De Offi. Eccl., c. 25, P. L
2. « Tu es sacerdos secundum ordinem Melchisedech ». Ps., cix, 4. S. Thom. m, q. lxiii, a. 5.
2o6 Section III. — Chapitre II.
la puissance intellective de l'âme en qui réside le caractère f1), est de sa nature indestructible ; il s'ensuit que le caractère sacramentel est de sa nature ineffaçable, et que partant le sacrement qui l'imprime ne peut être itéré.
Dès lors nous comprenons toutes les images dont se servent les Pères, en particulier les comparaisons empruntées de l'état militaire. Une fois enrôlé sous les drapeaux du Roi des rois, le chrétien reste à jamais soldat du Christ. Cette vérité est de certitude de foi pour la durée de la vie présente.
Quant à la permanence des caractères au delà de ce monde, elle n'est pas aussi fermement établie. L'opinion commune, celle qui est la plus logique et la plus conforme au langage des Pères et des conciles, l'affirme. Nous adhérons pleinement à la belle doctrine de saint Thomas sur ce point, qui enseigne que les caractères restent dans l'autre vie « pour la gloire des bons et la confusion des méchants; tout comme le caractère militaire reste aux soldats après la victoire, à la gloire des vainqueurs, à la honte des vaincus (2). »
Nous avons démontré jusqu'ici comment trois sacrements seulement peuvent imprimer le caractère,
i. Ibid., a. iv, in c. surtout ad 3.
2. <<■ In bonis ad eorum gloriam, et in malis ad eorum confusionem : sicut etiam militaris character remanet in militibus post adeptam victoriam: et in his, qui vicerunt, ad gloriam, et in his, qui sunt victi, ad pœnam. » Ibid. ,a. 5, ad. 3. Cf. Suarez, in hune artic. ; et Vasquez, disp. 134, c. 5. — Suarez croit la permanence moins certaine pour les damnés que pour les élus.
et nous nous sommes appliqué à analyser spécialement le rôle du caractère de la Confirmation, tant en lui-même que vis-à-vis des deux autres auxquels il sert de trait d'union. Il nous resterait à considérer de plus près la nature, l'essence du caractère sacramentel. C'est ici que les théologiens diffèrent, suivant leurs opinions sur les substances et les accidents. Nous préférons ne pas entrer dans cette controverse, et nous nous contenterons d'affirmer avec saint Thomas que le caractère est une chose réelle, surnaturelle, adhérente à l'âme et affectant immédiatement sa puissance intellectuelle. Cette qualité est le fondement de la grâce correspondante au sacrement, tout en étant séparable de celle-ci (I).
i. La réalité distincte et surnaturelle du caractère sacramentel semble assez clairement exprimée par ces mots du can. 9 de la Sess. vu, du concile de Trente : « imprimi in anima characterem, hoc est signiim qnoddam spirituelle et indélébile. » Aussi les théologiens, surtout depuis cette auguste assemblée, censurent-ils gravement l'opinion de Durand qui fait consister le caractère dans une simple relation de raison. Cf. Bellarminv 1. 11, c. i9;Suarez, disp. xi, sect. 2; Lugo, disp. VI, sect. 2,n. 18, qui sont tous les trois très catégoriques ; Vasquez, disp. 134, c. 2, Arriaga, disp. 17, sect 3, sans prononcer de censure théologique contre l'opinion de Durand, la regardant comme insoutenable. Soto lui est moins défavorable, sans toutefois la trouver probable, comme le croit à tort un auteur moderne (Laurent Berti, 1. 30, c. 22). La philosophie cartésienne ne pouvait que former des partisans de Durand, entre autres Louis Habert (Theolog..dog?n. mor.pro Seminario Catalaun. ) ', que Fénelon réfuta et condamna, par une instruction pastorale. {Œuvres compl. de Fénelon, t. xvi, p. 207, seqq. éd. 1823). — Parmi les modernes, Laurent Berti, perdant trop de vue qu'il s'agit ici d'une qualité surnaturelle, croit pouvoir expliquer le caractère comme une empreinte réelle, mais non distincte de l'âme, comme est l'empreinte d'un cachet dans la cire. Voir la savante réfutation de cette opinion superficielle dans Franzelin [op. cit. , p. 167, seqq., nous avons résumé dans cette note la première partie de la Thèse XIII, p. 163, sqq.)
2o8 Section III. — Chapitre II.
L'assimilation divine que le caractère procure est donc moyenne entre la ressemblance naturelle de l'âme avec Dieu et la ressemblance produite par la grâce sanctifiante, suivant cette belle division de saint Bonaventure : <«; La lumière de votre visage a gravé son empreinte sur nous, Seigneur : par la nature d'abord, d une manière plus spéciale, ensuite par les sacrements divins, enfin de la manière la plus spéciale par les dons du Saint-Esprit (*) ! » Ou, pour rester dans le domaine surnaturel, nous dirons avec le même Docteur Séraphique: « L'assimilation de la créature à Dieu est ou bien parfaite, ou bien suffisante, ou bien dispositive à la suffisante. La première a lieu dans la gloire, elle ne souffre aucune dissemblance soit de la coulpe soit de la misère; la seconde .se réalise dans la grâce, elle souffre la dissemblance de la misère, mais non celle de la coulpe; la troisième a lieu dans le caractère, elle admet l'une et l'autre, car elle est du domaine des grâces simplement gratuites mais non sanctifiantes et elle occupe le degré inférieur (2). »
Parmi les quatre genres de qualités reconnus par les philosophes, après Aristote : (i° habitus et dispositio, 23 potentia et impotentia, 30 passio et passibilis qualitas, 40 forma et figura), les uns rapportent le caractère à celui-ci, les autres à celui-là. Saint Thomas le range, avec raison, croyonsnous, au rang des puissances.
1. « Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine, (Ps., IV, 7), signatum, inquam, per naturam, sed specialius per sacramentel, divina, specialissime per dona Spiritus Sancti. » 4. dist. 6, P. L. , a. 1, q. 1.
2. « Assimilatio creaturae ad Deum vel est perfecta, vel sufficiens, vel ad sufficientiam disponens. Prima est in gloria, et haec non compatitur dissimilitudinem aliquam nec culpae nec miseriae ; secunda in gratin, et haec compatitur dissimilitudinem miseriae, sed non culpae ; tertia in
Toutefois cette infériorité n'empêche pas le caractère d'être un don excellent, d'autant plus relevé qu'il demeure distinct, exerce toute son activité sous la grâce, et garde son éclat sous la gloire durant toute l'éternité (*).
charactere, et haec compatitur utramque, quia solum est gratiae gratis datas et multum longinqua. » Ibid. , q. 2. Le second passage explique clairement que, dans le premier, le saint docteur entend par sacrements divins le caractère sacramentel, et par dons du Saint-Esprit la grâce sanctifiante.
1. Dans son ouvrage intitulé Der Spender der hh. Sacramente le savant thomiste D. Fr. Morgott consacre des pages du plus haut intérêt au caractère sacramentel ; bien qu'écrites au point de vue spécial de l'Ordre, ces considérations jettent une grande lumière sur l'ensemble de l'organisme qui relie intimement, ainsi que nous l'avons dit, le Baptême, la Confirmation et l'Ordre. — Op. cit., ch. il
j^m^maa^m^^as