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I. — Appellation de Don du Saint-Esprit

OUT présent de choix, tout don parfait vient d'en haut et descend du Père des lumières (*). » Ne semble-t-il pas que, dans ces belles paroles, saint Jacques ait voulu condenser comme en une courte formule la genèse des opérations divines qui tendent à notre sanctification ? Dieu est l'auteur suprême de tout bien, comme de tout être, et tout ce que Dieu fait pour sa créature porte l'empreinte de la bonté non moins que de l'unité et de la beauté. Cependant, parmi ces émanations de la largesse divine, l'apôtre distingue des présents de choix, datum optimum, domim perfectum; et l'auteur de ces dons, il ne l'appelle pas seulement Dieu, mais le Père des lumières. Qu'estce à dire ? Le Verbe éternel, étincelle infinie, jaillissant de toute éternité de la lumière divine, est cette émanation sublime qui donne à son principe le nom de Père des lumières. Le texte de saint Jacques équivaut donc à dire que les dons parfaits émanent de la première personne de la Sainte Trinité. Comment, dès lors, ces dons, ou du moins, ainsi que nous le verrons bientôt, une partie, une espèce de ces dons

i.«Omne datum optimum et omnedonum perfectum, desursumest.descendens a Pâtre luminum. »Jac. i, 17.

ont-ils reçu le nom de dons du Saint-Esprit? II semble au premier abord qu'il y ait contradiction entre la parole de l'apôtre et le langage de la théologie. Mais, si Ton pénètre plus avant dans la pensée de saint Jacques, on y découvre le principe, le fondement même de l'appellation consacrée par la reine des sciences. C'est ce que nous désirons faire voir, avant d'exposer directement la doctrine des dons du Saint-Esprit, telle que l'enseignent avec le plus de probabilité les plus grands théologiens, à la suite de saint Thomas.

S'il est vrai de dire que tout don véritablement digne de ce nom procède d'un amour gratuit, cet amour même doit être regardé comme le premier présent du donateur. Tout don de Dieu a donc non seulement sa source dans l'amour de Dieu, mais l'amour de Dieu est lui-même le premier don de Dieu. Or, si nous considérons de plus près le mystère de la Sainte Trinité, nous découvrons que la connaissance et l'amour sont les deux facultés divines, éternellement actives et fécondes, d'où procèdent le Verbe et l'Esprit-Saint De même donc que Dieu, suivant la sublime parole de saint Jean (T), fait toutes choses par son Verbe,ainsi aussi faut-il qu'il aime toutes choses par son Saint-Esprit. Le don de Dieu dans sa plus parfaite acception est donc le Saint-Esprit lui-même, le lien éternel d'amour qui unit le Père et le Fils, et le principe d'amour d'où jaillissent au

i. « Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil, quod factum est. » Joan., i, 3.

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dehors toutes les largesses divines. Cela est si vrai que, si nous considérons les rapports des trois personnes divines entre elles, l'appellation de Don, Donum, est aussi distincte pour personnifier le Saint- Esprit, que celle de Verbe pour exprimer le Fils. Saint Augustin, dans un passage justement admiré, affirme même sans hésiter que le nom de donum Dei est plus personnel à la troisième personne de la Sainte Trinité que celui de Saint-Esprit (x). Cette pensée du docteur d'Hippone a été consacrée par la tradition scolastique et par la prière liturgique. C'est d'elle que s'inspire le vers de l'hymne Vent Creator: Allissimi donum Dei, don du Dieu très Haut.

Or, qui est ce Deus altissimus, si ce n'est Dieu le Père ? celui que saint Jacques appelle Pater luminum ? On le voit, la parole de l'apôtre, citée au début de ces pages, contient en germe la vérité que nous venons d'exposer, à savoir, que toute

i. Tri?i., i, v, n. 12-17. C'est là que le subtil docteur écrit ces sentences magistrales. « In eo quod proprie dicitur Spiritus Sanctus, relative dicitur, cum et ad Patrem et Filium refertur, quia Spiritus Sanctus et Patris et Filii Spiritus est, Sed ipsa relatio non apparetin hoc nomine ; apparet autem cum dicitur donum Dei. Donum enim est Patris et Filii, quia et a Pâtre procedit, sicut Dominus dicit ; et quod Apostolus ait, qui Spiritum Christi non habet non est ejus.de ipso utique Spiritu Sancto ait. Donum ergo donatoris et donator doni.cum dicimus, relative utrumque ad invicem dicimus, Ergo Spiritus Sanctus ineffabilis est qusedam Patris Filiique communio... Ut ergo ex nomine quodutrique convertit, utriusque communio significetur, vocatur donum amborum Spiritus Sanctus... » Cf. Franzelin, De Deo Tri/20, p, 649, P, L. , xlii, p. 919.

Remarquons toutefois que dans cette argumentation saint Augustin prend le mot Spiritus dans son acception absolue, et non dans l'acception relative, synonyme de Spiratus.

effusion de la largesse divine émane de la source même de l'auguste Trinité par le canal du Saint-Esprit. Et pour montrer que le Fils est avec le Père co-principe de cette émanation, saint Jacques recourt à l'expression Pater luminum, qui équivaut à celle de Père de celui qui est Lumen de Lumine, lumière de lumière.

De ce que nous venons de dire jusqu'ici on aurait tort de conclure que les mots don de Dieu expriment d'eux-mêmes comme nécessairement le Saint-Esprit. Non, ils peuvent varier, et varient surtout suivant qu'on les applique à Dieu lui-même ou à ses dons.

Appliquée à Dieu lui-même, l'appellation de don de Dieu admet trois degrés de signification. Dans le sens le plus large, elle s'applique à toute la Sainte Trinité se communiquant à sa créature par les bienfaits surnaturels de la grâce, surtout dans la vision béatifique. Dans l'acception moyenne, le mot don équivaut à mission, et peut dès lors s'appliquer au Verbe envoyé du Père, aussi bien qu'au Saint- Esprit, envoyé du Père et du Fils, suivant cette parole du Sauveur à Xicodème : « Dieu a aimé le monde, au point de donner son Fils unique (*). » Enfin, au sens le plus strict, il signifie procession par voie d'amour, et ne peut convenir qu'au Saint-Esprit, don mutuel du Père et du Fils.

Appliqué aux bienfaits conférés parle Créateur à sa créature, le mot de don de Dieu caractérise le lien

i.Joan., m, 16.

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de provenance par voie d'amour gratuit. Dès lors, il prend une signification beaucoup plus intense quand il s'agit des dons surnaturels. Et comme ces dons tendentànotresanctification,ils sont appropriés d'une manière toute spéciale à la personne de l'auguste Trinité qui s'appelle du nom de Sainteté. Dans ce sens toutes les grâces peuvent s'appeler d'une manière très légitime dons dit Saint-Esprit.

Cependant l'usage théologique a réservé ce nom pour un ensemble de grâces spéciales, dont nous allons désormais nous entretenir exclusivement dans ce chapitre, en traitant successivement de leur existence, de leur essence, de leur nécessité, de leur permanence, de leur nombre et de leur ordre ; et nous terminerons par quelques considérations sur les rapports qu'offre ce septénaire avec d'autres septénaires existants dans le monde surnaturel.

§ II. — Existence des dons du Saint-Esprit.

Frappés du nombre des dons du Saint-Esprit et de leur accord avec les sept grandes vertus, les trois théologales et les quatre cardinales, plusieurs théologiens, ayant à leur tête Scotus et son école (l), estiment que les premiers ne sont pas réellement distincts des secondes, qu'ils n'en diffèrent que de

i. Sylvius estime que cette opinion est probable. L'opinion contraire jouit cependant d'une beaucoup plus grande autorité ; elle a pour elle, entre autres, saint Thomas, Cajetan, Médina, saint Bonaventure Richard (Sent, m, dist. 34), Henri de Gand {quodlib. quaest. xxnr). Antoine (p. 4, tit. 10, cap. 2), Valentia (t. il, disp. 5, q. vin), Tannerus (disp. III, q. 6), etc.

nom seulement, parce qu'ils considèrent une et même chose sous un double aspect : le terme vertus, selon eux, exprime le perfectionnement donné à l'âme en vue de faire le bien, le terme dons exprime l'origine des vertus, ou les vertus en tant qu'elles viennent de Dieu. Cette opinion aurait certes plus d'apparence de fondement si toutes les vertus se retrouvaient dans les dons et réciproquement, mais, comme l'observe saint Thomas (*), il n'est pas ainsi : par ex., la crainte est un des dons, elle n'est pas une des vertus (2). Et puis, comment Notre Seigneur aurait-il eu les sept dons que l'Ecriture lui attribue, alors cependant qu'il ne pouvait avoir la vertu de la foi, par suite de la vision béatifique dont il jouissait dès cette vie ?

Pour ces raisons nous préférons de beaucoup admettre avec la tradition commune des théologiens que les dons sont réellement distincts des vertus. Sans doute, à prendre ces deux mots dans leur acception naturelle, l'appellation de vertus convient aux dons, et celle de dons convient aux vertus; et c'est pourquoi les saints Pères emploient souvent les deux mots indistinctement. Mais une étude plus approfondie fait voir que déjà aux premiers siècles la distinction entre les deux ordres d'idées était bien connue. Bornons-nous à citer les passages de saint Grégoire dans ses commentaires sur Job, où il distin-

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