‹ La confirmationChapitre 84 sur 123 · I. S. Th. c. i, II, q. lxviii, a · texte numérisé non relu

I. S. Th. c. i, II, q. lxviii, a

la vertu. Un passage de saint Grégoire (x) a pu faire croire que là se borne leur mission. Mais le saint docteur, énumérant en détail les effets qu'ils produisent dans nos âmes, distingue avec un rare bonheur leur action passagère, répondant à nos besoins dans cette vie, et l'effet durable qu'ils continueront de produire dans le ciel durant toute l'éternité. Là, en effet, dans la patrie de la vision, la sagesse épanouira sa pleines certitude »,l'intelligence sa complète « illustration », le conseil <( remplira l'âme de raison », la force « la nourrira d'une assurance » bienheureuse, la science «. l'inondera de connaissance », la piété se traduira en accents de gratitude, et la crainte vivra du souvenir des angoisses passées et de la joie de l'obtention de la félicité (2). Et vraiment, comment les dons du Saint- Esprit pourraient-ils cesser au ciel, puisque là seulement se réalisera dans son entier la toute-puissante action divine, lorsque Dieu sera <i tout en tous », comme dit l'apôtre (3); lorsque, plus dociles que les cordes d'une harpe à la main de l'artiste, les fibres de tous les cœurs chanteront sous le souffle béatifiant de Dieu, et produiront ce concert d'ineffables

i. Moral., 1. il, cl XIX, n. 77, P. L., 75, p. 592.

2. S. Grég:, Moral., 1. i, c xxxil.n. 44, P. L.,75, p. 547.— Cf. S. Th. 1 il, q. cit. a. 6.

3-«Deus omnia in omnibus», I Cor. XV, 28. Cf. S. Ambrosius- « Civitas Dei illa Hierusalem non meatu alicujus fluvii terrestris abluitur ; sed ex vitas fonte procedens Spiritus Sanctus, cujus nos brevi satiamur haustu, in illis celestibus (spiritibus)... redundantius videtur affluere.pleno septem virtutum spiritualium fervens meatu.» De Spir. Sancto lib. 1, c. 16. P. 16. p. 740, P. L.

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harmonies des anges et des élus, admis à redire de leurs voix créées le cantique incréé de l'amour dans le sein de l'auguste Trinité.

Ce seront les dons de Dieu dans leur plus haute expression : le flux incessant de la grâce, remontant en reflux immédiat vers sa source inépuisable ; les dons de l'Esprit-Saint, aboutissant au don infini de Dieu à lui-même (*).

g IV. — Nombre des dons du Saint-Esprit.

Jusqu'ici nous avons parlé de l'existence des dons, de leur nature et de leur permanence ; il nous faut maintenant considérer plus en détail leur nombre, leur ordre, leur caractère spécial, l'un par rapport à l'autre, et vis-à-vis des autres septénaires de l'économie surnaturelle.

Le nombre des sept dons résulte de l'énumération d'Isaïe, dans le texte célèbre cité plus haut.

L'acerbe Calvin s'est livré à propos de ce nombre à des invectives violentes contre la doctrine catholique etplusencorecontrel'ignorancedesscolastiques. Remarquant que dans le texte hébreux, au lieu de « Spiritum pietatis et timoris Domini », se rencontre deux fois le même substantif, le docteur genevois attribue à une grossière erreur le septénaire des dons, et prétend qu'il n'y en a que six. La réponse est

i. L'épanouissement complet des dons du St-Esprit au ciel est un argument de plus en faveur de la permanence éternelle du caractère sacramentel delà Confirmation (v. notre chap. précéd.), à raison du rapport connaturel qui existe entre le caractère et les dons.

facile. Ainsi donc les LXX, qui ont rendu ces deux mots par l'esprit de piété et de crainte, ont moins bien connu le génie hébreux que Calvin? Et après eux, saint Jérôme, Origène, si versés dans la langue des Écritures, ont donné dans la même erreur ? Et toute la tradition des premiers siècles, appuyée sur les Ambroise, les Augustin, les Grégoire, tombe à faux ?

Sans doute, le texte hébreux n'a pas employé deux mots distincts, parce que le mot dont il se sert avait deux sens différents, parfaitement connus du peuple, et assez exprimés par la répétition du même mot (J).

Du reste, abstraction faite du caractère mystique du nombre sept, trop fréquent dans les œuvres de la grâce pour ne pas être voulu, les sept dons présentent une synthèse complète, qui embrasse tout l'ordre de la pensée et de l'action surnaturelle. Et d'abord, il suffit de les considérer attentivement pour y trouver deux classes distinctes de dons. La crainte, la piété, la force, regardent la force appétitive, ou, en d'autres mots, la volonté ; la science, le conseil, l'intelligence et la sagesse regardent la force intellective, ou l'intelligence.Les dons de la volonté offrent un ensemble complet. En effet, la piété nous aide à remplir nos obligations vis-à-vis d'autrui ; la crainte et la force nous perfectionnent en nous-mêmes ; la crainte de Dieu nous fait vaincre les convoitises mauvaises ; la force nous fait surmonter les dangers et les difficultés

1'. Cf. Card: Mazella, De virtutibus infusis, p. 134. Knabenbauer, In Isaiam Propk. , tom. I, p. 272.

La Confirmation. T-

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du salut. Quant aux quatre dons qui regardent plus directement l'intelligence, ils sont un peu plus difficiles à distinguer. Aussi n'est-il pas surprenant de voir saint Thomas, dans sa seule Somme, proposer une solution à un endroit et la rectifier à un autre (T). Tous les quatre dons, dit le Docteur Angélique, dans la seconde explication, à laquelle nous souscrivons, visent à la connaissance surnaturelle, fondée sur la foi. Or, la foi regarde d'abord la vérité première révélée,ensuite d'autres vérités touchant les créatures dans leurs rapports avec les vérités révélées ; en outre elle s'étend aux actions humaines pour les régir suivant ses principes. D'où il suit que deux choses sont requises de tous, touchant les vérités à croire : d'abord qu'elles pénètrent notre intelligence et y soient comprises, — et c'est ce qu'opère le don d'intelligence ; — ensuite que l'homme en porte un jugement sain, et estime devoir y adhérer et s'éloigner de ce qui leur est opposé, — et c'est la mission du don de sagesse pour les choses divines, et du don de science pour les choses créées. Enfin le don de conseil préside à toutes les applications particulières [2r

i. S. Th. i, II, q. lxviii, 4, regarde le don dintelligence comme spéculatif ; ailleurs, 11, n, q. vin, a. 6, il les considère tous les deux comme à la fois spéculatifs et pratiques, et rétracte sa première manière de voir.

2. Cette manière dont S. Thomas analyse les quatre dons de l'intelligence répond admirablement aux quatre vices que saint Grégoire leur oppose, dans cette belle énumération: «DonumSpiritus... mentem... in septem... virtutibus tempérât, ut contra stultitiam sapientiam ; contra hebetudinem, intellectum ; contra prcccipitationem, consilium; contra timorem, fortitudinem ; contra ignorantiam, se ientia m; contra duritiam, pietatem ; contra superbiam det timorem. » Moral., 1. Il, c. xlix, P. L. , 75, 592.

La difficulté de cette explication est qu'elle rend peu compte de l'ordre dans lequel les sept dons sont énumérés dans l'Écriture. L'article que saint Thomas écrit là-dessus, d'après son opinion abandonnée dans la suite, ne peut pas entièrement s'appliquer à la synthèse telle que nous venons de l'exposer. En combinant les divers principes d'ordre, on peut cependant arriver encore à expliquer le rang assigné à chaque don. A ne considérer que la nature des dons, les dons d'intelligence l'emportent sur ceux de volonté; en sorte qu'à ne suivre que ce principe d'ordre, il faudrait, dans une énumération ascendante, placer la science après la force, et même après le conseil. Mais il y a encore à tenir compte de la dignité ou de la difficulté de la matière. La science, comme nous l'avons dit, ne concerne que la juste estimation des choses surnaturelles créées, elle vient donc naturellement avant le conseil, qui est d'une extension plus universelle. Enfin, à raison de la difficulté de leur objet, la force et le conseil s'unissent.

Quoi qu'il en soit de cette synthèse fournie par saint Thomas, on peut encore partager les sept dons en deux autres groupes. Les cinq premiers embrassent la vie active : la crainte, qui détache du mal ; la piété, qui attache au bien ; la science, qui montre la route ; la force, qui fait surmonter les obstacles ; le conseil, qui dissipe les hésitations et les doutes. Les deux derniers appartiennent plutôt à la vie contemplative : l'intelligence anticipe la vision et répond au chœur des Chérubins, la sagesse anti-

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cipe l'amour produit par la vision et correspond aux Séraphins (r).

§ V. — Rapports entre le septénaire des dons et les autres septénaires.

Il nous reste à donner une idée du rapport qui existe entre le septénaire des dons et d'autres septénaires connus dans les opérations ou les institutions surnaturelles.

Écoutons d'abord le grand saint Augustin, dans un magnifique passage souvent commenté, nous exposer l'analogie parfaite qui rapproche les sept dons des sept béatitudes (2).

« Il me semble que cette opération septiforme du Saint-Esprit dont parle Isaïe (xi, 2, 3,) concorde avec ces degrés et ces sentences des béatitudes. Mais l'ordre est différent; car là l'énumération est descendante, ici elle est ascendante. En effet, là elle débute par la sagesse et finit par la crainte de Dieu;

1. C'est, à peu de chose près, la pensée dont s'est inspiré Dom Guéranger dans les pages magistrales qu'il a consacrées aux sept dons pour chaque jour de l'octave de la Pentecôte. Xous ne pouvons assez recommander ce traité, admirable de doctrine et d'onction, sur l'œuvre de l'Esprit teptiformis munere. Année liturgique, IX, 382, sqq. Dans la paraphrase du Veni Creator, à l'appendice de cet opuscule, nous avons tâché d'appliquer à l'hymne liturgique la belle synthèse du pieux et savant abbé de Solesmes.

2. Le rapprochement n'a d'ailleurs rien qui doive nous étonner, puisque les béatitudes étant des oeuvres excellentes inspirées par la grâce, et les dons étant surajoutés aux vertus en vua des oeuvres héroïques, les béatitudes relèvent plutôt des dons que des vertus, tandis que les douze fruits du Saint-Esprit semblent plutôt être produits par les vertus. S. Th. I, 11, q. LXixet xxx.

alors cependant que « la crainte est le commencement de la sagesse ». Si donc nous comptons les degrés par ordre ascendant, le premier est la crainte de Dieu, le second la piété, le troisième la science, le quatrième la force, le cinquième le conseil, le sixième l'intelligence, le septième la sagesse. — Or la crainte de Dieu convient aux humbles, dont il est dit ici : « Bienheureux les pauvres en esprit », c'està-dire, ceux qui ne sont point enflés, ni orgueilleux, auxquels l'apôtre dit : « N'aspirez pas à des connaissances sublimes, mais craignez (r), » en d'autres mots, ne vous élevez point. — La piété convient à ceux qui sont doux : en effet celui qui cherche avec piété, honore l'Écriture Sainte, et ne blâme pas ce qu'il ne comprend pas, d'où il suit qu'il ne résiste pas, qu'il est doux : c'est pourquoi il est dit ici : « Bienheureux ceux qui sont doux. » — La science convient à ceux qui pleurent, à ceux qui ont déjà reconnu par les Saintes Lettres quels maux les retiennent captifs, alors qu'autrefois dans leur ignorance ils ont désiré ces mêmes maux comme bons et utiles. C'est d'eux qu'il est dit ici : « Bienheureux ceux qui pleurent. » — La force convient à ceux qui ont faim et soif : en effet ils se donnent des peines, désireux qu'ils sont de jouir des biens véritables et d'affranchir leurs cœurs des choses terrestres et corporelles ; c'est de ceux-là qu'il est dit ici : « Bienheureux les affamés et les altérés de justice. » — Le conseil convient aux miséricordieux ; car le

i. Rom., xi, 20.

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seul remède de nous arracher à de si grands maux est de pardonner comme nous désirons qu'il nous soit pardonné, et de venir en aide aux autres comme nous souhaitons que d'autres nous portent secours là où nous ne pouvons nous suffire. C'est de ceux-là qu'il est dit ici : « Bienheureux les miséricordieux. » — L'intelligence convient à ceux qui ont le cœur pur, comme un œil dégagé de toute souillure, qui permet de percevoir ce que l'œil charnel ne voit point, ce que l'oreille n'entend point et ce qui n'est jamais entré dans le cœur de l'homme(I/. C'est d'eux qu'il est dit ici : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur. >> — La sagesse convient aux pacifiques, en qui toutes choses sont déjà réglées, qui ne connaissent plus aucun mouvement rebelle à la raison, mais en qui tout obéit à l'esprit de l'homme, parce que l'homme lui-même obéit à Dieu. C'est d'eux qu'il est dit ici: « Bienheureux les pacifiques. •>

Tel est le passage magistral dont s'est inspiré toute la tradition, et que saint Thomas s'est plu à commenter dans les articles consacrés à l'analogie entre les dons et les béatitudes (2).

Mais là ne se bornèrent pas les analogies; l'esprit aussi ingénieux que solide des maîtres de l'école poussa plus loin encore ces intéressants rappro-

i. Is., LXrv, 4; I Cor., II, 9.

2. De timoré, 11, 11, q. xix, a. 12; de pietate, ibid., q. CXXi, a. 2 ; de scientia, ibid., q. IX, a. 4; de fortitudine, ibid., q. CXXXIX, a. 2 ; de consilio, ibid., q. lu, a. 4; de intellectu, ibid., q. vin, a. 7 ; de sapieiitia, ibid., q. xlv, a. 6. Dans tous ces articles le texte de saint Augustin forme le sed contra est, admirablement développé dans le corps de l'article.

chements. Les péchés capitaux, les sept sacrements, les sept vertus leur fournirent tour à tour des thèmes inépuisables. Il serait trop long de ne faire même que glaner au milieu- de ces essais, parfois très différents, voire contraires dans plusieurs résultats, mais presque toujours d'accord pour les grandes lignes. Bornons-nous à résumer ici un passage des plus complets, où saint Anselme unit à la fois les sept béatitudes avec leurs promesses, les sept dons et les sept demandes du Pater (T). C'est une homélie du saint docteur sur le sermon de la montagne. On y retrouvera la synthèse de saint Augustin, mais enrichie de nouveaux rapprochements.

Après un court exposé des sept béatitudes, — car la huitième n'est qu'un complément, ou un résumé, un fruit de toutes les autres, — saint Anselme, par une phrase presque identique au début du passage cité plus haut de saint Augustin, annonce sa comparaison avec les sept dons. Puis il la développe, après avoir introduit son second terme de rapprochement comme suit: « Pourvoyant à notre salut, la grâce céleste nous donne une prière dans laquelle, par une demande septiforme, nous puissions obtenir l'esprit septiforme; afin qu'aidés de cette grâce septiforme, nous acquérions les sept vertus énumérées plus haut (les sept dons) et méritions ainsi de parvenir à la béatitude. »

Le problème ainsi posé, le saint docteur le résout en intervertissant l'ordre des demandes, tout

1. Homil. 11, in Evang. sec. Matth., P. L. , t. 158, p. 595, seqq.

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comme, fidèle à la pensée d'Augustin, il intervertit celui des sept dons.

« Par la demande <£ délivrez-nous du mal », nous demandons que par X esprit de la crainte de Dieu, relèvement de l'orgueil s'éloigne de nous et fasse place à l'humilité d'une véritable pauvreté, qui soit digne de recevoir en récompense la vie éternelle (regnum cœlorutn).

« En deuxième lieu vient Y esprit de pieté, qui convient à ceux qui sont doux. Car quiconque cherche à mener une vie pieuse médite les Saintes Lettres, sans blâmer ce qu'il ne comprend pas encore ; c'est pourquoi il n'oppose aucune résistance; c'est ce que signifie devenir doux. Et pour conserver toujours cette vertu, il demande de ne point être induit dans la tentation, qui lui enlèverait cette possession de la terre de son cœur (possidebunt terrant).

- En troisième lieu vient Yesprit de science, qui convient à ceux qui pleurent, parce qu'ils connaissent les maux qui les enlacent, ces maux qu'ils convoitaient avant d'avoir lu les Écritures ; et maintenant ils soupirent après la patrie. Et pour que ces larmes leur soient profitables, qu'ils prient et disent: « Pardonnez-nous nos offenses, » c'est-à-dire nos péchés qui nous retiennent, afin que, libres désormais, nous retournions vers la patrie des consolations (consolabnntiir). »

Xous exposons librement les autres rapprochements pour ne pas reproduire davantage, presque mot à mot, une partie du texte de saint Augustin.

YJ esprit de force convient à ceux qui sont affamés et altérés de la justice, à raison des peines qu'ils se donnent pour atteindre au terme tant désiré du bonheur. Le don de force s'obtient par la prière: « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien », et par ce pain qui nous soutient dans la route, notre faim de justice arrive à être un jour pleinement rassasiée.

Aux miséricordieux convient Xesprit de conseil. Sans conseil, point de miséricorde éclairée. Mais de quoi prendre conseil, si ce n'est de la volonté divine? C'est pourquoi nous demandons : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel », afin qu'interprètes éclairés de la miséricorde sur la terre, nous trouvions à notre tour miséricorde dans les cieux.

\J intelligence s'applique à ceux qui ont le cœur pur et qui, doués d'un coup d'œil supérieur aux sens terrestres, entrevoient dès ici-bas le royaume divin de là-haut. Et pour se préparer davantage à la pleine possession de la patrie et mériter de voir mieux encore dès cette vie les clartés anticipées de la vie future, ils prient: « Que votre règne arrive » dans nos cœurs, dès ce monde et un jour dans l'autre, là où nous verrons Dieu face à face.

Enfin ceux qui sont pacifiques, qui ont en eux la paix complète, grâce à l'extinction des passions» possèdent la sagesse, et, fils parfaits, ils sanctifient constamment par leurs œuvres le nom de leur Père qui est dans les cieux ; ce qu'ils expriment pleinement par cette demande : « Que votre nom soit sanctifié. »

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Il nous reste à dire un mot du rapprochement des sept dons et des sept vertus. En plusieurs endroits de ses écrits, saint Thomas laisse assez entrevoir que ce rapprochement ne s'impose nullement; il est même fort douteux qu'il l'ait admis (x). Sans doute, il enseigne que les vertus théologales et cardinales embrassent l'homme tout entier comme les sept dons, et qu'ainsi, pour l'ensemble de leur action, les uns correspondent aux autres dans leur sphère respective ; mais d'assigner à chaque don en particulier une vertu qui lui fasse pendant, il ne l'a fait que vaguement et incomplètement. Ainsi, il rapproche le conseil de la prudence (2), la force de la force (3), la crainte tantôt de la tempérance (4) tantôt de l'espérance (5), enfin la piété de la justice (6). Quant aux trois autres dons, il rapproche la sagesse de la charité, à cause de la propension vers les choses divines qu'elle comporte (7) et l'intelligence et la science au seul don de la foi (8).

La difficulté reste donc surtout pour le don de crainte, auquel le saint docteur compare tantôt la tempérance tantôt l'espérance, tout comme il assigne deux dons à la seule vertu de foi.

i. Cf. par ex. i, n, q. lxviii, a. 1. in corp. in med.

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