et fidelibus Spiritus imponitur, ut etiam si desertor fugias, omnibus cognoscibilis fias. In II Cor. hom. m, n. 7, P. G., t. 61, p. 418. Cf. Franzelin pour les allégations de textes, p. 152, sqq.
2. De Spirit7i Sancto, t. I, n. 79, P. L., t. xvi, p. 723. € Spiritale est sigillum, nam etsi specie signemur in corpore, veritate tamen in corde signamur. » Ce passage nous parait se rapporter tout spécialement à la Confirmation, surtout que la cérémonie vraiment sacramentelle du Baptême ne contient pas de signation proprement dite. Cfr. les noms donnés à la Confirmation, Sect. il, chap. 11.
preinte spirituelle. C'est, suivant d'autres expressions de saintBasile et deCyrille dejérusalem, d'être reconnus par le Christ à l'aide de ce signe, comme Lui appartenant ('). Mais il y a plus. Ce sceau du Sauveur est le gardien de la grâce (2), l'effroi des démons (3).
Cependant, avec le Ve siècle, une grande controverse s'élève dans l'Eglise, soulevée par les évêques rebaptisants et les Donatistes. Fallait-il baptiser à nouveau à leur conversion ceux qui avaient été baptisés par les hérétiques ?
A première vue, il semble qu'exiger la répétition du rite baptismal, ce soit méconnaître le caractère sacramentel, qui de sa nature est indélébile. Cependant telle n'était pas la portée de cette controverse. La vérité en litige était la validité du premier Baptême, qui semblait n'avoir pu conférer leSaint-Esprif. Pour résoudre ce doute, il fallait nettement formuler deux points, reconnus jusque-là, mais d'une manière plutôt implicite. D'abord, l'unité du Baptême du Christ, conféré au nom du Christ, n'importe qui en soit le ministre, bon ou mauvais. Ensuite, la séparabilité du caractère d'avec la grâce du Saint-Esprit
1 Cf. S. Cyril. Hier., Catech., xvn, n. 36, P. G., t. 33, p. 1010, sq.
2. Il est donc, parle fait même, distinct delà grâce. S. Ambr. ioc.czL un peu plus haut.
3. Cette considération est très juste, si on l'entend comme il faut. Tant que l'âme est fidèle à ce signe, ce signe lui-même éloigne le démon ; mais dès que l'âme faiblit, il n'empêche pas le démon d'en faire sa conquête, le signe y restant.
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Le premier point rendait compte de la grâce sanctifiante conférée aux enfants baptisés dans l'hérésie, le second expliquait la non-itération du Baptême reçu en dehors de l'Église, même par les adultes.
Mais, au milieu des troubles suscités par les controverses, il fallait une voix puissante pour imposer la vérité. Saint Augustin fut cette voix providentielle. Luttant à la face de l'Église et en son nom, le docteur d'Hippone déploya dans cette mémorable occasion toute la vigueur de son mâle génie. Avec une sûreté de coup d'oeil vraiment admirable il défendit l'unité du Baptême, mais dans le Baptême il distingua ce qui est caractère et ce qui est grâce (r).
Xous ne pouvons citer tous les passages saillants de cette longue polémique, sur laquelle l'éloquent défenseur du dogme se plaît à revenir chaque fois qu'il en trouve une occasion indirecte, comme le montrent entre autres ses discours sur le baptême du Sauveur, dans son commentaire sur saint Jean. L'attitude qu'il prend dans cette controverse peut se résumer tout entière dans ce dilemme, qu'il formule contre Donat, après avoir démontré que, n'importe qui baptise, c'est le Christ qui baptise : « Si le Baptême ne peut exister sans l'Esprit, les hérétiques ont aussi l'Esprit, mais pour leur perte et non pour leur
1. Voici comment Augustin formule la doctrine de S. Cyprien, sur laquelle s'appuyaient les Donatistes : « Ecclesiam et Spiritum et baptisma ab invicem non posse separari, et ideo qui ab Ecclesia separati sunt et a Spiritu Sancto, etiam a Baptismo vult intelligi separatos. » Aug., de Bapt., 1. v, n. 33, P. L., t. 43, p. 193.
salut, comme jadis Saiil ;.... si au contraire ces méchants ne possèdent pas l'Esprit de Dieu et qu'ils ont cependant le Baptême, le Baptême peut exister sans l'Esprit (*). » Et un peu avant il avait clairement affirmé: « Les enfants de dilection ont l'Esprit- Saint, les fils pervers ne l'ont point, et cependant ils ont le Baptême (2). » Expliquant ensuite sa pensée, le profond docteur distingue deux degrés dans l'action de revêtir le Christ. <i Les uns revêtent le Christ seulement jusqu'à la perception du Sacrement, les autres vont jusqu'à la sanctification de la vie ; le premier degré peut être commun aux bons et aux mauvais ; le second est le propre des bons et de ceux qui vivent dans la piété (3). »
Pour faire comprendre comment le sacrement ou le sceau du sacrement peut exister sans l'Esprit- Saint ou sans la grâce sanctifiante, et comment, dès lors, pour que la grâce s'y ajoute il n'est pas besoin d'itérer le Sacrement (4), saint Augustin reprend et
1. « Si baptisma esse sine Spiritu non potest, habent et Spiritura haeretici, sed ad perniciem non ad salutem sicut habuit Saul... si autem non habent avari Spiritum Dei et tamen habent baptisma, potest esse sine Spiritu baptisma. » Ibid. , n. 34, P. L., ibid., p. 193, sq. Cfr. 1. III, n. 2i, ibid., p. 148 sq.
2. « Spiritum Sanctum sicut habent filii dilecti, non habent filii maligni, et tamen baptisma habent» de Bapl., 1. v, n. 33, /or. cit.
3. « Induunt homines Christum aliquando usque ad Sacramenti perceptionem, aliquando et usque ad vitas sanctificationem; atque illud primum et bonis et malis potest esse commune, hoc autem alterum proprium est bonorum et picrum. » Ibid. Les mots potest esse signifient : il n'y a pas d'inconvénients à ce que, rien de choquant à ce que. Inutile de faire remarquer que dans tous ces passages l'Esprit-Saint désigne la grâce sanctifiante.
4. Cf. de Bapt., 1. VI, nn. 14, 23,50,54, P. L., t. 43, pp. 204,207, 215.
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développe toutes les comparaisons citées plus haut, d'après les écrits des saints Pères, et fondées sur le langage même de saint Paul.
Qu'il nous suffise de citer ce passage tiré de la réponse à Parménien : « Si un soldat lâche a déserté le rang et trahi le signe militaire dont il porte l'empreinte, et si, après avoir imploré la clémence de l'empereur et obtenu sa grâce, il rentre sous les drapeaux, ce soldat revenu à récipiscence et amendé reçoit-il un nouveau signe, ou bien plutôt n'approuve t-on pas le signe qu'il porte, dès qu'on l'a reconnu ? Est-ce peut-être que les sacrements chrétiens sont moins doués de force d'adhésion que cette marque corporelle ?... (*) »
Et, qu'on veuille le remarquer, il ne s'agit pas seulement ici du sacrement de Baptême. Saint Augustin pose le même principe pour la Confirmation et l'Ordre, ou mieux encore il le leur applique.
Voici ce qu'écrit le saint docteur touchant le
i. « Si militiae characterem in corpore suo non militans pavidus exhorruerit, et ad clementiam imperatoris confugeret, ac prece fusa, et impetrata jam venia, militare cœperit, numquid, homine liberato atque correcto, character ille repetitur, ac non potius agnitus approbatur? An forte minus hasrent sacramenta christiana quam corporalis haec nota, cum videamus nec apostatas carere baptismate, quibus utique per poenitentiam redeuntibus non restituitur, et ideoamitti non posse judicatur?» Cfr. epist. Parât, n, n. 29, P. L., t. 43, p. 71 sq. Remarquons cette dernière conclusion. Tantôt les Pères concluent de la permanence du caractère à la non-itération des Sacrements, et cet argument est absolu, a priori ; tantôt delà non-itération ils concluent à la permanence, et cette déduction a posteriori n'a pas la même force probante absolue. Toutefois, lorsque d'autres motifs de non-itération ne se peuvent trouver, l'argument devient concluant. C'est le cas pour la présente question. V. le texte plus au long dans Hurter, Medulla, p. 565 sq.
deuxième sacrement : <( Le sacrement du Chrême est tout ce qu'il y a de saint parmi les signes visibles, comme le Baptême lui-même ; mais il se peut trouver aussi dans les hommes les plus pervers qui consument leur vie dans les œuvres de la chair et n'arriveront point à la possession du royaume des cieux (*). »
Quant aux évêques convertis du schisme, on ne les ordonne pas à nouveau ; car « l'Ordination non moins que le Baptême est demeurée en eux intacte ». Si donc après leur retour on leur interdit parfois l'exercice de leurs fonctions, « on ne leur enlève cependant point les sacrements de leur ordination, qui demeurent sur eux. Même on ne les soumet pas à la pénitence publique, de peur que l'humiliation ne retombe sur le sacrement lui-même, plutôt que sur l'homme qui en est revêtu (2). »
A partir de cette époque la doctrine du caractère ineffaçable imprimé par les sacrements du Baptême,
1.' « Sacramentum chrismatis... in génère visibilium signaculorum sacrosanctum est sicut ipse baptismus ; sed potest esse in hominibus pessi?nis, in operibus carnis vitam consumentibus et regnum cœlorum non possessuris. » Contr. litt. Petit., 1. 11, n. 239, P. L., t. 43, p. 312.
2. « Sicut baptismus in eis ita ordinatio mansit intégra, quia in praecisione fuerat vitium, quod unitatis pace correctum est, non in sacramentis, quae, ubicumque sunt, ipsa sunt. Et cum expedire hoc judicatur Ecclesise, ut praepositi eorum venientes ad catholicam societatera honores suos ibi non administrent, non eis tamen ipsa ordinationis sacramenta detrahu/itur, sed manent super eos. Ideoquenon eis in populo manus imponitur (le rite de la pénitence), ne non homini sed ipsi sacramento fiât injuria '.» Contr. epist. Parm. 1. Il, n. 28, P. L., t. 43, p. 70, sq. Cfr. du Bapt. 1. I, n. 2, P. L., ibid., p. 109.
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de la Confirmation et de l'Ordre s'affirme de plus en plus explicitement et est universellement reconnue. Témoins les rescrits célèbres d'Innocent III (x) et de Grégoire IX (2), qui supposent l'admission pure et simple de cette vérité par tous sans controverse.
Aussi saint Thomas, traitant du caractère sacramentel, dans son commentaire des sentences, a-t-il pu écrire : «. Tous les auteurs de ce temps s'accordent à admettre que quelques sacrements impriment un caractère ; quant à déterminer la manière dont il affecte l'âme, ils sont d'accord en certains points et en désaccord pour d'autres (3). »
Même les théologiens qui, comme Scot (4), Biel (5) et Cajetan 6), regardent comme insuffisants en euxmêmes les textes de l'Écriture allégués plus haut, reconnaissent sans peine dans l'unanimité de la tradition catholique un argument péremptoire en faveur de son apostolicité.
Enfin l'autorité infaillible de l'Eglise sanctionna à plusieurs reprises cette doctrine séculaire. D'abord le concile de Florence l'affirme en termes exprès dans
i. Cap. Majores. (Décrétai. 1. 3, tit. 42, c. 3).
2. Cap. Consultatio?ii (1. I. tit. n, c. 16). Les protestants font remonter la doctrine du caractère sacramentel à la décrétale d'Innocent III, avec la même logique, suivant la juste remarque du card. Franzelin, avec laquelle ils prétendent trouver l'institution de la confession dans le précepte de la Confession annuelle. De Sacramentis, p. 143.